Bill Gates, cofondateur de Microsoft et philanthrope renommé, prend de plus en plus de place dans les débats publics sur les grands enjeux de notre temps. Il a désormais une nouvelle mission : sauver le monde d’un désastre climatique. Il vient de publier Climat : comment éviter le désastre pour sensibiliser tout un chacun à l’urgence d’agir. Voici trois raisons de le lire.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Parce que c’est Bill Gates

Comment un livre sur les changements climatiques peut-il faire le plein de lecteurs et par conséquent avoir un impact majeur ? S’il a été écrit par un entrepreneur influent comme Bill Gates, son pouvoir d’attraction sera forcément plus grand. Et ça tombe bien, la meilleure façon de prendre la mesure du problème et de réfléchir aux façons de le résoudre, c’est de s’informer. L’essai de Bill Gates, qui prône « une vision du changement climatique fondée sur les faits », est en ce sens une contribution importante. Avec un gros inconvénient, toutefois. Sur les questions environnementales, le milliardaire n’est pas un ambassadeur idéal. Il le reconnaît lui-même. « Je possède de grandes maisons, je me déplace en jet privé, écrit-il. De quel droit puis-je donner des leçons à qui que ce soit sur l’environnement ? » Il fait son mea culpa dès le début du livre, précisant qu’il compense ses émissions de gaz à effet de serre et investit, notamment, dans la conception de technologies zéro carbone. Cela dit, s’il parvenait avec ce livre à ne pas prêcher seulement les convertis et à faire évoluer le débat dans la bonne direction, particulièrement sur le sol américain, il ferait œuvre utile.

Pour l’effort de vulgarisation

Dans son essai, Bill Gates affirme que Le changement climatique pour les nuls est « un des meilleurs livres » qu’il a lus sur la question. On comprend rapidement, à la lecture de son propre livre, qu’il a décidé lui aussi de rédiger un ouvrage très accessible. On commence… au commencement. On y explique comment les gaz à effet de serre provoquent le réchauffement climatique et, chiffres à l’appui, pourquoi il faut de toute urgence « parvenir au zéro carbone ». On s’attarde à expliquer ce que représente un kilowatt et à décrypter des notions comme la densité énergétique (qui fait, par exemple, qu’on aura besoin de beaucoup plus d’espace si on veut produire de l’énergie éolienne plutôt que solaire, à quantité égale). Et on utilise des chiffres. Des tonnes de chiffres. Le plus important étant les 51 milliards de tonnes de gaz à effet de serre émis dans l’atmosphère en une année. Des comparaisons – chiffrées, elles aussi – avec la pandémie à laquelle nous faisons face actuellement sont particulièrement éclairantes. Le fait, notamment, que « dans les 10 ou 20 prochaines années, les ravages économiques causés par le changement climatique seront vraisemblablement aussi terribles que si l’on subissait une pandémie de l’envergure de la COVID-19 une fois tous les 10 ans ».

Parce que c’est un mode d’emploi

PHOTO BING GUAN, REUTERS

Vue de panneaux solaires photovoltaïques de la société Tenaska à El Centro, en Californie

Se morfondre par crainte de l’apocalypse climatique ? Très peu pour Bill Gates. Oh, bien sûr, il explique en détail à quel point l’impact des changements climatiques sera « catastrophique » si on ne décarbone pas notre économie rapidement. Mais comme le titre de son ouvrage l’indique, l’auteur est surtout en mode solution. Il se décrit d’ailleurs comme un « optimiste ». Et le cœur de son livre consiste à énumérer les domaines où il est crucial d’innover, ainsi qu’à offrir des pistes à suivre pour y parvenir. De la production d’électricité sans carbone et de son stockage au secteur du transport, en passant par l’agriculture, l’élevage (il se fait une fierté d’utiliser le mot « pet » pour parler du méthane produit par les vaches) et la production de ciment. Son livre est par-dessus tout un vibrant plaidoyer pour l’innovation. Des investissements majeurs en recherche et en développement sont, selon lui, essentiels ; il aimerait voir les budgets quintuplés au cours des 10 prochaines années. Le livre se termine par un appel à un débat moins clivé sur la question du changement climatique. « Il faut qu’il redevienne constructif et réfléchi, et surtout, qu’il se recentre sur des plans précis et réalistes pour atteindre le zéro », écrit Bill Gates. On ne se bercera pas d’illusions à ce sujet, mais on reconnaîtra qu’avec son essai, il prêche par l’exemple.

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Climat : comment éviter le désastre, de Bill Gates

Climat : comment éviter le désastre
Bill Gates
Flammarion
384 pages