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Christophe Donner: l'écrivain de l'hôtel

Christophe Donner a accepté l'offre du Reine Elizabeth.... (Photo: Rémi Lemée, La Presse)

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Christophe Donner a accepté l'offre du Reine Elizabeth. «J'aime l'idée de me retrouver dans un endroit luxueux et de n'avoir rien d'autre à faire que d'écrire et de profiter de ce qui m'est offert».

Photo: Rémi Lemée, La Presse

En septembre 2002, le Savoy de Londres a accueilli son premier écrivain en résidence. Pendant trois mois, Fay Weldon a pu manger, dormir et écrire en paix aux frais de ce chic hôtel. Cette jolie idée, relancée au rassemblement Montréal métropole culturelle l'an dernier, est devenue une réalité vendredi dernier lorsque l'hôtel Fairmont Le Reine Elizabeth a accueilli son premier écrivain en résidence, le Français Christophe Donner. Malgré ses 52 ans et les nombreux livres qu'il a publiés, l'écrivain n'était jamais venu à Montréal.

C'était en octobre dernier au Zénith à Paris, le fameux soir où une nouvelle Ségolène Royal, cheveux bouclés, tunique indienne et jeans, s'est avancée sous les projecteurs dans une sorte de happening politique un brin halluciné. Christophe Donner, ancien journaliste hippique pour France-Soir, converti en dandy littéraire et en apôtre de l'autofiction, était perdu au milieu de la foule dense et survoltée. Il prenait des notes mentalement sur cet étrange spectacle marquant le retour de la vedette du Parti socialiste en pensant à son prochain bouquin. Il avait déjà le titre: Au bal des fous furieux. Et le sujet: la course à la direction du Parti socialiste de France. Il n'avait pas de BlackBerry. Seulement un portable qui subitement s'est mis à clignoter lui signalant qu'il venait de recevoir un message texte.

 

Donner a cliqué sur le message qui venait de l'agence de relations publiques des hôtels Fairmont à Paris. Un hôtel chic de Montréal, une ville où il n'avait jamais mis les pieds de sa vie, l'invitait à passer trois mois tous frais payés pour écrire: un roman, un essai, un journal intime, peu importe. Ce qui comptait, c'était qu'il écrive quelque chose et ait la délicatesse, mais non l'obligation, de glisser un bon mot pour l'hôtel et pour sa ville.

«Sur le coup, je me suis demandé: c'est quoi, cette folie, raconte Donner, enfoncé dans le divan moelleux du Salon d'or au 19e étage du Reine Elizabeth. Mais il y avait cette très étrange coïncidence entre le spectacle de Ségolène devant moi et l'invitation de cet hôtel qui avait accueilli le bed in de John et Yoko, un des premiers événements de la politique people. En y réfléchissant, j'ai vu un lien entre John et Yoko, des stars qui se sont mises à faire de la politique, et Ségolène, une politicienne qui est devenue une star. En rapprochant ces deux phénomènes, mon livre venait de prendre une nouvelle dimension.»

Luxe et ironie sociale

Donner a donc accepté l'invitation de l'hôtel, mais seulement pour un mois. Il est arrivé vendredi dernier et loge dans une suite en attendant que celle, très populaire de John et Yoko, se libère.

«J'aime l'idée de me retrouver dans un endroit luxueux au milieu d'une ville étrangère et de n'avoir rien d'autre à faire que d'écrire et de profiter de ce qui m'est offert.»

Luxe, calme et volupté, autant de mots qui, dans la vie, mais surtout l'enfance de Christophe Donner, ont toujours été suspects. L'écrivain de 52 ans, auteur de plus d'une vingtaine de livres pour enfants et d'autant de titres pour adultes, est en effet le fils d'un ingénieur communiste et d'une mère psychanalyste.

«J'ai été élevé dans le mépris de l'argent et la haine du capitalisme et on dirait que tout mon parcours depuis consiste à essayer de comprendre l'argent et à vénérer l'excellence et le luxe. Si je suis dans cet hôtel, ce n'est pas entièrement par hasard, dans la mesure où ils ont dû reconnaître chez moi le côté à la fois rebelle et convenable et une certaine capacité à réconcilier le luxe avec une certaine ironie sociale.»

Rupture radicale

Le visage émacié, le crâne complètement rasé, vêtu d'un pin stripe gris qui accentue sa minceur, Christophe Donner n'a rien du fils de communiste. Plutôt le contraire. En l'entendant raconter sa rupture radicale avec les valeurs familiales, je lui demande pourquoi le parcours identitaire d'un enfant doit nécessairement passer par le rejet du monde de ses parents. Tout cela n'est-il pas aussi prévisible que désespérant?

