L’arrivée dans une petite ville d’un inventeur à l’esprit décalé suscitera rapidement une collision entre deux univers : la raison et l’ordre, d’un côté, la créativité et la sensibilité, de l’autre. « Y a-t-il lieu d’opposer les deux ? », demande Raphaëlle Giordano. Avec ce nouveau roman, l’autrice invite les lecteurs à faire tomber leurs propres frontières pour rebondir… comme le zèbre.

Isabelle Morin Isabelle Morin
La Presse

Bienvenue au Bazar du zèbre à pois, boutique de bizarreries de toutes sortes, tenue par un libre-penseur ingénieux. Basile, de son prénom, convie les esprits à sortir des cadres convenus et touche les cordes sensibles, déclenchant l’enthousiasme chez certains et réveillant rêves et talents chez d’autres. Sa philosophie est cependant loin de plaire à tous. Certains voient en lui un fauteur de troubles.

Ce n’est pas le cas d’Arthur, jeune rebelle que Basile prend sous son aile, et qui, au contact de son mentor, prendra son envol à l’instar de sa mère, Giulia, endormie depuis un certain temps dans sa vie et son métier de « nez » de parfumerie. Lorsque les trajectoires se croisent, les étincelles ne tardent pas à jaillir. Le trio de « zèbres » générera rapidement des projets et des idées.

Raphaëlle Giordano, qui a signé entre autres les best-sellers Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une et Le jour où les lions mangeront de la salade verte, rend hommage, avec ce quatrième roman, à la créativité, à l’inventivité, à l’unicité et aux rêveurs persévérants.

Le zèbre : un original parmi d’autres

Ses personnages principaux sont des « zèbres », terme utilisé par la psychologue Jeanne Siaud-Facchin pour décrire les personnes à haut potentiel. L’autrice apporte une nuance à ce concept, ou du moins la souligne, en distinguant les génies, ces personnes aux QI très élevés, des « zèbres » : intelligents de manière atypique avec leur pensée foisonnante en arborescence, parfois difficile à suivre ou à saisir. Tenaces quand un sujet les intéresse, ils peuvent aussi être absents (ou ailleurs) quand ce n’est pas le cas.

« On ne deviendra pas tous des artistes ou des inventeurs, mais le livre est là pour donner envie aux gens d’adopter la philosophie du zèbre », explique Raphaëlle Giordano. L’un des piliers de cette philosophie portée par Basile, l’alter ego de la romancière, dans le roman, est de faire le pont — ou la paix — entre les deux hémisphères de son cerveau afin de mobiliser toutes ses capacités.

PHOTO PHILIPPE MATSAS, FOURNIE PAR LES ÉDITIONS ÉDITO

Raphaëlle Giordano

Je répète souvent que la liberté ne se demande pas, elle se prend.

Raphaëlle Giordano

« C’est en s’intéressant à déployer les potentialités de son cerveau droit qu’on va pouvoir encore plus élargir ses possibilités », estime Raphaëlle Giordano. Plutôt que d’opposer les émotions à la raison et l’intuition à la logique —, l’hémisphère droit à l’hémisphère gauche, donc — elle convie le lecteur à décloisonner sa pensée et à devenir ambidextre du cerveau pour se donner accès à une dimension encore plus grande et belle de soi.

L’audace comme carburant

Dans le Bazar du zèbre à pois, l’autrice explore également un concept de son cru : « l’audacité », contraction des mots ténacité et audace. « C’est un état qui m’a toujours permis de rebondir et de me réinventer. C’est une forme de résilience, une posture active et énergique, dit-elle. J’ai développé cette confiance que, quoi qu’il arrive, si des portes se ferment, d’autres vont s’ouvrir. Ce livre est une invitation à devenir plus inventeurs de nos vies. »

D’abord maquettiste, puis conceptrice-rédactrice en agence de communication, Raphaëlle Giordano, malheureuse dans son 9 à 5, s’est dessiné un emploi sur mesure il y a quelques années. En tant que « coach en créativité », son rôle était de rassembler les équipes pour stimuler leurs énergies. « Puis je me suis sentie à l’étroit dans le mot coach. Je crois que j’ai juste du mal à entrer dans une case », réfléchit-elle.

Elle s’est finalement trouvé une niche confortable dans l’écriture, en mariant le développement personnel au roman, de façon ludique et unique. Métier : inspiratrice ? Peut-être bien… « Mais ça me convient aussi qu’on n’ait pas de mot pour me décrire. Je suis une créative : je peins, j’écris, je danse, je fais de la musique, et je suis aussi fascinée par l’humain et la psychologie. Ma manière à moi de partager ce que j’ai appris se fait comme une créative, avec beaucoup d’images, des histoires, des personnages. »

À ceux qui voient une certaine naïveté dans son approche ou la qualifient de chantre du bonheur à la carte, Raphaëlle Giordano a ceci à répondre. « Je suis loin d’être une “madame bonheur”. Quand on parle de positivisme, je mets vraiment de gros guillemets et de petits bémols, parce que je ne veux pas qu’il y ait de dérive et d’interprétation facile de cette philosophie que j’ai envie d’incarner. Je crois qu’il faut accueillir les émotions négatives, les traverser, les regarder en face. Ce qui n’empêche pas d’avoir les yeux tournés vers la solution et de ne pas baisser les bras. En aucun cas, ce n’est du “bonheurisme”. »

FOURNIE PAR LES ÉDITIONS ÉDITO

Le Bazar du zèbre à pois, de Raphaëlle Giordano

Tissée un peu grossièrement par moments, l’histoire du Bazar du zèbre à pois paraît parfois secondaire aux « recettes de bonheur » que l’autrice fait passer de façon créative, à travers les personnages de son roman. On le lui pardonne cependant pour toutes ces inventions ludiques qu’elle nous donne à imaginer et pour lesquelles, d’ailleurs, elle a entrepris de réelles démarches auprès d’ingénieurs, notamment, afin qu’elles se matérialisent. On tournera les pages du Bazar du zèbre à pois pour ses réflexions porteuses d’espoir et pour son souffle frais qui donne envie d’un peu de folie et incite à bondir, malgré le flou et les doutes.

Le Bazar du zèbre à pois. Raphaëlle Giordano. Éditions Édito. 320 pages.