Alors que sort ces jours-ci chez Boréal le livre Une histoire du ministère de la Culture, le canal Savoir média propose un documentaire sur Georges-Émile Lapalme, politicien méconnu qui a pourtant été au cœur des transformations du Québec au début des années 1960. La Presse en discute avec son fils Roger.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

En entrant à la Place des Arts par la rue Sainte-Catherine, on longe un vaste espace, émaillé d’écrans numériques, conduisant vers la salle Wilfrid-Pelletier et l’entrée de la Maison symphonique. Ce hall des pas perdus porte le nom de Georges-Émile Lapalme.

Un documentaire de Jean-Pierre Dussault diffusé ce week-end permet de mieux connaître cet homme au caractère singulier et de saisir l’importance qu’il a eue dans la Révolution tranquille et l’émancipation d’un Québec moderne.

Le titre, Mon père de la Révolution tranquille, fait écho au fait que Roger Lapalme, benjamin des sept enfants de la famille, est intimement lié au documentaire, dont il a écrit le scénario et dans lequel il se fait intervieweur et joue son propre rôle.

PHOTO FOURNIE PAR SAVOIR MÉDIA

Roger Lapalme devant un buste de son père créé par le sculpteur Michel Binette, buste qui se trouve aujourd’hui devant l’édifice du ministère de la Culture et des Communications, à Québec

Ce dernier est bien entouré, que ce soit de l’ancien recteur de l’Université du Québec à Montréal Claude Corbo, de l’auteur Jean-Charles Panneton, qui a écrit une biographie de Georges-Émile Lapalme, de plusieurs membres de la famille et, par des images d’archives, de quelques anciens membres de la famille libérale de l’époque, dont René Lévesque.

« Rendre à César »

« Le but de ce documentaire est de rendre à César ce qui appartient à César », dit Roger Lapalme, en entrevue. « Mon père est un personnage important de notre histoire politique, et presque personne n’est au courant. Le fait d’avoir fait ce documentaire et qu’il soit diffusé constitue une grande satisfaction. »

Georges-Émile Lapalme a été le premier titulaire de ce qu’on appelait à l’époque le ministère des Affaires culturelles, devenu ministère de la Culture et des Communications. Il a été en poste du 28 mars 1961 au 9 septembre 1964.

Avant cela, M. Lapalme a été député fédéral, puis chef du Parti libéral du Québec (PLQ) durant huit ans dans les années 1950, avant de céder la place à Jean Lesage. En 1959, il a écrit un document phare, Pour une politique, dont le contenu, apprend-on dans le documentaire, est à la fois la synthèse des idées de la Révolution tranquille et le programme du PLQ, qui reprendra le pouvoir en 1960.

Aussi vice-premier ministre du Québec, Georges-Émile Lapalme a été plutôt fier des deux premières années d’exercice du gouvernement de Jean Lesage, durant lesquelles sont entreprises diverses réformes, dans la police, chez les procureurs de la Couronne, à la Société des alcools, etc. Ami du ministre français de la Culture André Malraux, il jette les bases de ce qui deviendra la Délégation générale du Québec à Paris.

Mais, dans la même période, il a été désillusionné. Notamment dans son projet de structurer un ministère des Affaires culturelles fort et au cœur des changements de la société québécoise.

On l’empêchait de faire son travail. Il avait un budget famélique. Il avait 5 millions à sa disposition par rapport à 500 millions à l’Éducation. Le Conseil du trésor réduisait sans cesse ses allocations de subventions, et ce, après des mois d’attente.

Roger Lapalme, fils de Georges-Émile Lapalme

Le politicien n’avait pas la langue dans sa poche et n’a pas manqué d’exprimer son dégoût du fonctionnement de la machine gouvernementale. Il a donné sa démission en 1964 et est demeuré député jusqu’en 1966. M. Lapalme a vécu jusqu’en 1985. Aucun de ses sept enfants n’a suivi ses traces en politique.

Georges-Émile, le père, a-t-il transmis le goût de la culture à ses enfants ? « Tout à fait, répond son fils Roger. À la maison, je le voyais travailler au montage de ses films. Il lisait constamment, jusqu’à trois briques par semaine. Mes parents allaient aussi au théâtre. [Mon père] avait une conception moderne, sociologique, de la culture. Et il était un défenseur de la langue française. Son discours sur la langue était l’équivalent de celui des écologistes sur la pollution. »

Mon père de la Révolution tranquille est diffusé ce samedi, à 21 h, et dimanche, à 22 h, sur les ondes de Savoir média. Le film sera aussi mis en ligne sur le site.

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