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Marc-Antoine Mathieu : le retour de l'oniromane

Les albums de Marc-Antoine Mathieu, avec leurs cases... (Photo: fournie par les Éditions Delcourt)

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Les albums de Marc-Antoine Mathieu, avec leurs cases trouées et leurs dessins 3D, divisent: d'un côté, ceux qui le trouvent génial, de l'autre, ceux qui jugent que son travail relève de l'exercice de style.

Photo: fournie par les Éditions Delcourt

Julius Corentin Acquefacques a encore «rêvé trop fort». Il a manqué le début de la plus récente aventure que lui a concoctée son finaud créateur, Marc-Antoine Mathieu. Le décalage marque le retour espéré - et heureux - d'un des personnages les plus fascinants de la bande dessinée contemporaine.

Oniromane. Le mot a été inventé par le romancier Louis Hamelin, mais va comme un gant au personnage fétiche du bédéiste Marc-Antoine Mathieu. Julius Corentin Acquefacques est en effet accro au rêve. Ce qui le met immanquablement dans des situations abracadabrantes, voire totalement absurdes, que son auteur met en images avec la démesure qui convient: c'est-à-dire en faisant exploser les frontières de la bande dessinée classique.

L'ingénieux Marc-Antoine Mathieu a usé de délicieux stratagèmes narratifs depuis qu'il a créé son «prisonnier des rêves», il y a plus de 20 ans: case trouée (littéralement), dessins 3D (lisibles avec des lunettes idoines), spirale de papier, il manipule l'objet BD comme pas un et ses trouvailles formelles ne semblent jamais parachutées dans le scénario. Bref, il a du génie.

«J'ai l'impression d'être plus un explorateur ou un chercheur scientifique qu'uniquement un narrateur, propose le bédéiste. Quand l'occasion se présente d'explorer un sentier qui mène vers l'inconnu, j'y vais. Au risque que la piste ne donne rien.» Les amateurs de bédé sont parfois divisés à son sujet: d'un côté, ceux qui le trouvent génial; de l'autre, ceux qui jugent que son travail relève de l'exercice de style.

Le décalage, sixième album des mésaventures rêvées de Julius Corentin Acquefacques, relève une fois de plus de la haute voltige. Julius, qui a encore «rêvé trop fort», rate le début de son histoire et erre sans repère dans des cases où il arrive trop tard, alors que les personnages secondaires, eux, marchent «hors scénario», dans le rien, en s'interrogeant sur leur existence dans une histoire sans héros. Vous suivez?

Jouer avec la bédé

Marc-Antoine Mathieu a créé Julius Corentin Acquefacques après ses années passées à l'école d'art, durant lesquelles il s'était détaché de la bande dessinée classique qui avait nourri son adolescence. L'envie d'explorer l'objet lui-même s'est imposée d'emblée. «Ça a donné naissance à ce personnage qui est plus une espèce de système qu'un personnage porteur d'une psychologie», raconte-t-il.

«Julius est une coquille vide qui doit réagir, s'étonner ou s'interroger au sujet d'un environnement, d'une architecture, de concepts qui le font pérégriner dans un système. Il y avait cette envie de créer un monde où tout est possible, onirique, pas très loin du surréalisme.» Et certainement proche de la littérature de l'absurde. L'errance des personnages du Décalage n'est pas sans faire penser au Godot de Beckett.

Des six albums que compte la série, le dernier est sans doute le plus métaphysique. Julius et les autres personnages tendent un miroir à la condition humaine à travers leurs réflexions sur la solitude et leur quête d'adéquation avec le monde. «Ça sent l'entourloupe existentialiste», soupçonne l'un d'eux. Bien vu. Mais avec une touche d'humour fin en plus.

«Pour que ce ne soit pas plombant pour les lecteurs et pour moi, j'essaie d'arroser ça d'humour», convient Marc-Antoine Mathieu. Et de surprendre les lecteurs avec ce qu'il appelle des «sauts qualitatifs», ces habiles stratagèmes narratifs grâce auxquels il détourne ou contourne les codes de la bande dessinée ou, carrément, du livre imprimé. Celui qu'il a fomenté pour Le décalage serait d'ailleurs le plus grand défi qu'il a posé à son imprimeur à ce jour...

Il y a bien du Kafka chez Acquefacques, patronyme inspiré de «Kafka» lu à l'envers. Marc-Antoine Mathieu admet que sa découverte de l'écrivain tchèque a été «déterminante». «Il m'a fait comprendre qu'il ne s'agit pas de représenter le monde, mais de se servir de la représentation du monde pour en dévoiler les mystères». D'où cet étrange sentiment de familiarité qu'on ressent devant le monde fou de Julius Corentin Acquefaques.

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Le décalage. Marc-Antoine Mathieu. Delcourt, 54 pages. En magasin.




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