Leur amitié s’est scellée au début des années 1990 grâce à leur passion commune pour l’œuvre de Jean-Philippe Dallaire. Trente ans plus tard, les bédéistes Siris et Marc Tessier rendent hommage au peintre québécois avec un album biographique intitulé Un Paris pour Dallaire.

Publié le 20 janvier
Stéphanie Morin
Stéphanie Morin La Presse

C’était à la taverne du Cheval Blanc, rue Ontario Est. Siris avait sorti son carnet de croquis et Marc Tessier lui avait fait remarquer que ses dessins avaient la puissance et l’originalité de ceux de Dallaire. Il n’y avait pas de hasard… Siris avait justement dans ses cahiers des esquisses réalisées à partir des toiles du peintre qu’il adorait.

« Encore aujourd’hui, Dallaire est mon peintre préféré, lance Siris. Son approche picturale, ses couleurs, les textures qu’il arrivait à mettre dans ses toiles… La première fois que j’ai vu ses œuvres, au musée Marc-Aurèle Fortin, j’ai eu un coup de foudre hallucinant ! »

J’ai découvert qu’on pouvait dessiner autrement. Il a un style tellement explosif ! C’était aussi un artiste très indépendant, avec un côté engagé.

Siris

Or, malgré toutes les qualités de son œuvre, Jean-Philippe Dallaire reste assez peu connu du grand public, déplorent les deux bédéistes. « Au Québec, les gens n’en ont que pour Borduas et les Automatistes », lance Marc Tessier.

  • Extrait de l’album Un Paris pour Dallaire

    IMAGE FOURNIE PAR LA PASTÈQUE

    Extrait de l’album Un Paris pour Dallaire

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    Extrait de l’album Un Paris pour Dallaire

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C’est donc pour mieux faire connaître le créateur de La folle (une toile tout de même estimée à 1 million de dollars, rappelle Marc Tessier) que les deux hommes ont décidé de fusionner leurs talents. Marc Tessier au scénario, Siris à l’illustration.

« Une vie comme dans un film »

« On s’est lancés dans un travail journalistique de recherche, explique Marc Tessier. On a rencontré ses deux fils, Michel et François. On a parlé à son ancien élève Jean Letarte et à Guy Montpetit, dont la famille a accompagné Dallaire à la fin de sa vie. Ces gens nous ont donné des anecdotes qu’on a intégrées à la bande dessinée. »

Il faut ajouter que Jean-Philippe Dallaire a vécu « comme dans un film », dixit Siris. Il a connu la misère et a travaillé chez les Dominicains où il faisait de la peinture religieuse avant de remporter une bourse pour étudier à Paris. Là, il a été fait prisonnier par les Allemands et a vécu enfermé dans un camp de travail jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale. De retour au Québec, il sera enseignant et animateur à l’ONF avant de retourner vivre en France, à Vence.

En parallèle au récit de la vie du peintre, c’est l’histoire de l’art au Québec qui est évoquée dans cet album, explique Marc Tessier.

On a inclus des personnages qui ont existé, comme Marcella Maltais ou le caricaturiste Robert LaPalme. On parle aussi de l’influence de la religion sur le travail artistique à l’époque de Dallaire.

Marc Tessier

Au cours des six années qu’a duré le projet, les deux bédéistes se sont trouvé une parenté idéologique avec le peintre. « Comme Dallaire, on a toujours galéré pour mener nos projets à nous », dit Siris. Marc Tessier ajoute : « On a une pratique constante en bande dessinée depuis 30 ans, mais on est tous les deux obligés de faire autre chose pour gagner notre vie. Comme Dallaire, on a le feu sacré. »

Pour les dessins, Siris (qui nous a donné l’excellent Vogue la valise) dit avoir tenté de se mettre dans la peau du peintre lorsqu’un blocage surgissait. « J’allais voir ses toiles pour m’inspirer. Je ne suis pas un dessinateur réaliste dans la vie, mais pour cet album, j’avais besoin que les dessins et en particulier les reproductions des œuvres soient le plus près possible de la réalité. Je me suis payé la traite avec cet album, notamment en travaillant sur de grands formats. »

Maintenant que l’album est lancé, les créateurs espèrent que leur travail ouvrira les yeux de ceux qui ne connaissent pas ce peintre pourtant marquant de l’histoire de l’art québécois. « On veut que l’esprit de Dallaire se répande. Peut-être jusqu’en France », dit Siris en se croisant littéralement les doigts.

Un Paris pour Dallaire

Un Paris pour Dallaire

La Pastèque

120 pages