Olivier Todd, mieux connu ici comme biographe de Camus, Malraux et Brel, propose ici un roman - mais en est-ce bien un? - plutôt inclassable.

Chantal Guy LA PRESSE

Mêlant faits et fiction, temps, espaces, souvenirs et réflexions, J'ai vécu en ces temps est, pour le lecteur, une expérience de lecture éclatée, qui fait la part belle à la digression.

Autour d'un couple improbable, que Todd dit avoir connu, Rainer Wunder, officier allemand, et Hanna Ollenstein, juive, communiste et espionne pour la résistance, l'écrivain tisse sa toile narrative qui va dans tous les sens, pour mieux cerner ses obsessions.

Ces temps sont ceux nés de la Seconde Guerre mondiale, et Todd écrit pour ceux «qui n'ont jamais senti le poids d'une occupation militaire, ceux à qui la faim n'a jamais fait tourner la tête».

On dirait deux romans en un, celui du narrateur qui s'interroge sur l'écriture, sur ses souvenirs de jeunesse, sur le temps qui passe, et celui de Rainer et Hanna, pris dans la tourmente de l'Histoire. Les mémoires de Todd, comme le récit de ce couple hors normes, auraient mérité chacun un roman, et nous ne sommes pas toujours convaincus de la pertinence de l'exercice, comme si l'écrivain tournait longuement autour du gouffre avant d'y plonger, mais force est de constater qu'il sait rendre l'atmosphère d'une époque marquante, qui a fait de lui l'homme qu'il est. Ceux qui ont vécu en ces temps comprendront...

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J'ai vécu en ces temps

Olivier Todd

Grasset, 377 pages

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