Pendant la pandémie, notre journaliste vous propose chaque semaine trois films de répertoire à (re) découvrir. Au programme cette semaine : de grands films d’amour !

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Cinéma d’ici : Les bons débarras (1980)

Francis Mankiewicz

« On sortirait ensemble, on passerait à cent mille à l’heure. Puis on aurait un accident, un gros. On perdrait beaucoup de sang. Ton sang se mélangerait avec le mien, dans l’asphalte. Puis il pousserait une fleur, dans l’asphalte, pas arrachable, pas cassable, pas écrapoutissable. T’aimerais pas ça toi ? »

D’abord, il y a cette langue de Réjean Ducharme. Sertie de mots crus, durs, tranchants, magnifiques. Qui prennent d’autant plus d’éclat qu’ils sortent de la bouche d’une fillette de 11 ans vouant un amour si exclusif à sa mère qu’elle s’arrange pour éliminer autour tout ce qui pourrait nuire à cette relation.

Régulièrement, Les bons débarras, réalisé par le regretté Francis Mankiewicz il y a 40 ans, trône au sommet des palmarès des plus beaux films québécois de tous les temps. Avec raison.

Ayant porté à l’écran les deux seuls scénarios originaux écrits par l’auteur de L’avalée des avalés (Mankiewicz a réalisé Les beaux souvenirs l’année suivante), le cinéaste est ici touché par la grâce, même si, tout comme les acteurs, il n’a jamais pu rencontrer son reclus de scénariste.

Marie Tifo, qui défendait ici un premier grand rôle au cinéma, ainsi que la toute jeune Charlotte Laurier, identifiée à jamais à son rôle d’enfant éperdue d’amour pour sa mère, livrent des performances mémorables. Ce drame poétique emprunte toutes les allures d’un chef-d’œuvre.

À voir sur Illico (Répertoire Éléphant) et iTunes.

Cinéma d’ailleurs : Parle avec elle (2002)

Pedro Almodóvar

Quand on pense aux grands films du maître espagnol, Parle avec elle (Hable con ella) n’arrive pas instantanément à l’esprit comme Tout sur ma mère ou Douleur et gloire, mais ce film n’en reste pas moins remarquable.

Sorti en 2002, au beau milieu de l’une des périodes les plus fécondes du cinéaste (entre Tout sur ma mère et La mauvaise éducation), Parle avec elle évoque une histoire d’amitié qui se développe entre deux hommes — l’un est infirmier, l’autre est journaliste — qui prennent soin de deux femmes plongées dans le coma.

Fidèle à son habitude, Almodóvar propose dans son récit des situations tragicomiques pour ensuite entraîner le spectateur dans un tourbillon d’émotions. Dario Grandinetti et Javier Cámara (alors encore peu connus sur la scène internationale) sont les vedettes de ce film construit autour de deux personnages masculins, fait plus rare dans le cinéma du réalisateur de La loi du désir.

Dans sa critique intitulée « Hommes au bord du grand amour », notre regretté collègue Luc Perreault faisait remarquer à quel point le cinéaste venait de franchir une étape décisive. « C’est l’œuvre d’un homme qui a enfin trouvé, en plus d’un style très personnel, cet équilibre si difficile entre le grave et le léger, le plaisir de raconter une histoire et le besoin de se livrer. Parle avec elle est l’œuvre d’un homme épanoui » avait-il écrit.

À voir sur iTunes, YouTube, Google Play et Boutique Cineplex.

Hollywood : The Way We Were (1973)

Sydney Pollack

Romantique sans sombrer dans le sentimentalisme mielleux ou la niaiserie, The Way We Were (Nos plus belles années) raconte une grande histoire d’amour en prenant pour cadre la société américaine de la fin des années 30 jusqu’au début des années 50.

S’inspirant de sa propre histoire pour écrire son scénario, l’éminent scénariste Arthur Laurents (The Rope, Bonjour tristesse, livret de West Side Story), raconte l’histoire tumultueuse entre Hubble, un étudiant à qui « tout vient trop facilement » et Katie, une ardente militante communiste.

Réalisé par Sydney Pollack (Tootsie, Out of Africa), The Way We Were met en vedette Barbra Streisand et Robert Redford, ce dernier jouant ici dans le troisième des sept longs métrages qu’il tournera sous la direction du réalisateur de Three Days of the Condor.

Du militantisme des débuts jusqu’à Hollywood, où Hubble est désormais devenu scénariste, le récit couvre quelques faits marquants de l’histoire américaine du XXe siècle, notamment l’épisode sombre du maccarthysme et la chasse aux communistes.

Au-delà du cadre dans lequel se déroule le récit, le film est passé à l’histoire grâce à sa chanson thème, écrite par Marvin Hamlisch, mais surtout grâce à la chimie qui liait les deux monstres sacrés à l’écran. Qui a pu oublier comment Streisand a replacé la mèche blonde rebelle de Redford ?

À voir sur Illico, iTunes, YouTube, Google Play. Aussi en Blu-ray/DVD.