L’écrivaine et conférencière Marguerite Lescop est morte vendredi de la COVID-19 à Montréal. La dame de 104 ans, récipiendaire de l’Ordre du Canada en 2001, habitait au CHSLD Alfred-DesRochers à Montréal, un établissement aux prises avec une importante éclosion de cas.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

Kathleen Lévesque Kathleen Lévesque
La Presse

Mme Lescop fait partie des nombreuses personnes âgées hébergées ayant perdu la vie à cause de la COVID-19 au cours des derniers jours.

« Oui, ma maman Marguerite Lescop a été emportée par ce fameux poison, qui est parti de Wuhan, en Chine, et a parcouru 11 509 km pour se retrouver au 4e étage du CHSLD Alfred-DesRochers », a écrit l’une des filles de Mme Lescop, Kateri Lescop, dans un courriel à La Presse

« Il y avait là cette petite femme de 104 ans qui, à la venue sournoise du virus, a rendu son dernier souffle. Un peu surréaliste tout ça. Une fin pas ordinaire pour une femme hors de l’ordinaire. »

Autrice sur le tard

Marguerite Geoffrion est née en 1915 à Longueuil. Elle a grandi dans une famille d’intellectuels. Son père, Amédée Geoffrion, était juge municipal à Longueuil, ville dont il a été maire. L’un de ses fils, Jean-Yves Lescop, décrit sa mère comme « avant-gardiste, impliquée et active ». « C’était un modèle de modernité », dit-il.

Après ses études comme pensionnaire au Collège Villa Maria, Marguerite a étudié à l’École du meuble. « On était en 1940 environ. C’était la seule femme là ! » affirme son fils Jean-Yves. « Elle aimait dire qu’elle a toujours été un garçon manqué », ajoute Kateri Lescop.

Marguerite s’est mariée ensuite avec le Français René Lescop, professeur au Collège Stanislas, avec qui elle aura sept enfants. Pour arrondir les fins de mois, elle donnait des cours de « personnalité » à Montréal et à Burlington.

À 80 ans, elle a publié à compte d’auteur son autobiographie Le tour de ma vie en 80 ans. Elle en a vendu plus de 50 000 exemplaires. 

« Le livre, ç’a été le point de départ de sa nouvelle vie », relate Jean-Yves Lescop. Sa mère donnait des conférences toutes les semaines, notamment auprès d’aînés. Elle a participé à plusieurs émissions de télévision et de radio, en plus de publier d’autres livres. 

Elle s’exprimait de façon drôle et intelligente. Elle réussissait toujours à faire réfléchir et à faire sourire.

Renée Lescop, fille de Marguerite Lescop

Renée Lescop a également souligné les talents de communicatrice de sa mère.

« Elle a été très active auprès des personnes âgées. Elle leur donnait sa joie de vivre », dit Jean-Yves Lescop. 

Sur le site de la gouverneure générale du Canada, on peut lire que Mme Lescop a été « un modèle de vivacité, de détermination et de dévouement ».

Victime de la COVID-19

Renée Lescop explique que sa mère a présenté des symptômes de la COVID-19 la semaine dernière, dont une toux grave. Elle a subi un test de dépistage qui a confirmé qu’elle avait attrapé la maladie. Personne ne sait comment elle a été infectée. 

« Elle est morte subitement, dans son sommeil. C’est une mort assez douce, qui nous console », dit Renée Lescop, qui ajoute qu’à cause des mesures de confinement, aucun membre de la famille n’a pu être présent au moment du décès.

Depuis l’âge de 100 ans, Mme Lescop avait commencé à décliner sur le plan cognitif et demeurait au CHSLD Alfred-DesRochers. « On garde d’elle un bon souvenir. Elle a vécu une vie très active, comme elle le voulait », dit Jean-Yves Lescop, qui assure que l’établissement a offert d’excellents soins à sa mère. « Elle a été, par sa personnalité, un modèle de personne âgée, ajoute Renée Lescop. Elle a marqué son époque. Elle se disait une ‟femme ordinaire, mais qui a fait de sa vie quelque chose d’extraordinaire”. »

En plus de Mme Lescop, la COVID-19 a fait huit autres victimes au CHSLD Alfred-DesRochers de Montréal. Un important foyer d’éclosion a atteint 39 personnes au cours des derniers jours. Dans l’immeuble voisin, à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal, ce sont 13 cas d’infection au coronavirus qui ont été dénombrés chez les patients.

La Direction régionale de santé publique (DRSP) de Montréal a confirmé lundi la présence de ces deux importants foyers d’éclosion de COVID-19 dont on ignore l’origine. Des enquêtes épidémiologiques sont en cours. « On tient à prendre le temps d’offrir nos plus sincères condoléances aux familles et aux proches qui traversent des moments difficiles. Chaque décès est un décès de trop », a indiqué Jean-Nicolas Aubé, de la DRSP de Montréal.

En vidéo

La petite-fille de Marguerite Lescop, Stéphanie Baudoin, a enregistré des capsules vidéo avec sa grand-mère il y a trois ans. En voici deux.

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