«Je ne le sais pas. Je n'ai pas d'enfants. En même temps, j'admire les enfants qui poursuivent l'oeuvre de leurs parents et qui finissent par constituer de grandes dynasties. Je trouve qu'ils ont beaucoup de mérite et de courage. Pour ma part, j'ai pris la place de mon grand-père maternel, un philosophe et héros de la Résistance, qui a été déporté et qui est mort à 33 ans. C'était plus facile de lui ressembler puisqu'il n'était plus là. Le problème avec mes parents, c'est que ce sont des idéologues et que pour moi, la pensée idéologique est une aliénation.»

Donner raconte qu'à l'adolescence, pour défier son père, il est devenu trotskiste. À 15 ans, il abandonne complètement la politique pour devenir acteur. Sa carrière sera de courte durée. Il fera du montage, du reportage avant de devenir écrivain. Ses romans, souvent autobiographiques, prennent parfois la forme de règlements de comptes, contre ses parents (L'Empire de la morale), contre le père d'un ami qui s'est suicidé (L'esprit de vengeance) et contre la fiction en général (Contre l'imagination).

Pas de coming-out

En 1997, il publie Quand je suis devenu fou, le récit de son histoire d'amour avec un prostitué mâle d'Amsterdam. Dans les critiques, le mot coming-out revient souvent. Mais jusqu'à ce jour, Donner refuse avec la dernière énergie, cette expression qu'il trouve d'une vulgarité sans nom. «Je n'ai jamais, jamais, fait de coming-out, plaide-t-il. Je n'ai jamais dit que j'étais homosexuel et personne ne me le fera jamais dire, même sous la torture. Ce que je raconte dans mon livre, ce sont mes aventures avec quelqu'un. Point. Réduire un être humain à sa pratique sexuelle, je trouve cela horrible et abject. On est tous des hétérosexuels dès lors qu'au lieu de se masturber, on va vers un autre. Et cet autre, peu importe son sexe, est toujours différent de soi. Si vous voulez mon avis, le mot homosexuel est un mot horrible inventé par la psychanalyse pour mettre les gens en prison en leur faisant croire qu'on les envoyait à l'hôpital pour les soigner.»

Cette épineuse question nous amène à un de principaux personnages de son prochain bouquin: Bertrand Delanoë, le maire gai de Paris, qui avait annoncé qu'il poserait sa candidature pour le poste de secrétaire général du Parti socialiste avant de se retirer de la course cet automne, ouvrant la voie à ce que Donner qualifie de tango de femmes. Je demande à Donner si l'orientation sexuelle de Delanoë a eu raison de ses ambitions présidentielles. Il commence par me répondre que le problème n'est pas que Delanoë était gai, mais parisien. Pourtant, son raisonnement par la suite le confirme en quelque sorte.

«Deux ans avant son élection à la mairie de Paris en 2001, Delanoë a fait un coming-out pour annoncer ce que tout le monde savait déjà. Mais au lieu que ça soit une libération, ce coming-out a eu un effet de contrition et de contention sur sa personne. C'est comme s'il nous avait dit: je suis homo, mais je suis convenable. À partir de ce moment-là, il s'est brimé et s'est bridé pour montrer à tous qu'il n'est pas une grande folle perdue. À long terme, cet aveu qui lui a attiré un capital de compassion et de sympathie, en a fait une sorte d'ectoplasme politique qui ne parlait plus qu'une langue: la langue de bois.»

Ségolène, Martine et compagnie

Donner est un peu plus tendre pour Ségolène. «C'est une star, dit-il, et une star, c'est magique. La télé la rend intelligente, elle se surpasse sous les réflecteurs. En même temps, c'est une femme incontrôlable, une femme perdue, abandonnée par son mari et dont le rêve de former un couple présidentiel à la François et Danielle (Mitterrand), a été anéanti. Quant à Martine Aubry, c'est la fille de son père. On la dit sèche, cassante, pas facile. Ce n'est pas une star, mais c'est une vraie politicienne.»

Depuis qu'il a déposé ses valises au Reine Elizabeth, Christophe Donner passe toutes ses matinées avec Ségolène, Martine, et compagnie à écrire un livre qui est déjà assuré de ne pas faire plaisir à sa famille, sa famille socialiste s'entend. Tout cela entrecoupé de la première tempête de neige qu'il a vue de sa fenêtre d'hôtel, d'une visite des studios de Radio-Canada le soir des élections, d'une poutine au foie gras avalée au Pied de cochon et d'une rencontre avec un certain Dany Laferrière, écrivain japonais bien connu. À quoi ressemblera le livre qu'il aura en partie écrit à Montréal et qui sortira chez Grasset au printemps? Pour l'instant, personne ne le sait. Pas même le maître d'hôtel.

 




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