David O. Russell retrouve ses acteurs de The Fighter et de Silver Linings Playbook dans American Hustle, et conclut ainsi ce qu'il qualifie de trilogie. Rencontre.

Publié le 15 déc. 2013
Sonia Sarfati LA PRESSE

Quand il dirige une scène, David O. Russell en fait partie. Pas question de rester spectateur, près de la caméra. «Avec lui, entre le «Action!» et le «Coupez!», on se retrouve comme sur la pointe des pieds, on ne sait pas ce qui va se passer. Il nous crie ses idées et, en tout temps, il faut être prêt à sortir de ce qu'il y avait sur la page», a expliqué Jennifer Lawrence lors d'une conférence de presse tenue à New York à l'occasion de la sortie prochaine d'American Hustle, dans lequel elle retrouve le réalisateur de Silver Linings Playbook et sa covedette, Bradley Cooper.

«Je les ligote à leur personnage et on fonce ensemble. Les acteurs ne sont pas tous à l'aise avec cette manière de fonctionner. Je lève mon chapeau à ceux-là», souligne le réalisateur en regardant avec affection les «ceux-là» qui l'entourent: outre Jennifer Lawrence et Bradley Cooper, les Christian Bale, Jeremy Renner et Amy Adams participent à la rencontre.

Le volubile réalisateur parle d'abondance, et ses troupes parlent... de lui. David O. Russell est, au naturel, un personnage. Il dégage une intelligence formidable. Il possède un talent à l'avenant. Et il est intolérant à la tiédeur, à la complaisance et à la bêtise.

Combien de fois, de son propre aveu, il a sauté les plombs quand Silver Linings Playbook était qualifié de comédie romantique. Même l'idée que l'oeuvre soit perçue comme «un film sur la maladie mentale» lui déplaisait. Autant que lorsque The Fighter était qualifié de drame sportif. «Pour moi, tout part des personnages et ces trois films forment une trilogie sur des gens dont la vie a pris une direction qu'ils ne désirent pas et qui sont en train d'essayer de la changer en se réinventant.»

American Hustle est inspiré d'événements véridiques. «Certaines choses sont vraiment survenues», peut-on lire à l'écran au début du long métrage. Il ne faut donc pas imaginer là une histoire biographique traditionnelle. «Je "fictionnalise" les intrigues et les gens. Des escrocs cyniques me semblent moins intéressants que des types possédant un vrai coeur et qui sont coincés dans un engrenage. Ils veulent survivre et, pour ce faire, s'adapter puis décider ce qu'ils vont devenir. Où sont les faits? Où est la fiction? Ce n'est pas le propos. Moi, je fais du cinéma», indique le réalisateur.

Plongée dans les seventies

Ici, donc, on n'est pas carrément dans une page de l'histoire américaine, mais plutôt dans une variation de The Sting où des personnages qui n'auraient pas détonné dans Boogie Nights ou Saturday Night Fever s'invitent chez les frères Coen. Bref, on revient ici, mais à la façon de David O. Russell, sur un des plus incroyables scandales politico-financiers à avoir secoué les États-Unis dans les années 70.

On y suit un petit escroc, Irving Rosenfeld (Christian Bale), et sa complice, Sydney Prosser (Amy Adams), qui, après une arnaque ayant mal tourné, se voient obligés d'aider un agent du FBI, Richie DiMaso (Bradley Cooper), dans une opération destinée à mettre la main sur des politiciens véreux. Leur cible: Carmine Polito (Jeremy Renner), maire d'une ville du New Jersey, homme de famille, formidable communicateur, prêt à tout (et plus) pour le bien de sa communauté. Victime collatérale d'événements qui la dépassent, la femme de Rosenberg, Rosalyn (Jennifer Lawrence).

Une distribution impressionnante. Complètement dévouée au (seul) maître à bord. Lequel sait aussi écouter, puis rebondir sur les idées intéressantes. «Nous voulions avoir une allure différente, être un peu méconnaissables. J'ai donc proposé que DiMaso ait les cheveux très frisés. David a aussitôt pensé qu'en fait, il se frisait les cheveux. Ça donne une information sur le caractère un peu enfantin du personnage», note Bradley Cooper.

Christian Bale, lui, s'est rasé la tête pour faciliter le travail du perruquier et a pris du poids pour «fabriquer» Rosenfeld de l'extérieur. «Quand j'ai vu des photos de lui, je ne m'attendais pas à ça, mais j'ai vu des possibilités... intéressantes», dit l'acteur qui ne craint pas de jouer avec sa silhouette. Et qui était particulièrement loquace à cette conférence de presse - ce qui n'est pas toujours le cas, comme le savent ceux qui ont eu à subir ses marmonnements de l'époque The Dark Knight.

