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Les chaises: un classique, deux monuments

La pièce Les chaises d'Eugène Ionesco, un classique... (Photo Olivier Jean, La Presse)

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La pièce Les chaises d'Eugène Ionesco, un classique du théâtre absurde qui date de 1952, est reprise par deux monuments de la scène québécoise : Gilles Renaud et Monique Miller

Photo Olivier Jean, La Presse

Katia Gagnon
La Presse

Ils sont deux, un homme et une femme. Ils forment un très vieux couple qui vit depuis des lunes dans une île. Chaque soir, ils se rejouent tous les deux le film de leur vie, pourtant bien peu glorieuse. Ce soir-là, ils convoquent les personnages qui ont marqué leur existence pour une grand-messe où un «message» doit être livré. Mais les innombrables chaises sur lesquelles s'assoient ces invités demeureront vides, puisqu'ils n'existent que dans l'imagination des deux protagonistes.

La pièce Les chaises d'Eugène Ionesco, un classique du théâtre absurde qui date de 1952, est reprise par deux monuments de la scène québécoise sur les planches du Théâtre du Nouveau Monde: Gilles Renaud, 73 ans, jouera le Vieux. Et Monique Miller, 84 ans, jouera la Vieille. Le défi de ce texte est à la hauteur du talent des deux interprètes, dirigés par le metteur en scène Frédéric Dubois.

«Apprendre ce texte, c'est infernal, convient sans peine Gilles Renaud. Ça fait un an qu'on est là-dessus, Monique et moi, sur une base quotidienne. On l'a travaillé chacun de notre côté en juin, juillet et août. À partir de septembre, on a commencé à se voir chaque semaine. Pourtant, j'en ai fait, des gros textes! Le Roi Lear, Macbeth, des Shakespeare, des Ducharme, des Gauvreau... Je n'ai jamais eu un texte aussi difficile.»

Son ami Rémy Girard, qui a joué dans deux pièces d'Ionesco, l'avait mis en garde. «Il m'a dit: "Tu vas voir, le texte, c'est quelque chose." Je l'ai cru!»

Monique Miller acquiesce.

 Ce texte est particulièrement difficile. Disons que ce n'est pas "passe-moi le beurre, je vais te faire un café". C'est du Ionesco! Et ce n'est pas une question d'âge. Je connais quelqu'un qui a joué un Ionesco à 33 ans et il a eu bien de la misère!»

C'est que le texte d'Ionesco se lit comme un poème, avec des moments d'hyperréalisme, entrecoupés d'envolées lyriques et de moments poétiques ou alors complètement absurdes.

«Quand on regarde un tableau de Picasso, on ne se pose pas de question à savoir pourquoi la fille a trois nez et un oeil dans le front, dit Gilles Renaud. Il faut voir cette oeuvre-là un peu comme ça. C'est un tableau d'Ionesco. Il y a des choses qu'on comprend, d'autres qu'on ne comprend pas. Il faut juste se laisser prendre par l'émotion et la poésie.»

En mettant en scène ce Vieux qui, à un âge vénérable, tient à tout prix à livrer «son message» par la voie d'un grand orateur, Ionesco ironisait en partie sur lui-même, souligne le comédien.

«Ionesco disait que chaque fois qu'il écrivait une pièce, les gens lui disaient: "Oui, mais quel est votre message?" Son message, c'est la pièce! C'est le message que vous recevez, que vous ressentez. Dans cette pièce, le personnage parle sans cesse de son fameux message... alors qu'il n'y en a pas, de message!»

Jouer la présence de l'absence

En plus de mémoriser ce texte exigeant, les deux acteurs doivent composer avec la «présence», sur scène, de plusieurs invités invisibles. Or, «il faut que le public arrive à voir les personnages, souligne Gilles Renaud. Si la Dame est assise sur cette chaise-ci et que je lui parle, il faut que je m'adresse à la bonne personne.»

Lors de représentations de la pièce, au début des années 60, les spectateurs lyonnais ont d'ailleurs été si déroutés par ces chaises vides qu'ils se sont plaints, croyant qu'on avait éliminé les comédiens pour que la production coûte moins cher!

Les chaises sont vides, les deux vieux n'ont pas les mêmes souvenirs de leur vie commune: sont-ils délirants, mythomanes, séniles? On n'aura pas la réponse à cette question. Chose certaine, la pièce est une réflexion sur la vieillesse et le temps qui passe. Une réflexion à laquelle font évidemment face ces deux acteurs qui ont derrière eux des décennies de carrière.

«Ça garde jeune, faire du théâtre. J'ai 73 ans. Mon père a pris sa retraite à 63 ans. Moi, ça ne m'est jamais passé par l'idée! "Retraite", c'est un mot tabou chez nous», avoue Gilles Renaud.

«Des gens beaucoup plus jeunes que nous arrêtent de travailler, ne font rien et se rendent compte que... c'est plate! ajoute Monique Miller. Regardez Nana Mouskouri. Elle a arrêté de chanter, elle est devenue complètement déprimée. Elle recommence à 83 ans parce qu'elle trouvait ça trop plate!»

L'automne prochain, Gilles Renaud rejouera d'ailleurs au Théâtre Denise-Pelletier le personnage du père dans la pièce de Michel Tremblay Bonjour, là, bonjour. Il avait interprété ce rôle à 29 ans, lors de la création de la pièce, et le reprendra... 44 ans plus tard. Jeune, il s'était rasé la tête, avait adopté une voix plus grave et avait porté un faux ventre pour simuler la vieillesse. Cette fois-ci, il jouera... au naturel. «Après tout, j'ai l'âge du personnage!»

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Au Théâtre du Nouveau Monde, du 8 mai au 2 juin.




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