Léonara Miano: noir désir

L'auteure camerounaise Léonara Miano, instigatrice de l'anthologie Première... (Photo: fournie par Grasset)

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L'auteure camerounaise Léonara Miano, instigatrice de l'anthologie Première nuit.

Photo: fournie par Grasset

Josée Lapointe

Le désir masculin est au coeur d'une anthologie qui paraîtra mardi chez Mémoire d'encrier. À la demande de l'auteure camerounaise Léonora Miano, 10 auteurs noirs d'origines différentes ont écrit des nouvelles sur le thème de la première nuit. Des textes qui vont du plus pudique au plus explicite, dans un recueil sensuel et remuant.

La Camerounaise Léonora Miano est l'auteure de sept romans, dont le plus récent, La saison de l'ombre, a remporté le Femina et figure dans la liste des finalistes du Prix des libraires québécois. Figure importante de la littérature française et emblématique de la littérature noire, elle nous parle de cette anthologie qui nous offre un regard différent sur le désir masculin.

Q : Comment en êtes-vous arrivée à publier ce recueil chez Mémoire d'encrier, au Québec?

R : Cela fait déjà un moment que je songe à proposer un projet à Mémoire d'encrier, dont j'apprécie le travail. J'espère que nous ne nous arrêterons pas là.

Q : Comment avez-vous choisi les auteurs participants? Et le thème?

R : J'ai choisi des auteurs dont les univers m'intéressent et que je souhaite faire découvrir à un large public. Le thème du désir, faussement léger et sans nul doute fédérateur, m'a semblé une bonne idée. Je l'envisage aussi sous un angle politique et le juge important, trop souvent absent de la production de ces auteurs.

Q : Les textes vont du plus pudique au plus explicite. Quel lien peut-on faire entre eux?

R : Aucun, en dehors du fait que les écrivains se soient tous soumis à la même consigne. Je leur ai laissé la liberté de s'en emparer à leur guise. Ce qui compte, c'est de faire connaissance avec l'esthétique de chacun.

Q : Qu'est-ce qui vous a le plus surprise lorsque vous avez reçu les textes?

R : Peut-être le fait que certains prennent soin d'éviter la question du corps. Je trouve cela très parlant.

Q : Vous dites que la sphère intime est peu abordée par les écrivains subsahariens, caribéens et afropéens francophones. Comprenez-vous pourquoi?

R : C'est souvent le cas, même s'il ne faut pas en faire une généralité. Les écrivains haïtiens ne semblent pas avoir ce problème, loin de là. Pour les autres, il peut y avoir, parfois, l'habitude de considérer la littérature comme un travail purement intellectuel, ne devant s'intéresser qu'à des questions reconnues comme étant fondamentales. Aussi abordent-ils rarement le sujet du couple et de sa sensualité. Il y a aussi le fait qu'écrire sur cette dimension de la vie amène souvent à se dénuder, ce qui peut les rebuter. Or, pour moi, écrire, c'est se dénuder.

Q : Pourquoi faire d'abord un recueil tout masculin, puis un recueil tout féminin? Pourquoi avoir commencé par les hommes?

R : Cela m'est venu à l'esprit de cette manière. Je sais qu'il est de bon ton de privilégier les femmes, mais la figure de l'homme noir, dans les sociétés occidentales, n'est pas vraiment fêtée. Pour une fois, je voulais qu'ils aient la première place et qu'il leur soit donné de dévoiler la large palette de leurs sensibilités.

Q : Vous aussi avez écrit un texte dans le recueil. De vous retrouver la seule femme au milieu d'une dizaine d'hommes, comment vous sentez-vous?

R : Parfaitement à ma place: je suis surtout un écrivain parmi d'autres de ma génération.

Q : Quand aura lieu le tour des femmes? En quoi ce sera différent des hommes, selon vous?

R : Pour vous répondre, il faut que Mémoire d'encrier accepte le projet. Le recueil féminin ne présentera pas une génération d'auteurs, nous ne sommes pas assez nombreuses, et la thématique plus explicite n'emportera pas tous les suffrages. L'anthologie féminine, si elle voit le jour, sera plus charnelle.

Extrait de Blackstar

«Blackstar sentit le souffle chaud de la jeune fille sur son cou. Et cette odeur, au début, il ne savait pas d'où elle provenait, avant de se rendre compte que c'était de sa chevelure écarlate. Elle l'envahissait tandis qu'Amandine l'entourait, l'encerclait de ses bras graciles. Comme par enchantement, elle gagnait en amplitude. Le corps malingre de garçon manqué devenait plus vaste. Ses épaules, ses avant-bras, ses poignets semblaient s'allonger, s'étendre pour l'enrouler, l'engloutir, l'ensorceler.»

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Première nuit, une anthologie du désir, Recueil dirigé par Léonora Miano, Mémoire d'encrier, 160 pages.




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