Mais ces transformations physiques ne sont que la partie visible de l'iceberg en ce qui concerne le travail des acteurs. «On peut avoir l'impression qu'il nous pousse vers un réalisme exagéré, affirme Amy Adams, et ce pourrait être ça si ce que nous projetons ne venait pas de très loin en nous. Tout, dans la vie, n'est pas subtil et lent. Quand Amy perd la boule, elle peut être over the top. Même chose avec Sydney et les autres personnages.»

Des personnages et un film que, le réalisateur y revient, ses troupes ont participé à bâtir: «Jeremy est arrivé avec l'idée que Christian et lui chantent Delilah de Tom Jones. Jennifer m'a offert l'espèce de karaté passif agressif de Rosalyn. Bradley m'a proposé ces bruits de bouche constants qu'émet DiMaso parce qu'il pense que ça lui donne l'air viril. Amy m'a suggéré le baiser qu'échangent Rosalyn et Sydney.»

Travail d'équipe, donc. Pour un résultat unique, mêlant vérité, intensité et «russellité».

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American Hustle (Arnaque américaine) prend l'affiche le 20 décembre. Les frais de voyage ont été payés par Les Films Séville.

La famille élargie de David O. Russell

CHRISTIAN BALE

Il incarnait...

Dick Dicky Eklund dans The Fighter, qui se déroule au moment où le boxeur, dépendant au crack, ne monte plus sur le ring, mais entraîne son demi-frère, Micky Ward. Pour se glisser dans le personnage, il a dû perdre beaucoup de poids. Il a remporté l'Oscar du meilleur acteur de soutien pour ce rôle.

Il devient...

Irving Rosenfeld dans American Hustle, arnaqueur à la petite semaine dont le destin change quand il est obligé de collaborer avec le FBI. Pour l'incarner, l'acteur s'est rasé la tête, a gagné 20 kg et a enfilé des vêtements emblématiques des années 70: «Une époque d'une merveilleuse exubérance: ç'a été l'Halloween pendant une décennie!»

AMY ADAMS

Elle incarnait...

Charlene Fleming dans The Fighter, petite amie puis femme de Micky Ward qui, star de l'équipe d'athlétisme de son école secondaire, travaille comme serveuse dans un bar quand elle rencontre le boxeur. Elle a été en lice pour l'Oscar de la meilleure actrice de soutien pour ce rôle.

Elle devient...

Sydney Prosser dans American Hustle, complice de Rosenfeld, séduisante et sûre d'elle. «En fait, il y a une vulnérabilité dans ce personnage qui sort de son cocon parce qu'Irving voit son intelligence et la traite comme une lady. Jusqu'à ce qu'elle se sente trahie. Elle semble alors déchirée entre deux hommes, mais, en réalité, elle l'est entre vérité et mensonge.»

BRADLEY COOPER

Il incarnait...

Patrick Pat Solitano Jr. dans Silver Linings Playbook, un enseignant souffrant de trouble bipolaire que l'on croisait au moment où il allait s'installer chez ses parents après avoir passé huit mois en institution psychiatrique. Il a été en nomination pour l'Oscar du meilleur acteur pour ce rôle.

Il devient...

Richie DiMaso dans American Hustle, agent du FBI mal dans sa peau. «Il a l'impression de vivre au ralenti, que sa vie devrait être plus palpitante et lui, plus "remarquable". Par exemple, il se frise les cheveux parce qu'un archétype de masculinité comme le lanceur Dock Ellis faisait cela. Il veut être cool et viril, et fait ce qu'il faut pour y parvenir.»

JENNIFER LAWRENCE

Elle incarnait...

Tiffany Maxwell dans Silver Linings Playbook, une veuve qui souffre d'un déséquilibre psychologique jamais identifié - elle envoie par exemple des SMS à connotation sexuelle à des étrangers quand elle est déprimée. Elle a remporté l'Oscar de la meilleure actrice pour ce rôle.

Elle devient...

Rosalyn Rosenfeld dans American Hustle, la femme d'Irving, une beauté instable et sans classe qui ne quitte à peu près jamais sa maison de Long Island. «Elle consomme compulsivement les magazines féminins, mais elle n'a aucun goût. Et elle a tellement peur de la solitude qu'elle préfère la prison d'un mariage malheureux à un divorce.»

PHOTOMONTAGE LA PRESSE

Dans le sens des aiguilles d'une horloge, Christian Bale, Amy Adams, Jennifer Lawrence et Bradley Cooper.