Il n'a que 33 ans. Il est beau, agréable de compagnie, brillant et cultivé. De plus, la chance lui sourit. Après avoir remporté le prix Interallié en 2004 pour La fascination du pire, le voilà en lice dans la deuxième sélection des candidats au prix Renaudot, qui sera remis le 7 novembre. Le roman, cette fois, s'appelle La jouissance. Sans doute aurez-vous identifié son auteur, Florian Zeller.

Mis à jour le 26 oct. 2012
Anne-Marie Voisard, collaboration spéciale LA PRESSE

Pour mieux le connaître, nous l'avons rencontré la semaine dernière dans les bureaux parisiens de son éditeur, Gallimard. Mais parlons d'abord du roman, dont la lecture est captivante. C'est l'histoire d'un couple formé de Pauline et de Nicolas qui, en l'espace de 160 courtes pages, rompt. Dès le départ, on sent la menace lorsque «soudain, la couette se soulève, et une troisième tête apparaît». Elle n'existe alors que dans l'imagination du narrateur, Nicolas. Mais...

L'arrivée du bébé

Florian Zeller affirme que le sujet du livre lui a été inspiré par de nombreuses connaissances dont l'union n'a pas résisté à l'arrivée d'un bébé. Ce n'est toutefois pas son cas. Il est marié à Marine Delterme, comédienne et sculpteure, amie de Carla Bruni depuis le temps où elles étaient toutes deux mannequins. Ce qui explique, dit-il, la présence de Nicolas Sarkozy à son mariage. Ils ont deux enfants âgés de 3 et 15 ans. L'aîné a un autre père.

En observant les gens sa génération, Florian Zeller se demande si «on n'a pas désappris à faire des enfants». L'attention est de plus en plus centrée sur l'individu. Faut-il alors parler d'égoïsme? L'auteur croit qu'il s'agit plutôt d'une souffrance. Il cite par ailleurs Georges Bernanos: «On agrandit son âme de tout ce à quoi on renonce?» Or, à travers son personnage, il observe «la disparition progressive de la notion de sacrifice».

Il fait aussi remarquer que Nicolas donne l'impression de voir l'avenir dans les événements du XXe siècle. Il donne pour preuve les grandes figures mentionnées dans le roman ou les faits historiques, dont les deux guerres mondiales et la scène de la poignée de mains entre François Mitterrand et Helmut Kohl pour marquer la réconciliation de la France et de l'Allemagne.

Le téléphone portable

Pourtant, «nous sommes dans un temps nouveau», constate Florian Zeller. Selon lui, ce n'est pas le 11 septembre 2001 qui a marqué notre entrée dans le XXIe siècle, mais le téléphone portable. De la même façon, Emil Cioran prétendait que l'événement le plus important de la seconde moitié du XXe siècle était «le rétrécissement des trottoirs». Florian Zeller le cite pour démontrer que ce qui bouleverse nos vies paraît souvent anecdotique au départ.

Il ajoute que c'est le rôle de l'écrivain de s'emparer de l'anecdote.

En parallèle avec le couple qui se désagrège au fil du récit, Florian Zeller place l'histoire de l'Europe, en particulier celle de l'Union européenne, aujourd'hui menacée de «déchirure». Il s'affiche comme «résolument européen». Rien d'étonnant, étant donné la diversité de ses origines: il est né à Paris, il est d'origine autrichienne par son père, il possède la nationalité suisse et il a grandi en Bretagne - «un peu avec ma grand-mère», dit-il.

Kundera et Sagan

Ce n'est pas le drapeau ou l'hymne national qui lui importe, mais la culture. Il nomme Milan Kundera, avec qui il entretient une amitié depuis 10 ans - admirative de son côté, bienveillante de la part de l'aîné. Françoise Sagan lui a, quant à elle, ouvert les portes du théâtre lorsqu'elle l'a mis en contact avec un ami metteur en scène.

C'était en 2002. Il s'agissait d'un livret d'opéra incluant une petite pièce qui avait pour récitant principal Gérard Depardieu. Sept autres ont suivi, dont la plus récente, Le père, actuellement présentée au théâtre Hébertot, à Paris. C'est une pièce sur le vieillissement, le drame d'un homme qui perd la mémoire.

Un automne bien occupé, donc, pour Florian Zeller. Et rempli de promesses. L'ancien étudiant et professeur à Sciences Po n'avait pas publié de roman depuis Julien Parme, en 2006. Le théâtre avait pris la place. Nous avons maintenant La jouissance.