Parlons-en. Et parlons-en encore. C’est du moins ce que souhaite fermement le Festival du film Au Contraire, consacré à la déstigmatisation de la maladie mentale. Au programme : des films et des discussions, avec des réalisateurs et des docteurs. Mission : éducation et collecte de fonds. Explications en trois temps.

Silvia Galipeau
Silvia Galipeau La Presse

La programmation

Ce petit festival de films pas comme les autres se déroule la semaine prochaine, du 22 au 24 octobre, au Musée des beaux-arts de Montréal. Au menu : 25 films, à la fois d’ici (Tenir tête, de Mathieu Arsenault, long métrage troublant et éclairant sur la bipolarité, ou Zoothérapie, de David Fine et d’Alison Snowden, court métrage d’animation sélectionné l’an dernier aux Oscars), mais aussi d’ailleurs (Les heures heureuses, documentaire français, suisse et belge signé Martine Deyres, sur Saint-Alban-sur-Limagnole, petit village isolé de France, à l’avant-garde de la désinstitutionnalisation), sans oublier moult courts métrages abordant tous, de près ou de loin, la thématique de la maladie mentale (que ce soit en famille, au travail ou ailleurs). Exit les tabous ; les projections seront suivies de discussions animées. Notons la présence d’André Delorme, psychiatre et invité d’honneur cette année, mais aussi celle de Lamar Odom, joueur américain de basketball bien connu, lequel viendra discuter de dépendances sexuelles. À noter : des projections sont aussi prévues pour les étudiants, les organismes communautaires impliqués en santé mentale et les experts en ressources humaines.

L’éducation

« On veut montrer que ceux qui souffrent de maladie mentale ne sont pas stupides, ignorants ou violents », explique Philip Silverberg, fondateur du festival, ainsi que d’une charité vouée à la cause (Paradis Urbain, organisme consacré à la réinsertion des personnes aux prises avec une maladie mentale). « Au contraire », renchérit la porte-parole, l’artiste Florence K, clin d’œil, on le comprend, au festival, qui en est à sa septième édition. « On parle beaucoup de déstigmatisation, mais il faut continuer l’éducation ! » La chanteuse a, on le sait, elle-même souffert d’un épisode dépressif majeur et de psychoses, il y a quelques années à peine. « Maintenant, il est temps d’aller plus loin. Il est temps de comprendre [la maladie mentale], d’expliquer ce que c’est, les symptômes, les signaux d’alerte. Qu’est-ce qu’on fait ? Malheureusement, le mot “psychiatre” fait encore extrêmement peur aux gens… », déplore-t-elle. Parce que c’est un fait : reconnaître ses symptômes, c’est déjà un « immense pas » pour une personne qui souffre.

La collecte de fonds

Mais attention : ce festival n’est toutefois pas un festival grand public. On cible plutôt les donateurs, entreprises ou familles touchées par la maladie. Les trois soirs se déclinent ainsi entre 50 et 125 $ chacun. Tous les profits seront ensuite versés à divers organismes, notamment la Maison UP Donald Berman (maison de réinsertion), le Réseau alternatif et communautaire des organismes, la Société québécoise de la schizophrénie et Chabad Lifeline (centre de désintoxication), organismes qui ont cruellement besoin de fonds. « La [maladie] mentale est encore stigmatisée, fait valoir Philip Silverberg. Mais c’est une maladie, et il faut qu’elle soit traitée comme telle. […] Il ne faut plus la cacher, il faut en parler, et plus on en parle, plus les gens vont réaliser qu’il faut trouver des remèdes ! […] Plus on en parle, et plus ça va devenir une question de société. » Quant à la question que tout le monde se pose : oui, il est possible de vivre une vie normale, tout en ayant une maladie mentale. Encore faut-il se soigner. « J’ai une belle vie, confirme Florence K. Je suis médicamentée, probablement pour le reste de ma vie. Je vais voir un psychiatre, probablement pour le reste de ma vie. Mais je suis aux études, j’ai un mari, un enfant, une carrière. Je vis. Je revis. Et je suis bipolaire ! »

Consultez le site du festival : https://www.fr.acff.ca/