Avec le film d’animation Over the Moon, réalisé par le grand illustrateur Glen Keane, Netflix célèbre la culture chinoise. De la distribution entièrement asiatique à la représentation la plus fidèle possible des coutumes, paysages et habits chinois : chaque détail a compté pour porter à l’écran l’histoire écrite par la scénariste Audrey Wells, qui s’est éteinte avant que l’œuvre ne soit terminée. Résumé d’une table ronde virtuelle émotive avec les acteurs et artisans de ce film présenté sur Netflix dès vendredi.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

Over the Moon raconte l’histoire de Fei Fei, une jeune fille déterminée à construire une fusée pour atteindre la lune et prouver l’existence de Chang’e, la mythique déesse de la lune. La légende de cette figure de la mythologie chinoise lui a été racontée maintes fois par sa mère, qu’elle vient de perdre.

Cette légende existe vraiment et l’actrice Phillipa Soo, qui prête sa voix à Chang’e et dont le père est chinois, connaissait l’histoire grâce à un livre illustré de sa jeunesse intitulé The Moon Lady. «J’ai été contente de pouvoir apporter une “twist” à cette histoire traditionnelle », commente la comédienne, lors de la rencontre virtuelle réunissant la majeure partie de la production.

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Over the Moon parle du deuil, mais parle surtout d’amour, explique la productrice Peilin Chou.

Audrey [Wells] l’a écrit comme une lettre d’amour à sa fille et à son mari, avec un message incroyable concernant la perte d’un être cher et l’amour qui perdure ensuite.

Peilin Chou, productrice d’Over the Moon

La scénariste, qui a notamment écrit l’adaptation du livre The Hate U Give, avait un attachement tout particulier envers le personnage de Fei Fei, auquel elle a accepté de donner vie en 2016, deux ans avant de succomber à un cancer.

« J’ai su à quel point le film était important quand elle m’a appris qu’elle était malade, dit Peilin Chou, émue. Elle m’a dit que c’était le scénario le plus important qu’elle ait jamais écrit. Elle a pu voir une version inachevée du film et l’a beaucoup aimée. »

Pour l’illustrateur et réalisateur Glen Keane (La petite sirène, Pocahontas, La belle et la bête), « l’histoire d’Audrey concerne la guérison ». « Le film parle de l’idée d’accepter le changement, de ne pas s’enfuir, de s’ouvrir à la nouveauté », poursuit Keane, qui réalisait ici son premier film après des années à dessiner pour Disney.

L’importante représentativité

La première chose qui a convaincu Glen Keane de se lancer dans l’aventure Over the Moon a été sa rencontre avec les personnages de cette histoire. « Je me demande si je peux me voir dans la peau du personnage. Est-ce que je peux croire en ce qu’il croit ? Car je crée les personnages de l’intérieur jusqu’à l’extérieur, dit-il. Il faut que le public puisse croire en des choses qu’on ne voit pas. »

L’histoire de Fei Fei m’a beaucoup touché. Je la comprends. Elle croit que l’impossible est possible. Comme moi.

Glen Keane, réalisateur d’Over the Moon

La comédienne Cathy Ang s’y connaît maintenant en matière d’impossible devenu possible. Dans un écran adjacent de la conférence Zoom, elle raconte comment elle a décroché le rôle principal dans la production : elle avait à la base été engagée pour une journée seulement, afin d’enregistrer une démo de la première chanson écrite pour le film, Rocket to the Moon. « Très nerveuse » à l’idée de chanter pour le projet le plus important auquel elle ait pris part à ce jour, elle a finalement vécu « un moment incroyable », dit-elle. C’est qu’en entendant sa voix en studio, dès la première prise, l’équipe du film a décidé de simplement lui donner le rôle de Fei Fei… et de garder cet enregistrement pour la version finale du film.

Pour John Cho (qui interprète le père veuf de Fei Fei), le désir de dépeindre la culture asiatique autrement que ce qu’on voit habituellement dans les œuvres mainstream a beaucoup joué dans sa décision de prendre part au projet. « Il est difficile de trouver [des œuvres] qui ne montrent pas [cette culture] comme quelque chose d’oppressant, qui est attaché à la honte ou au fait de devoir faire des choses que tu ne veux pas faire », soulève-t-il.

Ruthie Ann Miles, qui prête sa voix à la mère de la jeune héroïne, note qu’elle souhaite que ses enfants puissent voir une version d’eux-mêmes à l’écran.

« C’est important de se voir à la télé », ajoute Sandra Oh, qui joue le rôle de la future belle-mère de Fei Fei, Mme Zhong.

Je veux mentionner que dans cette session Zoom, il y a beaucoup de visages asiatiques. Dans mon expérience, et c’est la même chose pour John [Cho] aussi, je crois, je suis toujours la seule qui ressemble à ce à quoi je ressemble. En tant que communauté, c’est une occasion importante.

La comédienne Sandra Oh

Des personnages aux décors en passant par les costumes

Les cinéastes n’ont pas voulu s’arrêter à l’idée d’une distribution représentative de la culture présente dans Over the Moon. Il fallait aussi que le décor soit réaliste. C’est pourquoi ils se sont rendus en Chine. « Nous nous sommes promenés et nous avons vu ce que la Chine est vraiment, raconte Glen Keane. Animer un film à partir du sentiment dont on est pris lorsqu’on a envie de communiquer ce qu’on a découvert, ça a une force magnétique. »

Rien n’a donc été laissé au hasard : les personnages, les décors… et les costumes. Particulièrement ceux de la déesse Chang’e, conçus par Guo Pei, créatrice de mode chinoise de renom. « On a été choyés de pouvoir travailler avec elle, note la productrice Gennie Rim. Avec l’animation, le physique et le matériel ne comptent plus, elle pouvait imaginer des choses au-delà de tout ça. La connexion créative entre Glen [et Guo Pei], même sans parler la même langue, était incroyable. »

« Chang’e est une diva avec une immense personnalité et on voulait faire quelque chose de spécial [avec ses vêtements], ajoute Peilin Chou. C’est un personnage du folklore chinois, donc on voulait conserver l’authenticité, tout en ayant quelque chose de frais, de nouveau et d’excitant. » Ainsi est née la version moderne de la légende de Chang’e.