Avant d’accepter la réalisation de cette comédie imaginée par Will Ferrell, qu’il avait notamment dirigé il y a 15 ans dans Wedding Crashers, David Dobkin ne savait pratiquement rien du fameux concours paneuropéen de la chanson. L’aspect gigantesque – et outrancier – de l’évènement l’a beaucoup impressionné, mais il s’est surpris à se prendre aussi d’affection pour ce spectacle annuel, incontournable pour des millions d’adeptes depuis plus de 60 ans. Entretien.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Ce qui frappe en regardant Eurovision Song Contest : The Story of Fire Saga est de constater que l’évènement se prête d’évidence à la satire, mais vous empruntez néanmoins le point de vue d’un admirateur affectueux. Il y a même des participations d’anciens lauréats et vous faites aussi entendre Ne partez pas sans moi, la chanson qui a valu à Céline Dion d’être couronnée en 1988 sous la bannière suisse…

J’adore la chanson de Céline ! Je tenais absolument à ce qu’on l’entende d’une façon ou d’une autre. Le film est d’ailleurs parsemé de quelques easter eggs [bonus cachés], destinés à ceux qui connaissent déjà ce concours et qui l’apprécient, dont ce medley de chansons primées.

PHOTO : DANNY MOLOSHOK, ARCHIVES REUTERS

David Dobkin, réalisateur du film Eurovision Song Contest : The Story of Fire Saga.

L’idée de ce long métrage vient de Will Ferrell et il en a écrit le scénario avec Andrew Steele, qui a notamment été scripteur à Saturday Night Live. Quand il vous a proposé de réaliser le film, que saviez-vous de l’Eurovision ?

Pas grand-chose, vraiment ! Ce concours n’est pas diffusé ni commenté aux États-Unis. Mais Will, dont l’épouse est suédoise, a eu l’occasion de suivre souvent ce spectacle depuis 20 ans et il a développé une véritable fascination. À la lecture du scénario, les éléments comiques étaient déjà clairs, mais on sentait aussi l’admiration de Will pour ce concours, ainsi qu’une véritable empathie pour les personnages. Quand j’ai fait mes recherches, je me suis rendu compte à quel point cet évènement, vu par 180 millions de personnes chaque année, est important et apprécié. Ni Will ni moi ne voulions tomber dans la satire méchante. En vérité, ce film est une lettre d’amour destinée à l’Eurovision !

En même temps, vous ne faites pas l’impasse sur l’aspect outrancier de certains numéros de productions et le côté parfois ridicule de certaines chansons…

C’est justement ce qui fait qu’on aime tant l’Eurovision. Nous n’avons pratiquement rien inventé au chapitre des numéros. Quand Will chante alors qu’il est attaché à une immense roue, c’est presque directement repiqué d’un vrai numéro !

Ce film bénéficie de l’appui des organisateurs de l’Eurovision. Ont-ils été difficiles à convaincre ?

Ils étaient un peu méfiants au départ, car ils ne savaient pas trop ce que nous comptions faire, mais quand ils ont été convaincus de la sincérité de Will et de sa véritable affection pour l’évènement, ils nous ont donné un très grand accès. L’an dernier, alors que le concours s’est tenu à Tel-Aviv [Israël et l’Australie sont les deux seuls pays non européens à participer à l’Eurovision], nous avons pu tourner plusieurs scènes là-bas. Sur le plan de la réalisation, le plus grand défi consistait à illustrer l’ampleur de ce spectacle, avec les moyens relativement modestes attribués à une comédie. Aux États-Unis, il n’existe pas d’émission de télé de cette envergure, diffusée en direct devant 20 000 personnes, suivie simultanément par des millions et des millions de téléspectateurs. Techniquement, ça a été difficile d’être à la hauteur. Heureusement, nous avons pu utiliser leur matériel à Tel-Aviv !

Et qu’en est-il des anciens lauréats qui viennent en participation ?

Ils se sont montrés très enthousiastes, mais ils ont aussi voulu savoir ce qu’on était en train de faire avant de monter à bord. Et ce qu’on était en train de faire n’était pas facile à expliquer ! Ces artistes étant aussi souvent de très grandes vedettes dans leurs pays respectifs, il nous a fallu un petit peu de temps avant de pouvoir coordonner les déplacements et rassembler tout le monde pendant trois jours.

Cet évènement étant pratiquement inconnu aux États-Unis, comment réagira le public américain d’après vous ?

L’Eurovision ne lui est pas familier, mais il connaît quand même très bien Will. À ma grande surprise – et j’en suis ravi parce que j’étais un peu inquiet –, les projections tests auprès du public américain ont généré des scores très élevés. Je craignais que le public en perde des bouts, mais non, il s’est beaucoup engagé dans le récit. En même temps, il y a tellement de shows télévisés consacrés à la découverte de talents en Amérique – The Voice, American Idol, So You Think You Can Dance et bien d’autres – que le public est déjà bien au fait de la mécanique et de l’esprit de ces concours. Je crois que ce film va susciter l’intérêt du public américain pour l’Eurovision, car il n’a pas encore eu l’occasion de voir un spectacle de ce genre, immense, drôle, kitsch, étrange, mais à la fois si sincère et émouvant. L’Eurovision est une combinaison de couleurs très bigarrées, ça ne ressemble à rien d’autre, et pourtant ça marche !

Et qu’en sera-t-il du public européen ?

Encore là, les projections tests auprès du public européen ont aussi généré de gros scores, mais l’appréciation est différente parce qu’il connaît bien l’évènement, les artistes et les chansons. Ça s’est même transformé en sing along parfois !

Eurovision Song Contest : The Story of Fire Saga (Concours Eurovision de la chanson – L’histoire de Fire Saga en version française) est maintenant offert sur Netflix.