Pendant la pandémie, notre critique vous propose chaque semaine trois longs métrages de répertoire à (re)découvrir. Au programme cette semaine : des films LGBTQ moins connus pour souligner le mois de la fierté.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

And Then We Danced (2019)

Levan Akin

Ce très beau film, qui a ouvert l’automne dernier le 32e Festival Image + Nation de Montréal, vient d’apparaître sur quelques plateformes. Réalisé par Levan Akin, And Then We Danced est né d’une indignation qu’a ressentie le cinéaste suédois, issu d’une famille géorgienne, le jour où il assisté à Tbilissi, la capitale du pays natal de ses parents, à des agressions contre des participants à une Marche des fiertés, organisée dans le cadre de la Journée mondiale contre l’homophobie.

Levan Akin est ainsi allé tourner en Géorgie, de façon quasi clandestine, ce drame relatant le parcours d’un danseur aspirant à joindre le plus grand ensemble de danse traditionnelle du pays. Son projet est cependant chamboulé par l’arrivée d’un nouveau collègue, à la fois rival et objet de désir. La mise sur pied du film et le tournage ont été semés d’embûches. Il a d’abord fallu trouver en Géorgie des acteurs qui maîtrisent l’art de la danse traditionnelle. Ils devaient également accepter de jouer dans un film abordant un sujet extrêmement sensible en Géorgie.

Au moment de la première du film à Tbilissi, une campagne a d’ailleurs été orchestrée par des groupes radicaux d’extrême droite et des militants religieux. Des menaces ont en outre été proférées vers les spectateurs qui oseraient aller voir ce « film de propagande de la sodomie », qu’ils estiment être un « affront aux valeurs traditionnelles du pays ».

En plus de nous familiariser avec une danse inédite pour la plupart d’entre nous, très physique, And Then We Danced, lancé à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes l’an dernier, est surtout une histoire d’affirmation personnelle, magnifiquement portée par Levan Gelbakhiani, une révélation.

> Lisez notre entretien avec Levan Akin : « Danser sur les braises de l’intolérance »

And Then We Danced est offert sur iTunes, YouTube et Google Play.

The D Train (2015)

Andrew Mogel et Jarrad Paul

Cette comédie dramatique a été lancée au festival de Sundance mais elle est complètement passée sous le radar à l’époque de sa sortie, même si les têtes d’affiche sont Jack Black et James Mardsen. Sauf erreur, elle n’a même jamais pris l’affiche au Québec.

Sans être un grand film, The D Train suscite néanmoins l’intérêt grâce à sa façon d’aborder la crise de la quarantaine pour deux hommes dont les vies n’ont rien à voir en apparences. Jack Black incarne Dan, un type marié et père de famille, dont le quotidien est plutôt terne. Dan met beaucoup d’efforts à organiser une réunion d’anciens élèves de l’école secondaire.

Son cœur s’emballe quand il reconnaît dans une publicité Oliver, le gars le plus populaire dans son école à son époque. Ce dernier, campé par James Mardsen, est un peu surpris d’être sollicité chez lui, à Hollywood (oui, Dan a fait le voyage), par ce type qui insiste un peu trop, mais qu’il consentira à rencontrer quand même.

Et c’est là où ça devient intéressant car, contre toute attente, Dan en aura un peu plus pour son argent que ce à quoi il s’attendait. The D Train explore ainsi la complexité d’une bromance qui, dans ce cas-ci, tourne au désastre. C’est parfois drôle, souvent ponctué de malaises, et bien interprété par les deux vedettes, tout autant que Kathryn Hahn, solide dans le rôle de la femme de Dan.

Offert sur Boutique Cineplex, YouTube et Google Play. Aussi en DVD.

Une nouvelle amie (2014)

François Ozon

De film en film, François Ozon (Frantz, Grâce à Dieu) n’a de cesse d’aller gratter sous le vernis des apparences pour mieux explorer les pistes les plus ambigües de la nature humaine. Jamais n’aura-t-il pourtant autant joué de ce procédé que dans Une nouvelle amie, un film librement inspiré d’une nouvelle de Ruth Rendell.

Misant sur l’incompréhension que provoquent encore parfois les questions d’identité sexuelle, le cinéaste se permet même d’entraîner le spectateur sur de fausses pistes, histoire de faire écho aux fantasmes liés à un phénomène encore méconnu. Le récit explore justement l’impact que peut avoir un changement de cette nature sur le plan sentimental auprès des proches.

À cet égard, le cinéaste n’entretient aucun effet de suspense et ne préserve aucun mystère (contrairement à ce que laisse croire la bande-annonce). Très vite, il est divulgué que la « nouvelle amie » du titre est un homme qui s’habille en femme. Tout au long du récit, auquel il donne des allures de fable, François Ozon maintient à la fois une atmosphère de mystère, empreinte parfois de lyrisme. Il mêle aussi habilement des éléments de comédie et de drame sans ne jamais tomber dans le cliché.

Romain Duris, tout en fragilité et en délicatesse dans la peau de la nouvelle amie, trouve ici l’un de ses plus beaux rôles. Face à lui, Anaïs Demoustier est aussi épatante.

Offert sur iTunes (sous le titre The New Girlfriend). Aussi en Blu-ray/DVD.