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L'horreur de la guerre en bédé

Putain de guerre!...

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Putain de guerre!

La guerre est de plus en plus populaire chez les bédéistes. On peut montrer plus crûment l'horreur des morts et des blessés avec des bulles et des vignettes, qu'avec des images vidéo. Depuis 35 ans, le Français Jacques Tardi raconte les tranchées de la guerre 14-18. La Presse l'a rencontré au Salon du livre de Québec.

Quand il a commencé à raconter l'horreur vécue par le soldat Brindavoine dans les tranchées de la Première Guerre mondiale, au milieu des années 70, Jacques Tardi a reçu plusieurs commentaires négatifs.

«Goscinny avait refusé le projet pour son magazine Pilote, parce qu'il croyait à tort que je voulais ridiculiser les poilus, les soldats français», explique M. Tardi, en entrevue dans un bar d'hôtel de la Vieille Capitale. «Après Brindavoine, on me demandait pourquoi je racontais des histoires de vieux con. La Première Guerre mondiale, c'était réservé aux anciens combattants avec leur béret bien enfoncé sur leurs oreilles.»

Depuis, il a exploité le même filon dans la majorité de ses oeuvres. Sa célèbre série Adèle Blanc-Sec se déroule avant et après la Grande Guerre, et l'héroïne peut compter sur l'aide du soldat Brindavoine, un soldat qui s'est mutilé pour échapper aux tranchées et est resté manchot. D'autres bédés de Tardi se sont attardées plus directement sur la vie quotidienne au front, et il vient d'entamer la publication d'une histoire chronologique de la Grande Guerre, Putain de guerre! Le premier tome couvre les trois premières années, avec un texte de l'historien Jean-Pierre Verney en fin de volume.

«Quand j'ai publié mon premier livre, en 1974, Verney m'a écrit pour me souligner quelques erreurs, relate M. Tardi. Nous avons commencé à collaborer. Il me donne accès à tout son matériel, à ses objets. J'aime être précis. Je sais que je pourrais bien avoir des Mirage (des avions à réaction français) dans le ciel et des kalachnikovs dans les tranchées, sans que personne ne proteste. Quand je vais voir des films, les erreurs de détails m'agacent. Mes amis me disent que je suis le seul à m'en rendre compte, que ça ne change rien au propos du film. C'est vrai. Mais ça m'agace tout de même de voir des soldats français avec des fusils russes dans le film Paths of Glory de Kubrick.»

Quelles erreurs y avait-il dans le premier Brindavoine? «J'avoue que je ne m'en souviens plus», dit M. Verney, qui était lui aussi à l'entrevue. «Je pense que c'étaient les carabines, il fallait des fusils», dit M. Tardi en regardant son comparse. «Oui, les cavaliers, c'est ça», complète M. Verney.

La Première Guerre est-elle une métaphore des conflits actuels, une manière moins politisée d'évoquer l'horreur du Vietnam, de l'Afghanistan, de l'Irak? «Oui, assurément, confirme M. Tardi. Et de toute façon, les problèmes en Irak découlent directement de la Grande Guerre. Après, on a découpé de manière absurde les frontières au Moyen-Orient. Regardez celles de l'Irak, elles sont souvent en droite ligne, ça n'a aucun sens.»

Jacques Tardi, qui a 61 ans, s'est intéressé à la guerre de 14-18 après avoir entendu son grand-père en parler fréquemment durant son enfance. De même, il prépare une bédé sur la Deuxième Guerre mondiale, à partir des souvenirs de son père. «Il avait été prisonnier dans un stalag en Poméranie orientale. Il en parlait par bribes, presque quotidiennement. Un jour, je lui ai demandé de tout écrire chronologiquement. J'y travaille depuis.»

Les deux auteurs estiment que la Grande Guerre sera de plus en plus populaire. «Les derniers poilus sont morts, dit M. Tardi. Ils pourront laisser la place aux jeunes hommes qu'ils ont été. Les jeunes d'aujourd'hui s'identifieront davantage à ceux qui ont vécu les tranchées s'ils n'ont plus l'image du grand-père avec son béret.»

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Putain de guerre!, Jacques Tardi et Jean-Pierre Verney, Casterman, 67 pages, 32,95 $

D'autres bédés sur la guerre

> L'Algérie sans fard

 

Jacques Herrandez est pied noir. Né en plein milieu de la guerre d'Algérie, il a partagé l'expérience des 900 000 colons européens qui ont quitté le pays en 1962. Au fil des neuf tomes des Carnets d'Orient, il décrit la vie quotidienne dans l'Algérie tout juste avant l'indépendance. Le meilleur et le pire s'y côtoient sans complaisance. On voit les exactions de l'armée française, le désarroi des Algériens qui font face aux «bons» et aux «mauvais» Français, et les conflits de loyauté des colons et des Algériens qui entretiennent de bonnes relations, mais doivent choisir leur camp lorsque la situation s'envenime.> Un spectateur italien

L'Italie a largement subi la Deuxième Guerre mondiale. Rapidement impopulaire dans la population, la guerre s'est terminée par une lente et sanglante progression des alliés dans la Péninsule, exacerbée par une guerre civile italienne. Ce n'est pas un hasard si le bédéiste italien le plus célèbre, Hugo Pratt, a choisi de braquer les projecteurs sur les soldats d'autres pays. La série «Ernie Pike», republiée en cinq petits volumes depuis 2003, suit les exploits d'un journaliste américain envoyé sur tous les fronts, avec un style très proche des «cartoons» américains des années 40. Sur un ton plus introverti, les cinq volumes des «Scorpions du désert» montrent l'absurdité de la guerre en Afrique du Nord, mettant en vedette des soldats britanniques, mais avec des personnages secondaires italiens et allemands très typés.

Pêle-mêle de l'Arménie à la Bosnie

> Medz Yeghern, le grand mal, Paolo Cossi

Le génocide arménien durant la Première Guerre mondiale.

Aller simple, Piero Macola

L'Italie à la veille de sa capitulation et de la guerre civile, en 1943.

La 27e lettre, Mill et Desberg

La vie dans un bordel de Berlin des années 1930 à 1945.

Le boche, Bardet et Stalner

Un alsacien mi-français, mi allemand, est ostracisé par les deux camps durant la Deuxième Guerre mondiale, et après, jusqu'à celle d'Indochine.

Ciel en ruine, Pinard et Dauger

Les derniers combats de la Luftwaffe, l'armée de l'air allemande, avec le premier chasseur à réaction, le Me-262.

Le photographe, Guibert, Lefèvre et Lemercier

Description en dessins et photos de reportages dans l'Afghanistan des années 80.

Les bédés, Joe Sacco

Journaliste new-yorkais qui a décrit en images la vie sous les bombes en Palestine et en Bosnie.




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