Des glissades d’eau, des litres de sang et du fun à profusion : place à Aquaslash, de Renaud Gauthier, projeté en première mondiale à Fantasia

Natalia Wysocka La Presse

Ça devait être un film rempli de rock canadien. Un film se déroulant dans les années 80.

Finalement, la musique n’est pas tout à fait dans le même registre. Et ce, même si l’on y entend une reprise du succès de Corey Hart chantant qu’il met ses lunettes de soleil à la tombée de la nuit. I wear my sunglasses at night… Pour ce qui est de l’époque, celle des eighties, donc, elle est traduite par un thème. Celui d’un bal de finissants. Qui débarquent en bande pour célébrer leur nouveau diplôme et faire la fête. Et pas n’importe où : dans un parc aquatique.

D’où le titre de ce slasher d’horreur : Aquaslash. Le deuxième long métrage signé Renaud Gauthier. Mais le premier de tous ses projets confondus pour lequel il n’est pas complètement aux commandes jusqu’au moindre détail.

Habitué à produire, à écrire et à réaliser, le cinéaste québécois devient ici « juste réalisateur-scénariste » (ses mots, pas les nôtres). « D’habitude, je suis toujours impliqué à tout patenter », dit-il lorsque nous le rencontrons à Fantasia. Le festival où, en 2013, il avait présenté son premier long métrage, Discopath. Un autre titre bien choisi pour un film mettant en scène un homme qui tue lorsqu’il entend du disco.

Le CV de R.G.

Ça fait deux décennies que Renaud Gauthier tourne des films, des vidéoclips, des séries, des publicités. Histoire de prouver ses dires — ou en guise de célébration —, il nous montre un vieux VHS qu’il a apporté. Celui de son Y aura d’la casse ! Une rareté, difficilement trouvable, qu’il songe à ressortir, à renumériser et à projeter lors d’un évènement spécial. « Mais “Renaud Gauthier organise une soirée de films de Renaud Gauthier”, ce serait un peu bizarre. »

En attendant, il se concentre sur cet Aquaslash aux effets spéciaux conçus par Rémy Couture et les Blood Brothers, Jib Bérubé et Carlo Harrietha. Fun fact : « Apparemment, ils ont utilisé 4000 litres de faux sang. » Autres précisions : son film « a été produit par Pierre-Alexandre Bouchard, de La Guérilla. Mais le financement vient de France ». Pour ce qui est du budget final, il l’estime « entre 500 000 et 700 000 $ ». Les jours de tournage, eux, se chiffrent à 15.

Entre les détails techniques de ce type, Renaud Gauthier en glisse d’autres, plus personnels. Il note ainsi qu’il a été élevé en écoutant du Mötley Crüe et du Twisted Sister. Et qu’il a passé ses dimanches d’enfance au cinéma de Chomedey, à Laval. Là où son père lui achetait un billet à 1 $, le laissant visionner des films toute la journée, « de midi à six ». La guerre des étoiles, La course de la mort… « Tous les films étaient traduits. »

Au passage, si ses deux longs métrages ont été tournés en anglais, Renaud Gauthier insiste sur l’importance qu’il accorde au doublage. « Je tripe là-dessus. Des films doublés en français, c’est vraiment ce que les gens au Québec ont l’habitude de voir à la télé. »

Reconnaissance locale

Tourné au Super Aqua Club de Pointe-Calumet (déguisé en Connecticut), le récit de Renaud Gauthier réunit des sauveteurs blasés, des aspirants rockeurs motivés, des filles populaires stylées, des scènes d’amour dans la buée des douches, d’autres de lave-auto coquin. « Un peu de nudité, pourquoi pas ? C’était de mise. »

Question distribution, il souligne qu’il a momentanément songé à Jessica Paré. Et que le rôle du boss en fin de compte incarné par l’acteur canadien Nick Walker devait à l’origine être joué par « David La Haye, man ! Il allait se raser la barbe, et tout ! Mais finalement, il avait une job au Manitoba en même temps ».

Résultat des courses : « On n’a pas de vedette, on n’avait pas de cash. » Ce qui ne veut pas dire que ses interprètes ne sont pas parfaits dans leur rôle. En tête, la Montréalaise Brittany Drisdelle, idéale en patronne de glissade d’eau à l’aura magnétique, qui fascine tous ces messieurs.

D’ailleurs, comme le note le cinéaste, dans son film, tout le monde est beau… et prêt à tuer. Qui est responsable, d’ailleurs ? Le mystère se mêle au thriller, au gore, à la comédie, au suspense… 

C’est un peu le film de tous les genres. Il manque juste de la science-fiction.

Renaud Gauthier, cinéaste

Parlant de manque, trouve-t-il que Discopath n’a pas forcément eu la reconnaissance qu’il mérite ? « Après avoir été projeté à Fantasia, je suis allé dans plein de festivals, c’était super le fun. Je me disais : “Wow, j’ai une réputation !”Mais quand je suis revenu… je ne sais pas trop. On dirait que personne ne connaît mes films. » Peut-être que cela va changer avec Aquaslash, non ? « J’ai l’impression que ce sera la même chose. C’est un peu marginal. »

Il affirme d’ailleurs, non sans fierté, que son premier long est encore « super piraté à travers le monde, en Chine, partout ». « D’un côté, je trouve ça le fun parce que ça augmente ma notoriété. D’un autre côté, j’aimerais que plus de gens le voient au Québec. »

Dernièrement, une chaîne d’ici l’a ajouté à son offre de visionnement sur demande. Succès ? « J’ai reçu un chèque de 19 piasses. Je l’ai encadré. »

Aquaslash, présenté en première mondiale — et en présence de Renaud Gauthier — lundi à 21 h 20 au Théâtre Hall de Concordia