Suite à la disqualification soudaine de Funny Boy, de Deepa Mehta, initialement choisi pour représenter le Canada aux Oscars dans la catégorie du meilleur film international, 14 jours 12 nuits, un film de Jean-Philippe Duval mettant en vedette Anne Dorval, prend le relais et se lance dans la course.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Rarement a-t-on vu un tel coup de théâtre. Funny Boy, de Deepa Mehta, a été disqualifié vendredi de la catégorie du meilleur film international par l’Académie des Arts et des sciences du cinéma parce que les dialogues anglais du film, où l’on entend aussi du tamoul et du cingalais, dépassent le cap autorisé des 50 %. Or, le règlement de cette catégorie, anciennement nommée Oscar du meilleur film en langue étrangère, est très strict.

Le candidat canadien aux Oscars est maintenant 14 jours 12 nuits, un film dont Marie Vien signe le scénario, et Jean-Philippe Duval, la réalisation. Sorti sur grand écran au Québec le 6 mars, le long métrage avait abruptement dû interrompre sa carrière une semaine plus tard, au moment où les salles de cinéma ont fermé leurs portes une première fois. Au Gala Québec Cinéma, ce film a valu un trophée Iris à Yves Bélanger dans la catégorie de la direction de la photographie.

Dans ce drame tourné au Viêtnam, Anne Dorval incarne une femme endeuillée qui, un an après avoir perdu Clara, sa fille adoptive, dans un accident, repart sur les traces de cette dernière dans son pays d’origine. Elle rencontre notamment là-bas la mère biologique de Clara, avec qui elle nouera des liens. Pour Jean-Philippe Duval, cette sélection inattendue constitue, d’une certaine façon, un juste retour des choses, dans la mesure où elle donnera un second souffle à un film qui était sur une belle lancée au moment où la planète s’est mise sur pause.

« Je suis encore sous le choc, je n’en reviens même pas !, a déclaré le cinéaste, joint par La Presse. J’étais en train de tourner le dernier épisode de la prochaine saison de Toute une vie quand j’ai reçu un message texte de mon producteur [Antonello Cozzolino] m’apprenant que je devais me rendre à une réunion sur Zoom avec Téléfilm Canada. C’est là qu’on m’a annoncé la nouvelle. Je suis évidemment super touché. Et honoré. »

Le cinéaste dit être particulièrement ému par le fait que son film parle de paix, de réconciliation, de pardon, des thèmes graves et importants qui, dans le contexte actuel, résonnent assez fortement.

« J’avais évidemment vécu le retrait de 14 jours 12 nuits des salles comme un gros deuil, un peu une injustice aussi, parce que les gens sont allés voir le film au cours de la première semaine et les résultats étaient incroyables. Les salles étaient pleines. Le film a repris l’affiche l’été dernier, mais il n’a pu être vraiment relancé. Là, j’apprends cette nouvelle au dernier des 105 jours de tournage qu’on vient de faire pour Toute une vie, et c’est comme si toutes les douleurs et la fatigue étaient disparues ! »

14 jours 12 nuits peut aujourd’hui être vu sur Crave et Super Écran, Illico, YouTube et iTunes (Apple TV).

En route vers la « courte liste »

Pour l’équipe de 14 jours 12 nuits, la prochaine étape, toujours difficile à franchir, consistera à passer le deuxième tour, alors que seulement dix longs métrages, parmi les 91 qui se lancent dans la course, seront retenus pour ce qu’on appelle la « courte liste ». Cette annonce sera faite le 9 février.

Parmi les pays ayant soumis leur candidature, signalons l’Allemagne (And Tomorrow the Entire World, de Julia von Heinz), le Danemark (Another Round de Thomas Vinterberg), la France (Deux de Filippo Meneghetti), le Japon (True Mothers de Naomi Kawase), la Côte d’Ivoire (La nuit des rois, de Philippe Lacôte), le Pérou (Canción sin nombre de Melina León), la République tchèque (Charlatan, d’Agnieszka Holland), la Russie (Dear Comrades d’Andrei Konchalovsky) et l’Ukraine (Atlantis, de Valentyn Vasyanovych). Il est à noter qu’à l’instar du Canada, le Portugal doit aussi changer de candidat à cause d’une trop grande prépondérance de l’anglais dans le film initialement choisi.

L’an dernier, Parasite, de Bong Jonn-ho, avait fait l’histoire en valant à la Corée du Sud son tout premier Oscar dans la catégorie nouvellement nommée meilleur film international, mais aussi en devenant le tout premier long métrage en langue étrangère à obtenir la statuette dorée suprême, soit celle attribuée au meilleur film de l’année.

Rappelons que dans l’histoire des Oscars, sept longs métrages canadiens ont été sélectionnés parmi les cinq finalistes dans la catégorie de l’Oscar du meilleur film international. Le déclin de l’empire américain, de Denys Arcand (1987), Jésus de Montréal, de Denys Arcand (1990), Water, de Deepa Mehta (2007), Incendies, de Denis Villeneuve (2011), Monsieur Lazhar, de Philippe Falardeau (2012), Rebelle, de Kim Nguyen (2013), sans oublier Les invasions barbares, de Denys Arcand (2004), seul lauréat canadien dans cette catégorie.

Les cinq longs métrages finalistes seront annoncés avec l’ensemble des nominations, le 15 mars 2021. La 93e Soirée des Oscars aura lieu le 25 avril 2021 au Dolby Theatre de Los Angeles.