Dimanche dernier, Christiane Charette a pris la barre d'une émission qui sera diffusée tous les dimanches de l'été, à l'heure du 5 à 7, sur les ondes d'ICI Radio-Canada Première. L'animatrice et son équipe s'installeront à la Taverne du Pélican, un repaire d'écrivains de l'avenue Laurier, dans le Mile End. Celle qui a commencé sa carrière dans les médias comme chroniqueuse livres à l'émission Bon dimanche nous parle des lectures qui l'ont marquée.

Mis à jour le 3 juill. 2018
Nathalie Collard LA PRESSE

Votre premier souvenir de lecture?

«Bien sûr il y a eu Tintin et la comtesse de Ségur, comme tous les enfants de ma génération. Mais il y a aussi eu la série des Sylvie, hôtesse de l'air. J'ai lu le premier et je suis devenue addict. René Philippe ne pouvait pas les écrire assez vite pour mon appétit. C'était ma première passion de lire avec autant d'avidité. J'aimais son esprit, son indépendance, son côté impertinent. J'aimais la manière dont elle était avec son mari, sa liberté... J'ai adoré lire ça.»

Le livre qui a changé votre vie?

«J'ai souvent parlé de l'importance du livre L'allure de Chanel de Paul Morand qui a été réédité chez Folio. Ils étaient amis et à partir de leurs échanges, il définit toute son approche: sa philosophie, sa démarche, sa pensée, sa manière de voir les choses. Chanel définit son approche, elle est très dogmatique. C'était une forte personnalité. Ce livre a été une lecture importante pour moi. Je l'ai lu à une époque où je cherchais quelque chose. La philosophie de Chanel, son approche, pour moi, ç'a été parfait. J'ai adopté pour moi toutes ses règles même si je suis certaine qu'elle trouverait épouvantable la manière dont je l'ai fait.»

Le livre que vous relisez souvent?

«Les livres de Yi King. J'en ai peut-être une dizaine. Je les achète tous. C'est un texte de philosophie chinoise qui est composé de 64 hexagrammes et tout est dans l'art de poser ta question. Ça aide à réfléchir, à se positionner par rapport à soi-même et au monde extérieur. Rien n'est fixé, tout est cyclique, rien ne dure... Ça m'a aidée à mieux analyser les choses et à prendre des décisions. Je le fais sur une base quotidienne ou hebdomadaire, quand une décision m'implique, moi et les autres. Ce livre, c'est comme un interlocuteur.»

Le livre que vous n'avez jamais terminé?

«Le chardonneret de Donna Tartt. J'aime beaucoup ce livre-là, mais j'ai dû en interrompre la lecture aux trois quarts. Ce n'est pas que je ne l'ai pas aimé, mais les circonstances ont fait que j'ai dû le mettre de côté. Mais je n'ai pas pu l'abandonner complètement. Le personnage m'attend. Je vais le terminer un jour.»

Le livre que vous n'avez jamais lu sans savoir pourquoi?

«Un jour, j'ai été attirée par la couverture sépia d'une édition de poche d'À la recherche du temps perdu. Par la suite, j'ai acheté tous les ouvrages de Proust en poche. J'avais décrété que c'était mon écrivain préféré. Avec le temps, j'ai acheté l'intégrale. Et j'ai acheté l'album de la Pléiade, et les biographies. Quand on regarde ma bibliothèque, on pense que je suis la plus grande lectrice de Proust. Or je n'ai jamais lu un seul livre ! Je le connais, mais je ne l'ai pas lu.»

Le livre que vous avez souvent offert?

«Les carnets d'une coquette raisonnable d'Hélène Millerand. L'auteure était psychanalyste et donne des conseils de beauté de façon très psychologique. Le livre comme tel est un objet très féminin, avec des illustrations des années 30. La préface est de l'écrivaine Geneviève Brisac. On y parle de la coquetterie comme moyen de s'exprimer. C'est un livre charmant qui parle de philosophie avec l'air de ne pas y toucher.»

Le livre qui se trouve sur votre table de chevet?

«Vie de David Hockney de Catherine Cusset. J'aime déjà Hockney, et le livre est comme lui, il a la simplicité de ses oeuvres. L'auteure propose une vraie rencontre avec le peintre et le livre lui rend justice, sans la prétention de faire une biographie. J'adore.»

Le livre que vous lirez cet été?

«Je veux lire Qui a tué mon père d'Édouard Louis. Je l'ai reçu lors de la première émission de la deuxième saison de 125, Marie-Anne. J'étais super stressée, il m'impressionnait beaucoup. Son histoire est incroyable. Il dit les choses avec intelligence. Ce qu'il écrit est essentiel et nécessaire. Et il écrit la vérité. Quand on le lit, on est très interpellé, on sent qu'il écrit pour nous. Son regard est vaste. J'ai une attirance pour les gens intelligents.»