Siris: la renaissance de La Poule

Le bédéiste québécois Siris raconte son enfance difficile,... (photo olivier pontbriand, la presse)

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Le bédéiste québécois Siris raconte son enfance difficile, au cours de laquelle il a été placé dans une famille d'accueil, dans son album Vogue la valise - L'intégrale.

photo olivier pontbriand, la presse

Il fait de la bédé depuis plus de 20 ans, mais c'est en racontant sa propre histoire dans le premier volet de Vogue la valise (paru en 2010) que Siris a été découvert du grand public. Le bédéiste québécois vient de lancer la suite et fin de son récit de jeunesse dans un album remarquable.

Son histoire crève-coeur n'est pas unique, mais elle n'en est pas moins révoltante. Une histoire à la fois épouvantable et, oui, bizarrement, divertissante.

Dernier d'une fratrie de cinq enfants, il a payé, comme tous les membres de cette famille modeste de la Rive-Sud, pour les frasques de son père alcoolique dans les années 60. Le premier volet de Vogue la valise était d'ailleurs centré sur ce Renzo plutôt sympathique, mais maître incontesté des boulettes et dérives de tous genres.

Malgré les tentatives désespérées de sa mère, les cinq enfants Sirois ont été séparés et placés dans des familles d'accueil, toutes plus exécrables les unes que les autres. C'est à se demander pourquoi elles se portaient volontaires pour garder ces enfants (outre le maigre cachet qu'elles recevaient).

Cette mère, qui aura fait tout ce qu'elle pouvait pour récupérer ses enfants, est finalement morte d'un cancer. Siris avait 11 ans - la scène est immense dans l'album.

Bref, une jeunesse difficile, c'est le moins qu'on puisse dire, mais racontée ici avec beaucoup de coeur, d'humour et de fantaisie. Sans pathos. Un récit touchant, mais jamais larmoyant, où l'on se prend d'une affection spontanée pour ce personnage baptisée La Poule pour sa «drôle de binette» et peut-être sa bouche en cul de poule.

Pour l'anecdote, Siris nous confie que c'est plutôt en rentrant d'un voyage en France avec un groupe de dessinateurs - où un collègue français appelait tout le monde «Ma poule», qu'il a hérité du surnom de «La Poule».

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Vogue la valise - L'intégrale

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«Quand j'ai commencé à raconter mon histoire, ça m'a permis de me distancer un peu de mon personnage. Parce qu'il y a de la houle avec La Poule! C'est une histoire à fleur de peau...» 

La vérité est que Siris est identique à son personnage (jusqu'aux sourcils touffus): un peu «chialeux», mais foncièrement optimiste et bon. Oui, malgré toute cette histoire, cet homme n'est animé par aucun désir de vengeance.

Comment diable a-t-il survécu à ça? «La bédé et la musique», répond spontanément Siris, qui dessine des «petits bonshommes» depuis son plus jeune âge.

Après une courte pause, Siris étoffe sa réponse. «Il y a toute une chaîne humaine de gens qui ont été là à des moments différents, et à qui j'ai pu m'accrocher. Ma mère, mon ami Alain, qui m'a fait découvrir la bédé, la fille de ma famille d'accueil (Lulu), qui a toujours été gentille avec moi, mon frère Louis, mes soeurs, que j'ai revues plus tard, un de mes oncles aussi...»

Oui, les cinq frères et soeurs ont repris contact. Si certains d'entre eux s'en sont sortis, d'autres ont eu plus de mal. Le passage des quatre enfants chez le bedeau d'une église laissera «des traces indélébiles», écrit Siris dans Vogue la valise.

Mission accomplie

On sent le bédéiste soulagé d'avoir enfin mis un point final sur cette jeunesse volée. «Ça n'a pas toujours été facile à écrire», nous dit-il. Tout le chapitre sur la famille Troublant - nom fictif donné à la famille d'accueil qui l'a hébergé pendant 11 ans - a été douloureux, avoue-t-il. «J'étais émotif, la mère Troublant aimait pas ça quand je dessinais... Il a fallu que je trouve les mots, la bonne façon de raconter l'histoire. En dire, mais pas trop non plus.»

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Vogue la valise - L'intégrale

image fournie par La Pastèque

Et pourtant, au fil des pages qui racontent cette enfance périlleuse, La Poule chantonne: «C'était le temps des fleurs...»

N'a-t-il jamais pensé à fuir les Troublant (représentés avec des bandeaux noirs sur les yeux, tels des bandits...)? «Bien sûr! répond Siris. J'ai déjà fait une fugue, mais où est-ce que j'aurais pu aller? C'est sûr qu'il y a des jours où je voulais lui mettre mon poing sur la gueule au bonhomme! Ça aurait pu mal finir...» À 18 ans, Troublant l'a mis à la porte - pour son plus grand bien.

Il a retrouvé ses meilleurs amis, dessiné pour le fanzine Krypton du cégep du Vieux-Montréal, étudié en design graphique à l'UQAM, participé à des albums collectifs...

Aujourd'hui, La Poule a 55 ans, il vient d'acheter ses billets pour se rendre au prestigieux festival d'Angoulême, où son album pourrait être récompensé. Il enfile les entrevues à Montréal. Il travaille avec Marc Tessier sur un autre projet de bédé pour La Pastèque - pour raconter la vie du peintre Jean Dallaire (Un Paris pour Dallaire). Il vit heureux avec une femme qu'il aime. Bref, ça va bien.

Il n'a jamais eu de désir de vengeance, mais on se réjouit tellement de voir que cet homme-là a (un peu) eu sa revanche.

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Vogue la valise - L'intégrale. La Pastèque. 350 pages.




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