Alors que les Rendez-vous Québec Cinéma célèbrent leur 38édition à compter de ce soir, Ségolène Roederer, directrice générale de Québec Cinéma, fête sa 20édition au sein de l’organisme. Vingt ans à peaufiner un projet en forme de plan large : faire en sorte que les Rendez-vous soient ceux de tout le monde.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

Février 2001. Pour sa première édition à titre de directrice générale des Rendez-vous du cinéma québécois (le nom de l’évènement à l’époque), Ségolène Roederer présente La femme qui boit, de Bernard Émond, comme film d’ouverture.

Or, au moment de sélectionner cette œuvre, elle a une petite hésitation…

« La présidente du conseil d’administration de l’époque, Louise Portal, et moi étions embêtées, car nous venions de signer un contrat de commandite de trois ans avec… la Société des alcools du Québec, se souvient-elle en riant. La femme qui boit présenté par la SAQ, c’était étrange. Mais on avait peur pour rien. J’ai appelé les gens de la SAQ et plaidé que c’était le meilleur film de l’année. Ça s’est bien passé et c’était très drôle. »

Ce ne fut pas la dernière aspérité rencontrée par Ségolène Roederer durant ses 20 années à la tête de l’évènement, et aujourd’hui à la direction de Québec Cinéma. Non seulement Ségo – comme ses proches l’appellent – a passé à travers vents et marées, mais, à voir son sourire rayonnant en ce jour d’entrevue, on devine qu’elle adore son job.

D’ailleurs, sur sa page Facebook, elle se présente ainsi : « Amoureuse des êtres humains et porteuse de notre cinéma comme art, outil de culture et de partage. »

« Oui, elle a fait face à l’adversité, mais elle a toujours traversé les eaux troubles avec élégance et avec grâce », dit Louise Portal qui nous a téléphoné du Mexique, où elle était en vacances, pour rendre hommage à son amie.

C’est une passionnée du cinéma québécois et des créateurs. Ségolène cherche toujours à aider les créateurs et est en constante recherche de nouvelles façons de promouvoir le cinéma québécois.

Patrick Roy, président du C.A. de Québec Cinéma et grand patron des Films Séville

Sous sa gouverne, le festival a beaucoup grossi et les activités parallèles aux projections de films se sont multipliées. Ainsi, cette année, plus de 300 films seront présentés, auxquels s’ajoutent des leçons de cinéma, de courtes rétrospectives, des projections anniversaires (une nouveauté), un volet sur les nouvelles technologies, etc.

« En prenant la direction, j’avais une belle vision de ce que je voulais faire, soit un vrai rendez-vous de tous les genres de cinéma, de tous les types d’écriture, des gens de tous les âges, lance Mme Roederer. Mon arrivée coïncide avec le moment où le cinéma québécois explosait avec, par exemple, le succès des Boys. On commençait à le voir autrement et à arrêter de penser qu’il n’avait pas de potentiel commercial. »

Choisir le Québec

Née et ayant grandi à Metz, en Lorraine, Ségolène Roederer se dirige plus tard vers Paris « avec un peu l’envie d’être comédienne ». L’expérience tourne court. Elle entreprend alors des études en lettres et théâtre et, plus tard, en relations publiques.

Un premier emploi s’offre à elle : animatrice à la radio et la télé à FR3. « Je suis devenue animatrice d’un journal télévisé en direct faisant le tour des actualités culturelles, dit-elle. C’était de la grande improvisation, mais je me suis beaucoup amusée ! »

Après quelques autres emplois, dont un dans un festival de jazz, Mme Roederer se retrouve en 1988 à la Manifestation internationale de vidéo et télévision de Montbéliard, dans le Jura, où elle s’occupe de vidéo d’art. C’est là qu’elle rencontre trois jeunes artistes québécois : Louis Bélanger, Denis Chouinard et Robert Morin.

« Cupidon était là », dit-elle de sa rencontre avec Morin. Le reste appartient à l’histoire. Elle s’installe au Québec le 13 décembre 1989 par un froid mordant et dans une ville encore sous le choc de l’attentat antiféministe de Polytechnique. « Je suis arrivée dans un trauma hallucinant. » Deux semaines plus tard, elle attend un enfant, Alix, sa fille unique qui a 29 ans aujourd’hui.

PHOTO FOURNIE PAR QUÉBEC CINÉMA

Ségolène Roederer et Louise Portal en 2015, alors que la comédienne recevait un hommage de l’Association des propriétaires de cinémas du Québec.

