Les pilotes de la série NASCAR Canadian Tire seront en piste dimanche au circuit de Kawartha, en Ontario, pour la manche ultime de la saison de NASCAR Canadian Tire. À moins d'une catastrophe sans nom, le Trifluvien Louis-Philippe Dumoulin devrait célébrer son premier sacre au terme d'une saison pour le moins exemplaire.

Publié le 19 sept. 2014
Pierre-Marc Durivage LA PRESSE

Seul J.R. Fitzpatrick peut encore défier Dumoulin. En gros, l'Ontarien doit terminer premier ou deuxième et voir son rival québécois échouer en dernière place s'il veut remporter le championnat. Or, le pilote trifluvien n'a pas fait pire que sixième cette année, avec deux victoires, cinq podiums et neuf tops 5. Bref, un métronome, sur ovales comme sur circuits routiers.

«C'est clair que je ne pouvais pas demander mieux, a reconnu Dumoulin. Ça regarde bien, mais je ne tiens toutefois rien pour acquis. Mais j'aime beaucoup mieux ma position que celle de J.R.; il n'a pas le choix de l'emporter, et ce sera d'autant plus difficile qu'il y a derrière lui des pilotes qui ont connu des problèmes et qui ont hâte de gagner.»

Dumoulin s'est associé cette saison à King Autosport, jeune écurie mise sur pied par le Québécois Martin Roy, après avoir bénéficié de l'appui de l'équipe expérimentée de l'Ontarien Scott Steckly. «Oui, j'ai gagné avec Scott Steckly, et j'avais une bonne relation avec mes équipiers, a dit Dumoulin. Il y avait des risques à changer d'équipe, mais j'étais très confiant. Toute l'équipe a travaillé super fort, on s'est assuré d'avoir une voiture fiable, et une belle chimie s'est rapidement installée entre nous.»

Le fait de bénéficier des conseils d'un chef d'équipe aussi expérimenté que Mario Gosselin n'a certainement pas nui - le Québécois écume les ovales américains depuis de nombreuses années. «L'expérience et le talent de Mario ont fait la différence en course, a admis Dumoulin. Il a pris des décisions qui ont permis d'anticiper certaines situations, et c'est crucial quand on sait qu'une petite erreur peut coûter la victoire.»

La guigne sur Ranger

Andrew Ranger est revenu à temps plein en NASCAR Canadian Tire cette saison, et il s'est longtemps battu aux avant-postes avant de connaître une série de malchances qui l'ont exclu de la lutte pour le titre. «On a connu des hauts et des bas, c'était comme des montagnes russes, a déclaré le pilote de Roxton Pond. J'ai vécu des émotions incroyables, des victoires, des podiums, mais aussi de grandes déceptions. C'est un peu dommage, car on avait une équipe pour gagner.»

Ranger savait toutefois que ça serait difficile. Il s'est associé à l'équipe de D.J. Kennington, la seule en NASCAR Canadian Tire à concevoir ses propres moteurs. «Je savais à quoi m'attendre quand j'ai décidé d'embarquer dans cette aventure-là, a-t-il reconnu. L'équipe était habituée de faire rouler une seule voiture, il y a peut-être eu des manques. Mais je ne m'attendais certainement pas à vivre autant de "bad lucks".» Ranger a jusqu'ici deux victoires, cinq tops 5, mais il a aussi été victime de pépins mécaniques à quatre occasions, notamment lors des deux dernières courses, à Mosport et à Barrie.

Tag, heureux malgré tout

Alexandre Tagliani en est un autre qui a connu son lot de malchances en 2014. Malgré tout, le pilote de Lachenaie soutient qu'il s'agit de l'une de ses plus belles années en course automobile.

Inscrit à huit épreuves au Canada en vertu d'une belle stratégie de mise en marché qui l'a notamment amené à parrainer une campagne pancanadienne de sensibilisation aux allergies alimentaires pour la société Pfizer et son auto-injecteur EpiPen, Tag a aussi roulé en série Tudor, aux 500 milles d'Indianapolis, en plus de faire bonne impression sur circuits routiers en séries Nationwide et Camping World. Tout ça en se baladant avec sa femme aux quatre coins de l'Amérique du Nord, au volant de son véhicule récréatif. Le bonheur, quoi.

Bien qu'il ait dû se contenter de deux cinquièmes places en NCTS, le vétéran pilote de 42 ans a presque toujours roulé dans le peloton de tête avant de subir soit des avaries mécaniques, soit les excès d'enthousiasme de certains compétiteurs. Un irritant majeur qui empêche la série de gagner en crédibilité, selon lui. «La série NCTS est la seule où les pilotes ne demandent pas que l'on soit plus sévère pour éviter les carambolages à répétition. Et ça entraîne des coûts qui découragent les jeunes qui voudraient joindre nos rangs», s'est indigné Tag.

