Les longs métrages Nomadland de Chloé Zhao et Borat Subsequent Movie de Jason Woliner ont remporté les prix de meilleur film dramatique et meilleure comédie ou musical au 78e gala des Golden Globes dominé par des productions du diffuseur en streaming Netflix.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

Mais en dépit de sa domination, Netflix a vu un de ses films, Mank de David Fincher, repartir les mains vides alors qu’il dominait les finalistes du cinéma en se classant dans six catégories. Ce biopic tourné en noir et blanc et consacré à Herman J. Mankiewicz, scénariste du célèbre film Citizen Kane n’a visiblement pas séduit les 87 membres votants de l’Association de la presse étrangère d’Hollywood (HFPA) qui organise la cérémonie.

Tant Nomadland que Borat ont remporté deux prix chacun. Chloé Zhao a en effet reçu le prix de la meilleure réalisatrice (il y avait trois femmes parmi les cinq finalistes de cette catégorie) alors que Sacha Baron Cohen a décroché la statuette de la meilleure performance d’acteur dans une comédie ou un film musical.

Toujours aussi cabotin, ce dernier a lancé que l’ancien président Donald Trump contestait les résultats et a remercié ses gardes du corps qui auraient empêché deux fois des attentats sur sa personne (il a dit cela avec un grand sourire).

Depuis sa sortie à la Mostra de Venise, Nomadland ne cesse d’accumuler les hommages et les prix. Mettant en vedette Frances McDormand, finaliste dans la catégorie de la meilleure actrice dans un film dramatique (le prix est allé à Andra Day pour The United States vs. Billie Holiday), Nomadland fait la chronique d’une sexagénaire parcourant l’Ouest américain dans sa vieille camionnette lui servant de maison.

Quatre prix à The Crown

Du côté de la télévision, The Crown (Netflix), grande favorite avec six nominations, s’est imposée avec quatre prix, dont la très convoitée statuette de la meilleure série dramatique.

Emma Corrin et Josh O’Connor, comédiens qui incarnaient les personnages de la princesse Diana et du prince Charles ont remporté les prix de meilleure actrice et meilleur acteur dans leur catégorie, alors que Gillian Anderson qui jouait Margaret Tatcher a remporté le prix de meilleure actrice de soutien.

Toujours chez Netflix, la série The Queen’s Gambit a remporté les deux statuettes dans les séries où elle était nommée, à savoir meilleure série courte ou téléfilm et meilleure actrice (Anya Taylor-Joy).

Acteur décédé l’an dernier d’un cancer du côlon, Chadwick Boseman a remporté à titre posthume le prix du meilleur acteur dans un film dramatique pour son travail dans Ma Rainey’s Black Bottom (Netflix). Son épouse, en larmes, a salué l’ensemble de l’équipe. « Il aurait remercié Dieu, ses parents et ses ancêtres pour leurs sacrifices, a-t-elle dit.

Cinq fois finalistes, la série canadienne Schitt's Creek (Pop TV) a remporté deux prix dont celui de la meilleure série, comédie, ou musicale. La comédienne torontoise Catherine O’Hara a remporté le prix de la meilleure actrice dans la même catégorie.

La comédienne Rosamund Pike remporte de son côté le prix de la meilleure actrice dans un long métrage, comédie ou musicale pour son rôle de Marla Grayson dans I Care A Lot, film dans lequel une tutrice abusant de personnes âgées dont elle a la charge rencontre tout à coup une cliente lui donnant du fil à retordre.

Jodie Foster a reçu le prix de la meilleure actrice de soutien pour son travail dans le film The Mauritarian de Kevin Macdonald. « Je ne croyais jamais avoir l’occasion de revenir parmi vous », a-t-elle lancé, émue. Elle avait remporté le prix pour son travail dans The Accused et Le silence des Agneaux. Mentionnons que la comédienne doit être lundi soir à l’émission La semaine des 4 Julie sur Noovo.

Le prix du meilleur scénario pour un long métrage est allé au film The Trial of the Chicago 7 d’Aaron Sorkin. Ce film diffusé par Netflix revient sur les événements d’août 1968 alors que la communauté noire manifestait pour plus de justice durant la convention nationale du Parti démocrate tenue à Chicago. La police avait chargé les manifestants et fait plusieurs arrestations. Le procès de sept de ses leaders est devenu célèbre.

