Au cours de la quatrième et dernière soirée de présentations des Prix Écrans canadiens, tenus virtuellement cette année, l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision a célébré Antigone dans son volet consacré aux arts cinématographiques.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Le film de Sophie Deraspe, lancé au festival de Toronto l’automne dernier, a recueilli cinq trophées, dont ceux remis au meilleur film de l’année et à la meilleure adaptation. Nahéma Ricci s’est distinguée dans la catégorie de la meilleure interprétation féminine, et Nour Berkhiria, l’interprète d’Ismene, sœur d’Antigone, en a fait de même dans celle de la meilleure interprétation féminine dans un rôle de soutien. Le prix du meilleur montage fut aussi attribué à cette production qui avait en outre été choisie pour représenter le Canada aux Oscars dans la catégorie du meilleur film international.

En transposant le texte classique de Sophocle dans la réalité montréalaise d’aujourd’hui, à une époque où le thème de l’immigration est sensible, tant au Québec que dans les sociétés occidentales en général, cette adaptation ne pouvait mieux s’inscrire dans l’air du temps.

« Je suis très heureuse de cette reconnaissance des valeurs que véhicule le film et des risques artistiques que nous avons pris pour le faire, a déclaré Sophie Deraspe à La Presse quelques minutes après l’annonce. C’est un peu étrange de recevoir ces prix dans la solitude car j’aurais tellement voulu partager ces moments avec mon équipe. Faire un film est un acte éminemment intime qui doit aussi allier le collectif pour pouvoir exister. Ce sont les gens qui nous suivent dans notre démarche qui nous permettent d’y arriver. Et quand ce travail de l’intime au collectif se rend au public, comme ce fut le cas pour Antigone, c’est extraordinaire ! »

L’interprète d’Antigone, Nahéma Ricci, était aussi ravie d’une reconnaissance qu’elle n’aurait pu imaginer au moment où elle a décroché le rôle.

« Tout s’est enchaîné très rapidement, dès la sélection du film au festival de Toronto, souligne-t-elle. J’ai pu évoluer sur le plan créatif tout au long du tournage d’Antigone, grâce à Sophie [Deraspe] et toute l’équipe qu’elle a pu réunir autour d’elle. Ce prix arrive aussi à un moment très particulier, alors que nous sommes tous plongés dans l’incertitude, particulièrement ceux qui évoluent dans le milieu culturel. Si j’avais eu l’occasion de monter sur une scène pour aller chercher ce prix, j’aurais évidemment remercié chaleureusement mes proches et les artisans du film, mais je crois que j’aurais aussi profité de la tribune pour interpeler les gouvernements et leur demander de consulter les artistes. »

D’autres films québécois honorés

The Song of Names (Le chant des noms), un film coproduit par Robert Lantos et Lyse Lafontaine, a transformé en trophées cinq de ses neuf citations et a notamment valu au compositeur Howard Shore pas moins de deux prix : meilleure musique originale et meilleure chanson originale. Le plus récent film de François Girard, dont les têtes d’affiche sont Tim Roth et Clive Owen, a aussi été récompensé dans les catégories du son d’ensemble, du montage sonore et des maquillages.

The Twentieth Century, de Matthew Rankin, a également fait belle figure en récoltant trois prix. La comédie satirique éclatée, qui fait écho sur un mode délirant à la vie de Mackenzie King à l’époque où ce dernier était un jeune politicien rêveur et ambitieux, s’est distinguée grâce à sa direction artistique, ses costumes et ses coiffures.

Rémy Girard pour la cinquième fois !

De son côté, Rémy Girard peut se vanter d’une cinquième victoire. À l’époque où l’on remettait les Prix Génie du cinéma canadien, l’acteur québécois avait déjà obtenu le prix de la meilleure interprétation masculine dans un second rôle en 1989 grâce aux Portes tournantes (Francis Mankiewicz) et l’année suivante grâce à Jésus de Montréal (Denys Arcand). Amoureux fou (Robert Ménard) lui a valu le prix Génie du meilleur acteur en 1991 et le même laurier lui fut attribué en 2004 grâce aux Invasions barbares (Denys Arcand). Dix ans après sa dernière sélection (De père en flic en 2010), le célèbre acteur, cité la 11e fois, a été primé dans la catégorie du meilleur acteur de soutien grâce à sa composition dans Il pleuvait des oiseaux, le très beau film de Louise Archambault.

« Ce prix me fait particulièrement plaisir, a confié Rémy Girard à La Presse. J’ai été choyé tout au long de ma carrière, notamment grâce à Denys Arcand, mais je dois dire qu’Il pleuvait des oiseaux restera l’un de mes grands souvenirs d’acteur. Ce fut un bonheur de tourner ce film avec Louise Archambault, et puis, bien sûr, madame Andrée Lachapelle et Gilbert Sicotte. Je ne sais à quoi ça tient, mais le Canada anglais a toujours été généreux à mon égard. À une certaine époque, on me comparait là-bas à Martha Henry parce que, comme elle, j’étais toujours en nomination ! »

Toujours du côté québécois, Menteur a obtenu le Prix Écran d’or du meilleur long métrage, remis à la production canadienne ayant généré les plus grandes recettes au box-office. La comédie à succès d’Émile Gaudreault a, rappelons-le, franchi la barre des six millions de dollars au box-office lors de sa carrière en salles.

Par ailleurs, The Body Remembers When the World Broke Open, un film coréalisé par Elle-Máijá Tailfeathers et Kathleen Hepburn, s’est aussi hissé très haut dans le palmarès en raflant trois prix importants : meilleure réalisation, meilleur scénario original et meilleure direction photo.

Signalons enfin que le Prix Écran de la meilleure interprétation masculine a été attribué à Mark O’Brien pour le film Goalie. Dans ce drame biographique, réalisé par Adriana Maggs, l’acteur incarne Terry Sawchuk, célèbre gardien de but dans les années 50 et 60, récipiendaire de trois coupes Stanley avec les Red Wings de Detroit, et une avec les Maple Leafs de Toronto en 1967, leur dernière à ce jour.