Le projet d’usine de batteries de la Compagnie Électrique Lion annoncé la semaine dernière confirme pour ainsi dire le repositionnement de l’industrie québécoise du transport, qui mise sur l’électrification pour s’imposer sur le plan international. Ce n’est pas demain la veille qu’on assemblera des voitures électriques dans la province pour autant. Mais ça n’empêche pas de rêver…

Alain McKenna Alain McKenna
Collaboration spéciale

L’industrie québécoise du transport mise sur le marché des véhicules commerciaux ou vocationnels (pensez aux camions-bennes du service des ordures) pour croître. Cela n’empêche pas les nombreuses entreprises qui la composent de fabriquer à peu près tout ce qu’il faut pour produire des automobiles. En voici la preuve.

Performance québécoise

PHOTO FOURNIE PAR DANA TM4

Moteur électrique Dana TM4

La petite histoire de l’auto électrique québécoise ne peut se raconter sans un clin d’œil au moteur-roue d’Hydro-Québec, qui a été essaimé dans les années 1990 sous le nom de TM4, puis qui est devenu une coentreprise appelée Dana TM4. Celle-ci conçoit déjà des moteurs électriques pour tout type d’applications : voitures, camionnettes, autobus et véhicules commerciaux… Intégrer un ou deux moteurs (ou plus) pour animer les quatre roues et produire un véhicule à quatre roues motrices rendraient la voiture québécoise plus assurée et plus performante.

Des batteries à ceinture fléchée

PHOTO FOURNIE PAR LION ÉLECTRIQUE

Batterie Osram LionSmart

Les batteries pour véhicules électriques ne sont pas faites d’un seul bloc. Ce sont de petites cellules qui sont assemblées pour composer une pile de la taille souhaitée : 75 kilowattheures, 85 kilowattheures, 100 kilowattheures… En annonçant son projet de fabriquer des batteries au Québec, la Compagnie Électrique Lion prend le pari que les constructeurs américains voudront trouver un fournisseur local pour ce composant qui, sinon, proviendrait plutôt de la Chine ou de la Corée. Créer une demande intérieure, au Québec, en produisant un véhicule électrique animé par des batteries faites localement serait un bon coup de pouce à cet ambitieux projet.

Conçue au Québec

PHOTO FOURNIE PAR BRP

Le prototype électrique eCOM de BRP

On l’oublie souvent, mais le Québec compte sur un constructeur de véhicules de loisir qui connaît un succès énorme depuis plusieurs années : BRP. Ses motomarines, ses motoneiges et, surtout, ses quads (VTT) témoignent de sa capacité à produire des véhicules adaptés aux goûts du grand public. Certains de ses VTT ont un format qui n’est pas si loin de ressembler à celui d’une petite voiture, qui n’aurait besoin que d’un habitacle fermé et un peu plus confortable pour prendre la route. En plus, la direction du constructeur de Valcourt jongle depuis quelques années avec des projets d’électrification qui n’auraient besoin que d’un petit coup de pouce pour se réaliser à grande échelle.

Recharge (très) rapide

PHOTO FOURNIE PAR ADDÉNERGIE

Bornes de recharge rapide Flo de la société québécoise AddÉnergie conçue pour le Circuit électrique d’Hydro-Québec

Porsche, Tesla et d’autres encore ont mis en marché des véhicules électriques qui peuvent accélérer la recharge de leurs piles en allant se brancher à des bornes qui leur sont exclusives. Une voiture électrique qui se respecte se doit de proposer une solution de recharge rapide qui permet de récupérer une large partie de son autonomie en quelques minutes. Une voiture québécoise pourrait bénéficier d’un tel réseau de bornes exclusif. La société AddÉnergie de Québec se spécialise dans la conception et la fabrication de bornes de recharge. Sa gamme de bornes Flo pour la maison (et pour certains réseaux publics) est une des plus connues de la province. Elle fabrique déjà des bornes rapides de 100 kilowatts pour le Circuit électrique d’Hydro-Québec. Des bornes de 150 kilowatts réservées aux autos québécoises attireraient les acheteurs…

Québécoise et autonome

PHOTO FOURNIE PAR LEDDARTECH

Capteur lidar de la société LeddarTech

On ne peut pas parler de voiture électrique sans aborder la question de la conduite autonome. Pas de souci de ce côté, le Québec est bien servi par la société LeddarTech, qui a fait évoluer ses capteurs lidars au fil des dernières années afin d’en faire une solution plus complète de conduite autonome qui peut facilement être intégrée à des véhicules grand public. Un des atouts de la technologie de LeddarTech, en plus d’être conçue au Québec, est qu’elle est pensée depuis le début pour être relativement peu coûteuse à fabriquer et à déployer. En prime, LeddarTech vient tout juste de présenter une nouvelle plateforme de simulation pour rendre sa conduite autonome plus efficace. Une plateforme québécoise bien au fait des conditions routières hivernales…

Une voiture qui se paie toute seule

PHOTO FOURNIE PAR NETLIFT

Application de covoiturage de la société montréalaise Netlift

Tesla y pense depuis quelques années déjà : offrir à ses clients les outils pour qu’ils puissent faire la location à court terme de leur véhicule. Pensez à un Airbnb de l’automobile. C’est un moyen de faire un peu d’argent quand son véhicule n’est pas requis. Une application comme Turo propose justement cette formule à tous les automobilistes. La voiture québécoise pourrait compter sur une plateforme québécoise : la société montréalaise Netlift fait déjà la moitié du chemin avec son application de covoiturage. Offrir la possibilité de partager sa voiture en l’absence de son propriétaire ne serait qu’une évolution logique de cette application.