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Aaron Sorkin pendant le tournage de The Trial of the Chicago 7

Le long métrage Minari, encensé par la critique, remporte le Golden Globe du meilleur film dans une langue autre que l’anglais. Produit aux États-Unis, le film raconte l’histoire d’une famille coréenne qui s’installe en Arkansas au milieu des années 1980 dans le but de faire pousser des légumes de son pays d’origine. Ce film avait remporté deux prix au festival Sundance en janvier 2020.

Le film d’animation Soul a fait un score parfait au cours de la soirée en remportant les deux statuettes dans les catégories où il était finaliste, à savoir meilleur film d’animation et meilleure trame sonore. Cette œuvre réalisée par Pete Docter s’intéresse à l’histoire du jazz à travers le parcours d’un professeur de musique.

La chanson Io Si (Seen) du film La vie devant soi remporte par ailleurs le prix de la meilleure chanson originale. Écrite par Diane Warren, elle est chantée par Laura Pausini.

Gagnant du prix du meilleur acteur dans une courte série ou un film fait pour la télévision, Mark Ruffalo (I Know this Much is True) a fait un discours rassembleur au lendemain de ce qu’il a appelé les années sombres de l’histoire américaine. « Tournons la page sur le passé cruel de cette nation. La bonne nouvelle est que la justice et l’inclusion et l’attention que nous devons porter à cette planète sont partout », a-t-il dit, entouré des membres de sa famille.

La soirée s’est ouverte avec la remise des deux premiers prix aux comédiens Daniel Kaluuya et John Boyega.

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Daniel Kaluuya, dans une scène de Judas and the Black Messiah

M. Kaluuya a reçu le prix du meilleur acteur de soutien dans un long métrage, à savoir Judas and the Black Messiah qui raconte l’histoire d’un jeune militant noir forcé d’infiltrer les Black Panthers dans les années 1960. John Boyega a obtenu le prix du meilleur rôle de soutien à la télévision pour son travail dans la série Small Axe. Jason Sudeikis (Ted Lasso) a par ailleurs obtenu le prix du meilleur acteur dans une série télévisée, comédie ou musical.

En raison de la pandémie, le gala est présenté dans une formule unique cette année. Les deux présentatrices, Tina Fey et Amy Pohler, animaient la soirée chacune d’un côté du pays, la première à New York (The Rainbow Room), la seconde à Los Angeles (Beverly Hilton).

Les récipiendaires des prix ont fait leur discours d’acceptation depuis leur domicile, entourés de leurs familles et amis. Les seuls spectateurs admis dans les deux salles étaient des travailleurs de la santé invités en guise de remerciement pour tout le travail accompli depuis un an.

Corriger le tir

Par ailleurs, la HFPA a reconnu qu’elle devra corriger le tir à la suite de la révélation qu’aucun de ses 87 membres votants n’était issu de la communauté noire. Dans un passage éclair en début de soirée, trois des dirigeants, dont le président Ali Sar, ont reconnu sur scène avoir du travail à faire dans ce domaine et se sont engagés à apporter les corrections nécessaires sans pour autant apporter de précisions.

Un des éléments attendus de cette 78e cérémonie a été la remise du prix Cecil B. DeMille à la comédienne Jane Fonda. La comédienne a été nommée 15 fois aux Golden Globes et a remporté sept statuettes dont deux Henrietta Awards, une récompense qui n’existe plus mais qui était décernée à l’acteur et l’actrice préférés des votants.

Toute de blanc vêtue et dans une forme resplendissante, la comédienne de 83 a tenu un discours rempli d’élégance en nommant plusieurs œuvres finalistes et en expliquant pourquoi elle en avait reçu des enseignements. Parlant, comme plusieurs autres gagnants, d’inclusion, elle a lancé un appel pour que l’histoire de tout un chacun puisse être racontée.

Le prix Cecil B. DeMille, qui salue l’ensemble de la carrière d’un artisan du cinéma, est donc sa huitième récompense aux Golden Globes et s’ajoute à deux Oscars et d’innombrables autres prix.

Enfin, le prix Carol Burnett saluant un artisan de la télévision pour l’ensemble de sa carrière a été remis à Norman Lear. Producteur, scénariste, réalisateur et, quelques fois acteur, M. Lear, 98 ans, a livré un discours assuré et plein de panache. « Merci, Carol Burnett d’avoir apporté tant de joie dans nos carrières », a-t-il lancé.