Il est prétentieux, méprisant, incisif, mais une chose est sûre, il n'est pas insignifiant et il ne laisse personne indifférent. Ces entretiens qu'Édouard Limonov a accordés au journaliste de L'Express dessinent les contours d'un homme direct et franc, qui se définit comme un intellectuel capable de descendre dans la rue et de prendre des risques, voire même de prendre les armes.

Jean Siag LA PRESSE

Le trublion russe, qu'Emmanuel Carrère a réhabilité dans la biographie qu'il lui a consacrée l'an dernier, a une assez haute opinion de lui-même. De cette «réhabilitation», Limonov dit qu'il s'agit pour lui d'une vengeance, lui qui a été snobé par le milieu littéraire parisien pendant 20 ans. Limonov se considère au contraire comme un grand écrivain, et se compare sans gêne à Louis-Ferdinand Céline ou Jean Genet.

Et puis, il faut bien le dire, l'écrivain et militant de 69 ans n'a pas la langue dans sa poche. Au fil de ses discussions avec Axel Gylden, Limonov règle ses comptes. «La France est un pays idéologiquement démodé et archaïque»; «Bernard-Henri Lévy, le troubadour de la bourgeoisie, est vulgaire»; «Dali (qu'il a côtoyé à New York) est un personnage grotesque dont l'art est assez merdique». Et j'en passe. Il va même jusqu'à traiter son interlocuteur d'«Européen affaibli et pourri».

Limonov est aussi un homme de contradictions. Il admet juger les gens sur leur apparence, mais il s'emporte lorsque le journaliste aborde son look trotskyste; il déteste les bourgeois, mais il a travaillé comme majordome pour un millionnaire new-yorkais (Peter Sprague). Il prend aussi un malin plaisir à bousculer les idées reçues, par exemple en prenant le parti des Serbes, avec qui il s'est battu. Il décrit d'ailleurs le leader serbe Radovan Karadzic comme un modéré.

Les chapitres les plus intéressants concernent son action militante en Russie, où il a fondé le parti National-bolchevik (interdit en 2007). Limonov considère Vladimir Poutine comme un néotsar, un dictateur qui règne par le mensonge. Le gouvernement russe lui rend d'ailleurs la monnaie de sa pièce, Limonov ayant été emprisonné à plusieurs reprises. Il milite actuellement avec Stratégie-31, un mouvement qui se réunit le 31 de chaque mois pour réclamer la liberté de réunion, garantie par la Constitution.

Ces excellents entretiens, qui ne manquent pas de piquant, nous permettent de mieux saisir cet homme aux multiples facettes, qui a publié une cinquantaine de romans, d'essais et de recueils de poésie. On le suit de son enfance à son départ pour l'Ukraine, puis New York, son passage par Paris et son retour à Moscou. Il n'est pas banal de comparer la vie de Limonov avec celle décrite par Emmanuel Carrère. Au-delà de ses sautes d'humeur et de ses déclarations à l'emporte-pièce, on apprécie son point à contre-courant, politiquement incorrect, capable de formuler des vérités pas toujours agréables à entendre.

Ne reste plus maintenant qu'à lire ses livres.

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Conversations avec Axel Gylden

L'Express, 140 pages

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