On a entendu de la trad québécoise habillée d’arrangements jazz, rock, pop, électro et on en passe. Simon Beaudry (Le Vent du Nord) et Philippe Prud’homme arrivent pourtant avec une proposition qui étonne : poser des chansons folkloriques sur du piano classique.

Alexandre Vigneault Alexandre Vigneault
La Presse

Il l’avoue d’emblée : lorsque le pianiste Philippe Prud’homme lui a proposé de former un duo, Simon Beaudry était « réticent ». Très occupé avec son groupe Le Vent du Nord, il n’était pas particulièrement emballé à l’idée de reprendre des airs archiconnus transposés dans l’univers lyrique il y a des décennies par Benjamin Britten ou Joseph Canteloube.

Sauf que de voir un pianiste classique maintes fois primé s’intéresser à la musique traditionnelle l’a tout de même intrigué. « Je ne pouvais pas ne pas essayer, au moins. Et j’ai accroché rapidement », raconte-t-il, en précisant que de se retrouver à chanter sans s’accompagner lui-même, en dialogue avec un piano à queue, lui a permis de se concentrer sur l’interprétation comme jamais.

L’idée de mêler musique dite classique et chanson traditionnelle peut susciter un haussement de sourcils. Or, ce n’est pas une grande nouveauté, rappelle Philippe Prud’homme. « Haydn et Beethoven ont fait des arrangements de chansons folkloriques écossaises et irlandaises pour violon, violoncelle et piano », dit-il. Bartók et Liszt, inspirés par le folklore des Balkans, s’ajouteraient spontanément à cette liste.

En France, dans la première moitié du XXsiècle, Émile Vuillermoz et Joseph Canteloube ont également adapté des airs traditionnels ou populaires pour les arts lyriques. Curieusement, le Britannique Benjamin Britten aussi s’est intéressé au répertoire français.

J’ai trouvé magnifique que ces compositeurs s’intéressent à la chanson populaire et au folklore, mais je trouve aussi que ça les dénaturait. Faire des morceaux lyriques avec un matériau qui ne l’est pas, c’est correct, mais moi, ça ne me satisfaisait pas.

Philippe Prud’homme

D’où son envie de travailler avec un vrai chanteur trad.

Simon Beaudry et lui reprennent certains arrangements de Britten, Canteloube et Vuillermoz, dont Une perdriole et La belle Françoise. Philippe Prud’homme signe en outre — seul ou avec d’autres — des arrangements de chansons collectées ou amenées par le chanteur du Vent du Nord, mais aussi de Vigneault (Les îles de l’enfance) ou du regretté Jean-Claude Mirandette des Charbonniers de l’enfer.

Extrait d’Au pré de la rose par Simon Beaudry et Philippe Prud’homme

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« On n’a fait aucune concession aux deux genres. Je joue le piano comme il se doit et Simon chante comme il se doit », se félicite le pianiste. L’oreille ne trouve pas toujours que la rencontre des deux univers va de soi. Il s’agit parfois moins d’une fusion que d’une juxtaposition des mélodies chantées et des harmonisations pianistiques.

IMAGE FOURNIE PAR LA CIE DU NORD

Chansons en noires et blanches

Il y a aussi bien des morceaux où tout coule de source : Coloniser, complainte magnifiquement chantée par Simon Beaudry à laquelle le jeu de Philippe Prud’homme apporte à la fois mélancolie, entrain et panache, est de ceux-là.

Je me laisse porter par les arrangements qui sont très différents de ceux auxquels je suis habitué. Pour Philippe, chaque mot est important. C’est quelqu’un de très sensible. On a beaucoup travaillé les arrangements avec les textes.

Simon Beaudry

S’inspirant de musiques de films, de musique contemporaine et même de jazz (« même si ça ne sonne pas du tout jazz », prévient-il), le pianiste et compositeur dit avoir surtout cherché à faire actuel, sans trop verser dans la musique contemporaine ou la dissonance. « J’ai utilisé une approche pianistique très actuelle dans la façon de faire les arpèges et la manière de faire sonner certains accords, explique-t-il. Ce qui était important pour moi, c’était d’être un pianiste actuel, d’opter pour une façon de jouer qui est d’aujourd’hui. »

Chansons en noires et blanches. Duo Beaudry-Prud’homme. La Cie du Nord. En vente maintenant.