Le tournage de Jusqu’au déclin, le tout premier long métrage québécois produit par Netflix, a pris fin il y a quelques jours à peine. Réalisé par Patrice Laliberté, ce thriller nordique met principalement en vedette Guillaume Laurin, Réal Bossé et Marie-Evelyne Lessard. Marc-André Grondin, Marc Beaupré, Marilyn Castonguay et Guillaume Cyr font aussi partie de la distribution.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Il n’y a même pas un an, Patrice Laliberté, accompagné du scénariste Nicolas Krief, s’est retrouvé à proposer son projet de film aux gens de Netflix, à la faveur de rencontres organisées par le géant de la diffusion en continu auprès des producteurs québécois.

Dix mois plus tard s’est amorcé dans les Laurentides le tournage de Jusqu’au déclin, un thriller nordique principalement campé en forêt. 

Pendant 31 jours, au moment où l’hiver a montré son visage le plus cinglant, la joyeuse équipe a mis en boîte ce long métrage produit par la société Couronne Nord. Celle-ci compte quelques courts métrages à son actif, dont Viaduc, lauréat du prix du meilleur court métrage canadien au festival de Toronto en 2015.

Netflix s’est ainsi tourné vers une jeune équipe pour financer un premier long métrage québécois, dans le cadre de l’entente conclue avec le gouvernement fédéral en 2017. Rappelons qu’en vertu de cette entente, le géant américain s’est engagé à investir 500 millions de dollars sur cinq ans dans des productions canadiennes.

Un bon budget

Les artisans de Jusqu’au déclin sont avares de détails à propos du scénario, qu’ont cosigné Nicolas Krief, Patrice Laliberté et Charles Dionne, ainsi que du budget dont ils ont disposé. Celui-ci serait quand même estimé à environ 5 millions, une somme que les institutions publiques vont rarement attribuer à un premier long métrage chez nous.

« Nous avons été vraiment chanceux de disposer d’un bon budget, d’autant que le film de genre est plus difficile à faire passer auprès des institutions », indique la productrice Julie Groleau.

Guillaume Laurin, cofondateur de la société Couronne Nord et aussi l’acteur principal du film, fait pour sa part remarquer que les gens de Netflix ont été accrochés par ce projet grâce à sa nature différente. « Ils ont reçu plusieurs propositions de drames et de comédies, mais ils souhaitaient vraiment autre chose. Notre projet correspondait à ce qu’ils recherchaient. »

Une histoire de survie

Dans Jusqu’au déclin, Guillaume Laurin incarne un apprenti « survivaliste », jeune père de famille, qui acquiert une formation auprès d’un homme d’expérience, incarné par Réal Bossé. Nous n’en savons guère plus que ce point de départ pour l’instant, mais on devine qu’à partir de là, tout dégénère et vire à l’extrême. 

Le tournage fut d’ailleurs exigeant. Pendant deux semaines, l’équipe s’est retrouvée en forêt, de nuit, sous des températures frôlant les - 30 et - 40 oC. Guillaume Laurin a préféré mettre toutes les chances de son bord en s’entraînant avant le premier tour de manivelle. « Je suis allé faire de la survie en forêt avec des gens expérimentés. Je me voyais mal arriver là sans préparation, moi qui suis un peu frileux ! »

De son côté, Réal Bossé célèbre le fait de retrouver enfin dans le cinéma québécois un projet mettant en valeur notre nordicité.

« J’ai toujours rêvé de faire un film d’hiver, dit-il. On est complètement ailleurs. Quand tu tournes par temps très froid, il y a forcément une solidarité qui s’installe. On a fait tout ça avec le sourire parce que nous savions tous dans quoi on s’embarquait au départ. »

« On est dans le bois, en ski-doo, pis on tripe ! J’ai eu l’occasion de vivre beaucoup d’expériences professionnelles dans ma vie, mais je dois avouer que celle-là fait partie de mon top 3 ! »

L’acteur a d’ailleurs eu vent de ce projet en lisant un reportage dans La Presse au mois de novembre. Réal Bossé se disait alors heureux pour Patrice Laliberté, un cinéaste avec qui il avait déjà discuté d’un projet qui ne s’est jamais concrétisé. « Puis j’ai reçu un appel de mon agent. Il m’a annoncé qu’on aimerait me voir en audition pour un projet qui, m’a-t-il dit, représente tout ce que j’aime : du drame extrême, des émotions, de l’inconnu ! »

Pas de dilemme moral

Qui dit Netflix dit aussi polémique. Le géant de la diffusion en continu a bouleversé l’écosystème de la production télévisuelle, et il s’apprête à faire de même dans le monde du cinéma en suggérant un nouveau modèle de diffusion. Les créateurs ne devraient toutefois pas y voir un dilemme moral, selon Réal Bossé.

« Il y a beaucoup de talent au Québec, il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus, et les budgets diminuent progressivement. Quand on nous offre la possibilité d’obtenir du financement privé, cet engagement reste privé. Donc, ça nous est offert. On le fait ou on ne le fait pas. Pourquoi se priver d’une patente qui nous permettrait de raconter une histoire qui va rejoindre un large public ? Cela dit, il faut réfléchir à l’avenir, se poser des questions. Les gens s’abonnent à plein de services et ils abandonnent la télé, particulièrement les jeunes. Est-ce qu’on peut faire en sorte que ça se passe bien ? Une adaptation est nécessaire.

« Tout ça va se stabiliser, conclut-il, mais j’ai hâte de voir la suite ! »

Jusqu’au déclin en est à l’étape de la postproduction. On ne sait pas encore quand Netflix le diffusera.