Le film controversé Unplanned, considéré par plusieurs comme un film de propagande antiavortement, pourrait être présenté au Québec dans les cinémas Guzzo.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

Produit par le studio américain chrétien Pure Flix, Unplanned a créé bien des remous aux États-Unis lors de sa sortie, en février dernier. Il raconte l’histoire vécue d’Abby Johnson qui, après avoir été témoin d’un avortement, a démissionné de l’organisme Planned Parenthood pour devenir militante pro-vie.

Pour bien des gens, il s’agit d’un outil de propagande des groupes « antichoix ».

Au Canada, ce film sera distribué par le pasteur et président de Cinedicom BJ McKelvie, dès le 12 juillet.

Lorsque La Presse a informé le propriétaire de Cinémas Guzzo, Vincent Guzzo, que le film avait un distributeur canadien, il n’a pas caché son intérêt : « Je vais essayer de le jouer. »

J’ai eu beaucoup de courriels à propos de ce film. La majorité pour me dire qu’ils voulaient que je le présente. Il y a même quelqu’un qui m’a écrit hier pour me demander s’il pouvait louer une salle pour une journée pour le présenter.

Vincent Guzzo, propriétaire de Cinémas Guzzo, à propos d’Unplanned

Vincent Guzzo ne croit pas que c’est à lui de censurer un film, sauf si ce dernier fait « de la propagande haineuse ». Sur un sujet comme l’avortement, que le film soit pour ou contre, il estime qu’il a intérêt à le diffuser. Au public, ensuite, de choisir s’il souhaite le voir.

« Personnellement, je suis de tangente conservatrice, mais les femmes ont le droit de faire ce qu’elles veulent avec leur corps. Mais je trouve qu’il n’y a rien de mal à avoir un débat. Il y a peut-être quelque chose à apprendre de ce film ou des discussions autour du film », a dit Vincent Guzzo.

Cineplex présentera aussi Unplanned dans 14 salles au pays, dont en Ontario et dans les provinces de l’Ouest. Par contre, pour l’instant, il n’y a pas de cinéma au Québec qui le diffusera. « Nous avons collaboré avec le distributeur pour choisir où nous allions le présenter en nous basant sur la demande anticipée », a répondu par courriel Sarah Van Lange, directrice aux communications de Cineplex.

« Nous avons un long historique de ne pas censurer du contenu et notre rôle est de fournir à nos clients un choix de films, poursuit-elle. À la toute fin, c’est au public de choisir s’il veut ou pas voir un film, que ce soit Unplanned ou l’un des 500 autres films que nous projetterons cette année. »

Des organismes déçus

Marianne Labrecque, coordonnatrice à la Fédération du Québec pour le planning des naissances, craignait que le film soit diffusé au Canada, puisqu’il s’agit selon elle d’un « outil de propagande » et de « fake news ».

« C’est frappant pour l’imaginaire, parce que la fille en question est une ancienne directrice de l’équivalent de ce que nous sommes comme organisme. Et elle a eu comme une sorte d’illumination de Jésus et elle est devenue super militante antichoix », explique Marianne Labrecque.

Elle poursuit : « C’est une chose de raconter son histoire. Mais c’est autre chose de diffuser des informations mensongères sur le service médical. »

La directrice d’Action Canada pour la santé et les droits sexuels, Frédérique Chabot, est du même avis : cette œuvre cinématographique véhicule beaucoup de « désinformation sur l’avortement » et elle fait partie « d’une espèce de croisade contre l’accès à l’avortement » de groupes antichoix.

Dans Unplanned, la scène sans laquelle il n’y aurait pas de film, c’est une scène où il y a du sang et de l’imagerie gore. On utilise donc des leviers émotionnels pour changer l’opinion des gens sur le sujet.

Frédérique Chabot, directrice, promotion de la santé, chez Action Canada pour la santé et les droits sexuels

« On présente l’avortement comme étant dangereux, alors que c’est une procédure extrêmement commune. Et on présente ça comme si moralement, on devrait s’y opposer », explique la directrice.

Le diffuseur BJ McKelvie, établi au Nouveau-Brunswick, a expliqué à La Presse canadienne que le film « correspond certainement à [ses] valeurs ». C’est d’ailleurs le premier film qui sera diffusé par sa société Cinedicom.

Ce pasteur a ajouté que « certains groupes avaient signifié leur intention de manifester contre le film, mais qu’il y aurait aussi des gens qui le soutiendraient ».