La publication d'une nouvelle biographie sur le Mahatma Gandhi accusée de dépeindre le père de l'indépendance de l'Inde comme un bisexuel raciste faisait des remous dans son pays d'origine, un Etat indien ayant décidé mercredi d'en interdire la vente.

Publié le 30 mars 2011
AGENCE FRANCE-PRESSE

Narendra Modi, le chef du gouvernement de l'État du Gujarat, où Gandhi a vu le jour en 1869, a ordonné l'interdiction du livre de Joseph Lelyveld Grande âme : Mahatma Gandhi et sa lutte avec l'Inde.

«La représentation de Mahatma Gandhi faite par Joseph Lelyveld mérite le mépris», a considéré Narendra Modi sur son blogue. «Ceci ne devrait être toléré sous aucun prétexte. Le gouvernement du Gujarat a déjà décidé d'interdire totalement le livre», a-t-il ajouté.

Cette nouvelle biographie a été publiée mardi aux États-Unis, mais elle n'est pas encore parue en Inde.

La presse indienne s'est insurgée mardi contre le livre après les gros titres du quotidien britannique Daily Mail selon lesquels «Gandhi a quitté sa femme pour vivre avec un amoureux», et du Daily Telegraph résumant ainsi le livre: Gandhi «avait des opinions racistes à l'égard des noirs sud-africains».

L'auteur, ancien rédacteur en chef au New York Times, a dénoncé l'interprétation faite par ces quotidiens qui ont, selon lui, déformé les propos contenus dans son livre, en particulier son analyse portant sur les relations entre Gandhi et un architecte juif allemand, Hermann Kallenbach.

«Je ne prétends pas que Gandhi est raciste ou bisexuel. Le mot «bisexuel» n'apparaît nulle part dans le livre», a-t-il réagi dans un communiqué.

Selon la critique faite par le Wall Street Journal, le livre dépeint Gandhi, considéré comme le chantre de la non-violence, comme «un malade sexuel, un incompétent en politique et un maniaque fanatique».

Gandhi a vécu à Johannesbourg avec M. Kallenbach, amateur de culturisme, pendant environ deux ans avant de quitter l'Afrique du Sud pour rentrer en Inde en 1914.

L'an dernier, un ouvrage sur Gandhi intitulé Gandhi: ambition nue et publié par un historien britannique, avait jeté une lumière inédite sur la vie privée de cette icône indienne, révélant que son célébre voeu d'abstinence ne l'avait pas empêché de dormir avec des femmes nues ni d'avoir des expériences sexuelles farfelues.