Les constructeurs d’automobiles ont à peu près tous l’objectif de vendre annuellement des millions de véhicules électriques dès 2025. Où vont-ils trouver tout ce nickel, ce cobalt et ce lithium ? Une partie de la réponse se trouve à Anjou, où Lithion a ouvert une usine qui démontre les vertus de sa technologie de recyclage des piles au lithium-ion usagées.

Publié le 22 févr. 2021
Alain McKenna
Alain McKenna Collaboration spéciale

Lithion a ouvert il y a un an exactement cette usine d’Anjou qui fonctionne en deux temps : d’abord, elle réduit en poudre des piles usagées. Ensuite, elle transforme cette poudre en matériaux qui peuvent être réutilisés dans la fabrication de piles neuves. Elle récupère jusqu’à 95 % des composants des piles qu’elle reçoit, assure Lithion, ce qui en fait un leader nord-américain du recyclage de batteries.

Cette usine a recyclé 200 tonnes de batteries en un an, ce qui est peu. Ses dirigeants expliquent qu’il s’agit d’un projet de démonstration et qu’une « vraie » usine devrait être construite d’ici 2023, qui recyclera annuellement 7500 tonnes de matériaux, soit l’équivalent des piles de 20 000 véhicules électriques ou hybrides branchables. « Cela suffira pour récupérer les batteries d’à peu près tous les véhicules électriques en fin de vie du Québec et peut-être même de l’Ontario », explique Jean-Christophe Lambert, responsable du développement des affaires pour Lithion.

Lithion a l’appui du gouvernement du Québec dans son projet. Le recyclage des matériaux de batteries fait partie de la stratégie québécoise pour se tailler une place dans le secteur automobile nord-américain. Cela augure plutôt bien : Lithion devrait annoncer dans les prochains jours qu’un des principaux constructeurs de véhicules établis au Canada se joindra à son projet de recyclage de batteries.

Vers un seuil minimal de matériaux recyclés

Contrairement à ce que plusieurs craignent, les batteries des véhicules électriques ou hybrides ne finissent pas toutes à la poubelle. Il existe plusieurs utilisations pour leur assurer une deuxième vie. Mais la demande dans le transport risque de rendre le recyclage plus populaire que la réutilisation. « La demande va bondir dans les prochaines années et déjà, l’industrie risque la pénurie de matériaux neufs d’ici 2026 si elle ne fait rien », assure M. Lambert.

Cela rendra le recyclage plus attrayant, d’autant plus que plusieurs batteries sont rejetées dès leur fabrication parce qu’elles ne respectent pas les normes. Juste là, ce sont des matériaux facilement recyclables.

En Europe, on a déjà prévu le coup.

La Commission européenne vient d’adopter un cadre juridique obligeant les constructeurs de véhicules électriques à n’utiliser à partir de 2024 que des batteries dont on peut établir l’empreinte écologique, et qu’on pourra ensuite recycler.

La part minimale des batteries recyclées passera de 45 % à l’heure actuelle à 65 % en 2025, puis à 70 % en 2030.

« C’est le premier geste que nous faisons pour créer une économie circulaire dans le transport. Les batteries sont un secteur crucial de l’économie. La valeur de leurs composants est élevée et il faut s’assurer qu’ils ne finissent pas dans des sites d’enfouissement », explique le commissaire européen à l’Environnement, Virginijus Sinkevičius.

Vers une baisse du coût

Les élus européens comptent aller plus loin en garantissant que les batteries neuves contiendront un seuil minimal de matériaux recyclés. Dans un contexte où ils prévoient que la demande mondiale sera multipliée par 14 d’ici 2030, cela aidera à la croissance de leur production. Leur coût devrait aussi s’en trouver réduit.

Pour le moment, le coût de fabrication des piles au lithium-ion oscille autour des 130 $ US le kilowattheure. Pour qu’un véhicule électrique coûte la même chose qu’un véhicule à essence, un coût de fabrication de 100 $ US le kWh est généralement cité comme la cible à atteindre.

Les batteries recyclées aideront à atteindre cette cible. Le nickel, le cobalt et le lithium obtenus grâce à la méthode mise au point par Lithion permettraient d’y arriver, soutient Jean-Christophe Lambert, de l’entreprise Lithion. « Ça pourrait même être moins cher encore », dit-il. On le verra bien assez tôt : en matière de production automobile, 2025, c’est très, très bientôt.