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Un tigre qui mord

La couverture du livre Le tigre blanc...

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La couverture du livre Le tigre blanc

David Homel
La Presse

C'est tout un début pour un romancier: gagner le prix Man Booker, le plus prestigieux d'Angleterre, avec un premier roman, Le tigre blanc. L'auteur est indien, n'a que 34 ans, et s'appelle Aravind Adiga. Son roman arrive chez nous peu de temps après sa victoire au Booker, en octobre.

Le tigre blanc raconte l'ascension sociale d'un homme sans nom. À l'école on l'appelait «Munna» ou «Garçon». Il se décrit comme une sorte de pâte à moitié cuite, un être qui hésite entre l'animal et l'humain. Il sort d'un arrière-pays indien qu'il nomme les Ténèbres... Mais attention, ce garçon a de l'ambition. Et il est doué: il sait lire et écrire, ce qui étonne son entourage. Le «Munna», qui prend le nom de Balram, part à l'aventure et devient chauffeur.

 

Si Balram est talentueux, il faut dire la même chose d'Aravind Adiga. Le romancier ne perd pas de temps dans la description anthropologique des coutumes locales destinée aux lecteurs de l'Occident, comme le font plusieurs auteurs indiens. Écoutez ce portrait du corps du père de Balram: «La colonne vertébrale de mon père était une corde à noeuds, semblable à celle utilisée par les femmes à la campagne pour tirer l'eau du puits. Ses clavicules saillaient en haut relief, à la façon d'un collier de chien.» Son père, quelques pages plus loin, sera «guéri» de la tuberculose par la mort, et la vengeance deviendra l'une des motivations de Balram.

Aravind Adiga fait dans le cru. Très tôt, nous apprendrons qu'il a tué son maître, celui qui l'a embauché comme chauffeur. Il nous reste à savoir le quand et le comment de l'affaire; le pourquoi du crime est écrit dans chaque page de ce livre animé par la violence sociale. Mais Le tigre blanc ne délaisse pas les motivations humaines pour ne devenir qu'un roman politique. Ce livre décortique avec un plaisir évident la relation trouble entre le maître et le serviteur. Personne ne connaît le corps du maître et ses ennuis intimes comme le serviteur.

Le roman est composé de sept lettres que Balram écrit pendant sept longues nuits, maintenant qu'il est installé à Bangalore, riche entrepreneur comme l'était son ex-maître. Et à qui écrit-il? À Wen Jiabao, le premier ministre de la Chine, qui doit visiter l'Inde. Car la Chine n'est pas la seule nation qui fait son miracle économique en Asie. Il y a l'Inde aussi. Et s'il y a un miracle économique, il faut des miraculés comme Balram, et s'il a réussi en tuant son maître et en s'emparant de son argent (destiné aux politiciens corrompus, alors où est le vol?), que voulez-vous, c'est le prix à payer. À lire pour le portrait de Balram - et aussi avant d'investir dans le prochain marché émergent.

Le tigre blanc

Aravind Adiga, traduit par Annick Le Goyat Buchet Chastel, 320 pages, $34.95.

****1/2

 




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