C’est en septembre 2000 qu’elle décroche le poste de directrice générale des RVCQ, Denis Chouinard l’ayant présentée à Louise Portal qui était alors présidente du conseil d’administration.

« Ségolène avait l’expérience de l’évènementiel, se souvient M. Chouinard, professeur à l’École des médias et directeur du programme de cinéma de l’UQAM. J’ai dit à Louise que je connaissais une personne un peu champ gauche, mais avec une grande expérience des festivités. Et, justement, elle a apporté une dimension festive aux RVQC qui, à l’époque, étaient pratiquement une rencontre professionnelle, même s’ils se déroulaient dans un climat convivial. »

Seule employée à ses débuts et travaillant dans les locaux de l’Association des cinémas parallèles du Québec sous le Stade olympique, Ségolène Roederer a vite formé son équipe et insufflé sa vision à l’évènement.

Avec les années, le festival s’est diversifié tout en allant à la rencontre du public avec les tournées pancanadiennes, une présence dans les écoles, une décentralisation en région, la multiplication d’évènements spéciaux telles les leçons de cinéma, etc.

Le cinéaste Éric Tessier, qui a partagé sa vie durant quelques années, se souvient des efforts qu’elle a déployés pour rapprocher vidéastes et cinéastes. « Il existait une opposition entre les deux camps, dit-il. Ségolène nous disait qu’on devait se parler parce qu’au fond, on fait tous de l’art. »

Je ne suis pas une artiste, mais j’ai la fibre artistique. Je suis une groupie [rires] et j’ai envie d’être le lien entre ce que créent les artistes et le public.

Ségolène Roederer

Elle aimerait maintenant que le cinéma québécois entre davantage dans les écoles. Elle y travaille depuis quelques années. « En tant que Française arrivée ici dans la trentaine, j’ai tant appris de mon pays d’adoption grâce à son cinéma. Cela a changé totalement mon expérience d’intégration et je veux que cette expérience soit donnée à nos jeunes. » 

Dans son bureau de la rue Ontario, où une équipe permanente de 15 personnes travaille maintenant toute l’année, Ségolène Roederer a trois photos : une de sa fille Alix, une de son frère aîné Grégoire, mort trop tôt, et une, dédicacée, du cinéaste Michel Brault. Fière, elle se lève, va cueillir cette photo, vient nous la montrer et raconte : « Au début des Rendez-vous, il m’importait de faire le lien entre les générations. Michel Brault a vu ce que je voulais faire et a fait des Rendez-vous Québec cinéma sa maison. C’est ce que je voulais : qu’un Michel Brault comme les jeunes cinéastes se sentent bien accueillis. »

Mission accomplie ? « Moi, je lui donne cinq étoiles », dit Louise Portal.

De RVCQ à RVQC

En 2001, Ségolène Roederer dirigeait les Rendez-vous du cinéma québécois (RVCQ). Le 1er novembre 2011, l’organisme fusionne avec la Soirée des Jutra pour former Québec Cinéma. Quelques années plus tard, par souci d’uniformité, les RVCQ deviennent les Rendez-vous Québec Cinéma (RVQC). La Soirée des Jutra a été renommée Gala Québec Cinéma et les prix ont été rebaptisés Iris à la suite de l’affaire Claude Jutra. 

Consultez le site des Rendez-vous Québec Cinéma

Souvenirs de cinéma

Son premier film au grand écran

PHOTO FOURNIE PAR PARAMOUNT

Catherine Deneuve dans Peau d’âne

« Peau d’âne, de Jacques Demy. Nous n’avions pas de télé à la maison alors je l’ai vu de nombreuses fois en salle. Et mon premier grand choc de cinéma a été Barry Lyndon, de Stanley Kubrick. »

Si elle était un personnage de cinéma

PHOTO REUTERS

Arnold Schwarzenegger dans The Terminator

« Aaaaaahhhh ! [elle est surprise et amusée]. Je pense à ces personnages de combattants dans les films japonais. Ou encore à Terminator ou Glenn Close dans Les liaisons dangereuses. J’aime les gens qui marchent sur la ligne, même si ce n’est pas moi dans la vie. » 

Le plus petit écran sur lequel elle a vu un film en entier

« Mon iPad ou l’écran de l’avion. J’ai vu beaucoup de films en avion. Sur mon téléphone, je visionne des bandes-annonces, mais pas des films. »