Ironie du sort, alors qu’il est amputé de ses visiteurs, de ses fêtes et de ses tapis rouges, le 45e TIFF a été lancé jeudi avec l’un des films les plus enthousiasmants qu’il nous ait été donné de voir un soir d’ouverture de festival à Toronto. La captation du spectacle American Utopia de David Byrne, par Spike Lee, n’est rien de moins qu’un modèle du genre.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Stop Making Sense, réalisé il y a 36 ans par le regretté Jonathan Demme, est devenu un classique du film musical. Cette fois, David Byrne, l’ancien leader des Talking Heads (groupe mis en valeur dans le film des années 80) est au centre d’un autre film musical tout aussi marquant.

Le fait d’être collectivement privés d’arts vivants depuis six mois y est peut-être pour quelque chose, mais assister à l’énergie d’un excellent spectacle — et la ressentir surtout — ne pourrait être plus réjouissant. Spike Lee, qui se fait discret au point que son nom apparaît au générique seulement à la fin du film, a su trouver le dosage parfait en filmant magnifiquement l’excellent spectacle qu’a offert David Byrne au Hudson Theatre à Broadway l’an dernier.

Entouré de 10 musiciens danseurs, tous mobiles avec leurs instruments, le performer d’expérience propose 21 numéros réglés avec minutie, puisés à même son plus récent album, American Utopia, mais aussi dans le répertoire de son ancien groupe. Byrne n’hésite pas non plus à afficher, non sans humour, son désir d’une plus grande justice sociale et à embrasser la cause environnementale. Plusieurs numéros sont dignes de mention, mais s’il fallait n’en relever qu’un, ce serait sans doute Hell You Talmbout. Dans cette pièce de Janelle Monáe, livrée comme une incantation, sont évoqués les noms de victimes afro-américaines tombées sous les balles de policiers. Les évènements des derniers mois confèrent à ce numéro une puissance très particulière.

Cela dit, au-delà de la qualité des pièces musicales et de la performance de David Byrne et de ses acolytes, il y a la captation de Spike Lee. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : une captation. Contrairement à ce que bien des cinéastes sont tentés de faire quand ils héritent d’un tel mandat, le réalisateur de BlacKkKlansman ne s’intéresse qu’au spectacle. La seule partie plus « documentaire » de son approche se résume à quelques scènes dans les coulisses à la toute fin, et quand Byrne retourne chez lui à vélo dans les rues de New York.

Le théâtre dans lequel il a posé ses caméras lui permet de rendre justice à l’effervescence du spectacle, et à l’enthousiasme du public qui en découle, tout en gardant un côté intimiste. En regardant American Utopia, on a un peu l’impression de faire partie des privilégiés qui étaient sur place ce soir-là.

American Utopia est offert à la location sur la plateforme numérique du TIFF au prix de 26 $. Le film de Spike Lee sera par ailleurs présenté sur la chaîne spécialisée HBO à compter du 17 octobre. On a déjà hâte de le revoir.

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