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Un homme et son péché a 75 ans

Le créateur du personnage de Séraphin Poudrier, Claude-Henri... (Photo: archives La Presse)

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Le créateur du personnage de Séraphin Poudrier, Claude-Henri Grignon.

Photo: archives La Presse

Daniel Lemay
La Presse

Aucune oeuvre, dans l'histoire du Québec, n'a vécu sous tant de déclinaisons ni marqué si durablement les coeurs.

Personne n'aurait eu l'idée d'appeler son fils Séraphin, devenu synonyme, dans la langue populaire, d'avarice sinon de méchanceté. Dans ce Québec du milieu du siècle, il n'y avait qu'un Séraphin : c'était Séraphin Poudrier, l'avare maudit qui se levait la nuit pour caresser son or.

Qu'il ait été un personnage fictif ne changeait en rien le sentiment du peuple qui, de sa propre misère, haïssait sans réserve cet usurier au « coeur de pierre «. En plus de faire souffrir la belle Donalda, sa femme, ne tenait-il pas à la gorge habitants et notables de Sainte-Adèle, sa patrie des pays d'en haut?

 

Et la patrie de Claude-Henri Grignon (1894-1976), fils de docteur, autodidacte et auteur d'Un homme et son péché, « roman de la terre « paru aux Éditions du Totem d'Albert Pelletier le 15 décembre 1933. Plus de 1800 exemplaires - un chiffre énorme pour le temps - seront vendus dans la première année avant que l'oeuvre, dans les quatre décennies suivantes, ne connaisse une diffusion sans précédent et inégalée depuis.

Grâce d'abord à la radio. En 1937, Claude-Henri Grignon scénarisait déjà, pour «le poste» CBF, une émission intitulée Les belles histoires des pays d'en haut, inspirée de son recueil de nouvelles Le déserteur et autres récits de la terre (1934). Mais Radio-Canada voulait profiter du succès populaire d'Un homme et son péché, explique Pierre Grignon, petit-neveu, filleul et héritier des droits de l'oeuvre de CHG qui, pour le 75e anniversaire du célèbre roman, en voit paraître une 30e édition (Collection 10/10, Stanké).

«En 1938, Claude-Henri a commencé à scénariser son roman pour la radio, mais, comme il tenait à l'expression «les pays d'en haut» - qui n'avait rien à voir avec les Laurentides à l'origine -, le présentateur disait: «Un homme et son péché... une autre des Belles histoires des pays d'en haut.» Avec l'effrayant Hector Charland dans le rôle de Séraphin, l'émission quotidienne réalisée par Guy Mauffette tiendra l'antenne radio-canadienne jusqu'à la mort de M. Charland en 1962 (CKVL la reprendra jusqu'en 1965).

Sous un nom ou un autre, l'histoire de Séraphin - «d'un réalisme si cru et si stéréotypé», nous dira l'auteur et professeur de littérature François Hébert - vivra en feuilletons dans les magazines, en BD, au grand écran et à la scène, dans des «paysanneries» présentées dans les arénas d'où, raconte encore Pierre Grignon, le méchant Hector Charland devait souvent sortir sous escorte policière...

Au milieu des années 50, c'était couru, la télévision s'empare à son tour de ce que l'auteur, pamphlétaire royaliste et catholique traditionaliste, a souvent présenté comme «un pamphlet contre l'argent». Le roman comptait sept personnages et la version radio, le double; il y en aura 34 au petit écran, où Jean-Pierre Masson campe un Séraphin serre-la-piasse, certes, mais un peu plus humain que son alter ego de la radio.

En 1956, au début des Belles histoires des pays d'en haut «au canal 2», la télévision canadienne a quatre ans et Claude-Henri Grignon en a 62; il signera les 495 épisodes du téléroman qui quittera finalement les ondes en juin 1970. Aujourd'hui encore, les coffrets vidéo des Belles histoires comptent parmi les plus grands succès de Radio-Canada.

Comme le troisième film tiré de l'oeuvre, Séraphin - Un homme et son péché, réalisé par Charles Binamé en 2002 (avec Pierre Lebeau, Karine Vanasse et Roy Dupuis dans le triangle Séraphin-Donalda-Alexis), a détenu le record du box-office québécois jusqu'à la sortie de Bon cop, bad cop...

Comment expliquer tel engouement? Une histoire simple, racontée dans la langue du peuple, avec des bons vraiment bons - Donalda la sainte et Alexis son amoureux, ivrogne au grand coeur - et un hyper-méchant qui n'a jamais, chez nous, rencontré son équivalent, fictif ou réel.

S'ajoute à cela, dans le roman en tout cas, le fait que la justice divine joue son rôle universel et intemporel: l'homme est puni pour son péché. «Maudite argint!»

 




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