(Cannes) Insolite, émouvant mais vrai, Family Romance LLC de Werner Herzog, présenté en séance spéciale à Cannes, explore la pratique répandue au Japon de la location de comédiens, pour qu’ils se fassent passer pour un membre de la famille ou un proche.

Agence France-Presse

À 76 ans, l’Allemand, cinéaste de l’extrême et infatigable explorateur de contrées, est toujours aussi actif et prolifique, alternant sans faiblir entre documentaires et fictions, à un rythme d’un ou deux projets par an. Dernier opus en date, Meeting Gorbatchev, coréalisé en 2018 avec Andre Singer, dans lequel il brosse le portrait de l’ancien leader soviétique.

PHOTO TIRÉE DE IMDB

L'affiche de Family Romance LLC, réalisé par Werner Herzog

Avec Family Romance LLC, Herzog s’est intéressé au phénomène japonais des « rentaru furendo », ces agences de location très particulières qui comblent les manques voire les vides affectifs de leurs clients, en créant de toute pièce un amour familial ou simplement d’un lien social.

« Quand j’ai entendu parler de ce concept, j’ai cru à de la science-fiction. J’ai fait quelques recherches, mais je ne voulais pas m’inspirer d’histoires réellement inventées. Mon film est entièrement scénarisé et dialogué par mes soins, j’ai tout imaginé. C’est la forme la plus pure d’une fiction. Même les scénaristes ou les écrivains professionnels qui ont lu mon script ont cru que c’était un documentaire », explique Herzog.

En fil rouge du film se noue à l’écran la relation naissante entre Mahiro, 12 ans, et son père qu’elle n’a jamais vu et se décide enfin à venir à sa rencontre. Ce père, Yuichi Ishii, qui se trouve être à la fois le metteur en scène et l’acteur principal de ce petit théâtre des illusions, a été embauché par la mère de Mahiro.

Peu à peu, l’adolescente prend confiance, s’attache et se confie à lui, sans que l’acteur qui l’incarne parvienne véritablement à savoir si celle-ci sait le subterfuge mis en place ou si elle croit vraiment à ce rapport affectif qui s’instaure. Yuichi, qui rapporte régulièrement à sa cliente, la mère de Mahiro, les discussions et moments intimes ainsi provoqués, sent qu’il est affecté par la situation « car chez Family Romance on n’a pas le droit d’aimer ni d’être aimé ».

Dans un Tokyo en pleine floraison des cerisiers, d’autres histoires lui permettent de vivre des situations autrement plus légères, comme quand il exauce le vœu d’une femme âgée qui rêve de gagner une grosse somme à la loterie, en sonnant chez elle pour le lui annoncer à gros renforts de cotillons, chèque en carton à l’appui.

Vraie Fiction et en même temps faux documentaire — Yuichi Ishii, engagé par Herzog, exerce dans la vie ce métier d’« acteur de vie quotidienne » — Family Romance LLC, filme au plus près les émotions enfouies et émeut définitivement avec un plan final qui ramène le comédien à sa propre réalité.

Il est aussi, de la part du réalisateur d’Aguirre, la colère de Dieu, le prétexte à une subtile mise en abyme du métier d’acteur et de metteur en scène.