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Pierre Lemaitre: la chance d'être lu

Un prix Goncourt, un million d'exemplaires vendus, des... (Photo JOËL SAGET, archives Agence France-Presse)

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Un prix Goncourt, un million d'exemplaires vendus, des traductions dans 35 langues, une adaptation en bédé et une autre au cinéma en poche, Pierre Lemaitre est plus que conscient d'être un privilégié de la littérature.

Photo JOËL SAGET, archives Agence France-Presse

Josée Lapointe

En remportant le Goncourt en 2013 pour son roman Au revoir là-haut, Pierre Lemaitre est devenu une véritable vedette littéraire, ralliant tant la critique que le public. Nous avons parlé avec lui de son nouveau livre, Couleurs de l'incendie, mais aussi de succès et d'écriture.

Deuxième volet d'une trilogie amorcée il y a quatre ans avec Au revoir là-haut, Couleurs de l'incendie était un des livres les plus attendus de la rentrée littéraire en France. Imprimé à 150 000 exemplaires en prévision de sa sortie, le 3 janvier, il s'en est écoulé près de 60 000 en deux semaines.

«J'ai une chance extravagante», nous a confié au téléphone un Pierre Lemaitre jovial. Entre le statut de celui qu'on n'attendait pas et le statut de celui qu'on observe avec attention, Pierre Lemaitre, auteur comblé, mais réaliste, a une légère préférence pour le premier.

«Arriver comme une surprise, c'est plus confortable. Quand on est attendu, on ne sait pas très bien quelle est l'intention de cette attente... Mais je ne vais pas jouer les héros, j'ai la chance que mes livres fonctionnent, qu'un large public lise mes histoires et que la presse ne m'accueille pas trop mal. Quand j'ai commencé dans ce métier, j'aurais donné dix ans de ma vie pour avoir le centième de cette chance.»

Privilégié

Pierre Lemaitre, 66 ans, est entré en littérature il y a une quinzaine d'années seulement. Il a d'abord écrit une série de polars franchement bien ficelés avant de connaître un immense succès grâce à Au revoir là-haut, roman foisonnant et brillant qui se déroule tout de suite après la Première Guerre mondiale. Un prix Goncourt, un million d'exemplaires vendus, des traductions dans 35 langues, une adaptation en bédé et une autre au cinéma plus tard, Pierre Lemaitre est plus que conscient d'être un privilégié de la littérature.

«Je suis un privilégié absolu», dit-il. Mal à l'aise, il estime que toute cette attention dirigée vers lui détourne les yeux de livres qui auraient mérité qu'on les regarde.

«Soixante mille exemplaires vendus de Couleurs de l'incendie en deux semaines, c'est énorme. C'est même trop. Et je ne plaisante pas.» 

Il rappelle que la rentrée littéraire de janvier a vu paraître quelque chose comme 400 livres, et que le sien concourt ainsi au «meurtre» des autres.

«La mondialisation accélère le processus de concentration. Du coup, vous avez très peu de livres qui capitalisent à eux seuls 80 % du marché. Alors je pense à tous ces bouquins qui ne vont absolument pas se vendre, dont personne ne va parler, au profit d'un bouquin comme le mien. Je suis bien sûr heureux pour moi-même, mais quand on n'est heureux que pour soi, ce n'est pas vraiment la définition du bonheur.»

Fabricant d'émotions

Pierre Lemaitre accepte le succès sans fausse humilité, conscient que les mauvaises critiques viendront un jour. «Qui sait, ce sera peut-être vous?», lance-t-il en rigolant, heureux d'être celui qui a été capable de réconcilier la littérature populaire et les critiques, mais s'attendant à un retour du balancier inévitable. «Mais j'aurai été tellement chanceux que si mes livres ne se vendent plus, je ne vais pas pleurer. Je me consolerai en pensant à ma carrière magnifique.»

Ce n'est pas un problème en ce moment, en tout cas, puisque Couleurs de l'incendie est particulièrement bien reçu.

«J'avais peur que les gens disent: "C'est ça, après Au revoir là-haut, il écrit Au revoir là-haut fait du ski", ou je ne sais pas trop... Finalement, les gens ont l'air de préférer le second au premier, ce qui est pour moi une surprise et un enchantement.»

C'est peut-être, avance-t-il, parce que le côté feuilleton est encore plus évident dans Couleurs de l'incendie, que l'histoire y est plus «aventurière ou aventureuse» et que les intrigues croisées et les rebondissements y sont vraiment nombreux. Il faut le dire: dès la première phrase du livre, on sait qu'on ne s'y ennuiera pas une seconde.

«Si je dis que je pense beaucoup à mon lecteur, c'est très ambigu, parce que ça a l'air que je fais une espèce de littérature de commande. En fait, j'écris les histoires que j'ai envie d'écrire. En revanche, je pense beaucoup au lecteur dans la manière de fabriquer les livres.» Une question «vraiment névralgique», précise-t-il.

«C'est quoi, vraiment, mon métier? C'est d'être un fabricant d'émotions. Positives ou négatives. Mon boulot, quand j'écris, est de faire en sorte que le lecteur ressente exactement l'émotion que j'ai envie qu'il ressente. C'est valable aussi pour les surprises, les fausses pistes, le suspens.»

Préférer les autres

On peut donc imaginer que Pierre Lemaitre n'est pas le genre de lecteur à aimer les romans plutôt lents, ou qui mettent du temps à installer les choses... Ce n'est pas le cas.

«On n'est pas les lecteurs des romans qu'on écrit, et on n'est pas les auteurs des romans qu'on lit. Les romans que je préfère sont ceux que je serais incapable d'écrire. Par contre, ceux que j'écris, franchement, ce n'est pas ma tasse de thé. Je connais des confrères, j'ai des noms en tête, hein, qui regardent ce qu'ils écrivent avec ravissement, qui sont pétrifiés d'admiration devant leur propre travail. Ce n'est pas trop mon cas, et je ne suis pas certain que je mettrais mes livres en premier sur mes listes de préférence.»




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