(Los Angeles) Il y a deux ans, après avoir enchaîné les succès et les recettes astronomiques, les films de superhéros Marvel avaient pris ce qui devait n’être qu’une courte pause. Lorsque cette absence du grand écran, prolongée par la pandémie de coronavirus, s’achèvera vendredi avec la sortie de Black Widow, Hollywood aura les yeux rivés sur les studios Marvel pour voir s’ils ont toujours la baraka.

Andrew MARSZAL Agence France-Presse

« Je dirais qu’ils sont […] à un tournant assez crucial », juge Kendall Phillips, professeur à la Syracuse University et spécialiste de la pop culture. « La question centrale est : est-ce que Marvel peut réitérer l’exploit ? »

Black Widow donne enfin à Natasha Romanoff, la tueuse russe devenue superhéroïne campée par Scarlett Johansson, son propre spin-off. La sortie du film avait été mise en pause en mai 2020, la maison mère Disney attendant que les cinémas rouvrent.

Ce sera le premier de la ribambelle de nouveaux films Marvel qui doivent sortir d’ici la fin 2023 : pas moins de 12 longs métrages attendus, sans compter les séries télé sorties pendant la pandémie ou devant être bientôt diffusées.

« S’il n’y avait pas la COVID-19 »

Même pour une franchise qui a par le passé donné trois grosses productions hollywoodiennes par an (dont Avengers : Endgame, qui a brièvement dépassé Avatar en tant que film le plus lucratif de l’histoire), c’est un rythme effréné.

Et ce grand retour est prévu alors que l’appétit des spectateurs pour les salles obscures reste incertain.

Malgré le récent succès de Sans un bruit 2 et Fast and Furious 9, seules 80 % des salles de cinéma en Amérique du Nord sont ouvertes, les recettes du box-office restent bien en deçà des chiffres de l’avant-pandémie et les craintes liées aux variants de la COVID-19 sont réelles.

« Je suis sûr que Black Widow ferait de 10 à 15 % de plus ce week-end si tous les cinémas étaient ouverts et s’il n’y avait pas la COVID-19 », affirme David A. Gross de Franchise Entertainment Research, qui se spécialise dans l’analyse de l’industrie du cinéma. « Mais c’est le monde dans lequel nous vivons ».

Le retour de Marvel est aussi compliqué par la perte de plusieurs de ses vedettes.

Robert Downey Jr et Chris Evans ont quitté leurs rôles d’Iron Man et Captain America. Quant à Chadwick Boseman, il a succombé à un cancer l’an dernier.

Son rôle dans Black Panther ne sera pas réattribué pour la suite prévue l’an prochain, qui devra trouver un équilibre entre honorer l’héritage de l’acteur et capitaliser sur le près de 1,4 milliard de recettes mondiales du premier film.

En l’absence des trois vedettes, les prochains films vont dérouler l’histoire de personnages moins connus issus des BD, comme Shang-Chi, ainsi que les « Éternels ».

Certains de ces personnages ont été promus à des rôles de premier plan dans de récentes séries Marvel sur la plateforme de streaming Disney+, comme WandaVision et Loki.

« Sur le très, très long terme », M. Gross dit craindre que cette multiplicité d’adaptations ne « dilue la valeur » des films.

Mais « je ne parierais jamais contre Marvel. Ils ont en gros dépassé chaque attente », affirme-t-il.

« Marvel est de retour »

Pour le professeur Phillips, une partie du succès de Marvel s’explique par le fait que les studios créent des films « évènements » attirant « le spectateur lambda, qui n’a jamais lu Marvel Comics, n’a pas regardé les dessins animés, n’a pas joué aux jeux vidéo ».

« Ce qui est compliqué, c’est qu’ils doivent essayer de garder ces gens avec eux, d’attirer une nouvelle génération, tout ça en n’ayant » plus les personnages célèbres, explique-t-il.

Prenant le relais de Captain Marvel, sorti en 2019 et qui avait marqué en donnant le premier rôle à une femme, Black Widow sera le premier film de la série à être entièrement réalisé par une femme, Cate Shortland, avec deux femmes dans des rôles de premier plan : Scarlett Johansson et Florence Pugh.

Les analystes attendent avec impatience de voir si ce sera le premier film depuis la pandémie à dépasser les 100 millions de dollars pour son premier week-end.

Ce serait bien moins que les 350 millions de dollars de la sortie d’Avengers : Endgame et la diffusion en simultané du long métrage sur Disney+ qui pourraient avoir un impact négatif sur les recettes.

Mais s’il peut battre les 70 millions récemment engrangés par Fast and Furious 9, il enverra le message selon lequel « Marvel est de retour, qu’ils sont au cinéma, et c’est là que les admirateurs veulent voir Marvel en premier », dit l’expert de la société de marketing Comscore, Paul Dergarabedian.