Néanmoins, Tagliani est prêt à revenir courir en série Canadian Tire en 2015 - et pourquoi pas à temps plein? Car s'il a grandement apprécié le fait de changer de bolide tous les week-ends, il hésite à renoncer à tout jamais à se battre pour un championnat. Compétiteur un jour...

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Les projets 2015 des pilotes québécois

Louis-Philippe Dumoulin

Dumoulin avoue s'être concentré cette année à lutter pour le championnat canadien. Un titre en poche devrait sans doute l'aider dans ses démarches aux États-Unis. Il compte d'ailleurs se rendre à Homestead, en Floride, lors de l'ultime week-end de NASCAR pour y rencontrer quelques personnes-clés. Le pilote de Trois-Rivières cherche à établir un bon plan de match afin d'obtenir de bons résultats. «Quand t'es pilote de course, t'es mieux d'être en avant, parce que tu peux facilement perdre ta crédibilité...», a déclaré Dumoulin, lucide.

«J'aimerais continuer en série NASCAR canadienne avec l'équipe de King Autosport, mais j'aimerais aussi aller rouler en Nationwide sur circuit routier, comme à Watkins Glen et Mid-Ohio.»

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Photo Dumoulin Compétition

Andrew Ranger

Andrew Ranger a bouclé son contrat de deux ans avec Dodge Canada au printemps, et a par la suite convaincu son ancien chef d'équipe Billy Burns de le rejoindre au sein de l'écurie de D.J. Kennington. Ce qui ne leur a laissé que très peu de temps pour se préparer en vue de la saison 2014. «Cet hiver, on va pouvoir faire des tests sur le moteur, toute l'équipe va travailler ensemble, a insisté Ranger. On a une équipe gagnante, un commanditaire majeur, la chance va tourner, c'est certain.»

«Faut déjà qu'en novembre, tu commences à travailler sur l'auto. À la dernière minute, on ne peut pas faire de miracle.»

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Photo Oli Croteau

Alexandre Tagliani

Tag a franchement aimé toucher à plusieurs séries en 2014, et il avoue qu'il serait bien content s'il pouvait faire ça au cours des cinq prochaines saisons. Tout dépendra de la réponse de ses partenaires commerciaux. «Je vais faire les sacrifices que ça prend pour que mes commanditaires soient contents, a-t-il assuré. Ils ont été là pour moi, ils m'ont donné du temps, je vais accepter de me battre pour eux.»

«J'ai le support pour continuer au Canada, la possibilité de continuer en sport prototype, je pourrais rouler en Camping World avec l'écurie de Brad Keselowski et je connais une personne qui est prête à me commanditer pour une saison complète en IndyCar. Mais si je m'implique à temps plein, on ne me laissera pas rouler dans d'autres catégories. Il est là, le hic...»

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Photo Oli Croteau

Alex Guénette

Le jeune pilote de 18 ans travaille fort: il a d'ailleurs déjà effectué des tests probants avec l'écurie Turner Scott Motorsports. Il s'est assuré des services de Robert Desrosiers - l'agent de Patrick Carpentier quand ce dernier roulait en série Sprint - pour l'aider dans ses démarches. Ses résultats en 2014 devraient aussi lui donner un coup de pouce: quatre courses, quatre tops 10, dont deux deuxièmes places, autant sur ovale que sur circuit routier.

«On est en négociations avec des équipes américaines pour faire une saison complète en série Camping World. On n'a pas de plan B pour se rabattre sur la série Canadian Tire. On est très confiants de trouver notre place aux États-Unis.»

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Photo fournie par Alex Guénette

Martin Roy

Son écurie King Autosport a connu un succès boeuf cette saison en série Canadian Tire; ses voitures n'ont jamais terminé plus loin que le 7e rang, avec 6 podiums en 10 courses jusqu'à maintenant. Mais, en parallèle, le pilote de 40 ans prépare soigneusement sa venue en série Nationwide. Il fera quatre courses d'ici la fin de la campagne et projette de rouler à temps plein l'an prochain. «Nous ne visons pas la victoire, mais plutôt un top 25 qui nous permettra de nous préparer pour viser plus haut pour 2016 et pour les saisons suivantes», a expliqué l'homme d'affaires de Napierville.

«Nous avons fait de l'excellent travail au Canada cette année. C'est maintenant à mon tour d'aller m'amuser!»

Photo fournie par Martin Roy