(Ottawa) Le cinéma est en train d’être « relégué au second plan et dévalorisé » pendant la pandémie de coronavirus, a averti le réalisateur américain Martin Scorsese lors d’une présentation virtuelle au Festival international du film de Toronto.

Michel COMTE
Agence France-Presse

« Le fait que les festivals de cinéma continuent d’avoir lieu – improvisent, s’adaptent, font en sorte que tout fonctionne d’une façon ou d’une autre – est très émouvant pour moi », a déclaré l’auteur du film oscarisé Goodfellas.  

« Parce que dans la presse et la culture populaire, il est malheureusement de plus en plus fréquent de voir le cinéma relégué au second plan et dévalorisé, se retrouvant classé dans une catégorie qui ressemble à un petit plat réconfortant », a-t-il développé.

Le réalisateur de films aussi légendaires que Taxi Driver, Raging Bull ou Casino s’est félicité que le festival de Toronto puisse se tenir en pleine pandémie, même dans une formule réduite et largement virtuelle.

Il s’est exprimé dans une courte vidéo introduisant la cérémonie des « Tribute Actor Awards », qui récompensent comédiens, réalisateurs et réalisateurs et autres professionnels du cinéma pour leur contribution exceptionnelle au septième art.

« Plus qu’une distraction »

Ces derniers mois, des millions de personnes dans le monde ont été confinées, regardant des films depuis leur salon.

Aux États-Unis, pays le plus touché par la pandémie, les salles de cinéma à New York et Los Angeles n’ont toujours pas pu rouvrir.

« Cette forme d’art remarquable a toujours été et sera toujours beaucoup plus qu’une distraction », a dit Martin Scorsese. « Le cinéma, à son meilleur niveau, est une source d’émerveillement et d’inspiration ».

Le cinéaste avait fait polémique l’an dernier en déclarant que les longs métrages Marvel, dédiés à l’univers des superhéros, n’étaient « pas du cinéma » et s’apparentaient davantage à un « parc d’attractions ».

Martin Scorsese avait déploré dans une tribune au New York Times que les productions Marvel soient en train d’éclipser le cinéma d’auteurs dans les salles. Les films Marvel sont « dépourvus de quelque chose qui est essentiel au cinéma : la vision individuelle d’un artiste », avait-il écrit.

Les acteurs Anthony Hopkins et Kate Winslet ont été honorés lors de la cérémonie à Toronto, où tous deux faisaient la promotion de nouveaux films qui pourraient leur permettre de décrocher ensuite un Oscar.  

L’actrice britannique de 44 ans a déclaré que son rôle de paléontologue dans Ammonite, de Francis Lee, une histoire d’amour entre deux femmes se déroulant à la fin du XIXe siècle, était un « cadeau ».

PHOTO KENA BETANCUR, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Kate Winslet

« J’aime jouer des rôles qui me font me sentir terrifiée et des rôles qui me font sentir une joie incroyable », a-t-elle expliqué, depuis son domicile au Royaume-Uni.

Kate Winslet a aussi fait part de son espoir de « revenir à une réalité plus saine qui, espérons-le, laissera assez d’espace pour une abondance de compassion, de gratitude, de gentillesse et de respect les uns pour les autres et le reste de l’humanité ».

Anthony Hopkins, 82 ans, à l’affiche du film sur la démence The Father du dramaturge français Florian Zeller, a décrit cette œuvre comme « profondément intense et profondément troublante ».

PHOTO VALERIE MACON, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Anthony Hopkins

Chloé Zhao, réalisatrice américaine d’origine chinoise de 38 ans, qui vient de remporter le Lion d’or à Venise pour Nomadland, a également été honorée pour son travail.

En cours depuis jeudi dernier, le Festival international du film de Toronto, plus grande célébration du 7e art en Amérique du Nord, se terminera dimanche.