Jean Echenoz (lauréat du Goncourt et du Médicis, notamment) s’est amusé en écrivant un roman noir… très noir.

Josée Lapointe Josée Lapointe
La Presse

L’existence de Gérard Fulmard est tellement « drabe » qu’un débris astronautique qui détruit le centre commercial situé à côté de chez lui suffit à remplir son vide intérieur. Mais le pauvre homme, qui est sans emploi depuis un « incident » qui s’est déroulé alors qu’il était agent de bord, se retrouve malgré lui au cœur d’une guerre de pouvoir dans un parti politique marginal.

C’est le prétexte pour Jean Echenoz pour dresser un portrait féroce du grenouillage, de l’ambition et de l’absence de scrupules qui règne dans ce milieu, et qui n’a rien pour réconcilier le commun des mortels avec la chose publique.

L’écrivain amuse par ailleurs avec ses descriptions minutieuses de ces lieux et objets qu’on ne voit plus, que ce soit un hall d’hôtel ou un enchevêtrement d’autoroutes, ou avec les histoires cachées de la rue Erlanger, dans le 16e arrondissement, où vit Gérard Fulmard. Il épate avec son vocabulaire élaboré, l’élégance de ses phrases, l’ironie de sa narration, son sens inné des situations absurdes.

C’est brillant et moqueur, mais on l’aurait aimé plus bienveillant avec son antihéros, énième victime d’une différence de classe sociale dont il ne peut sortir vainqueur. C’est peut-être vrai dans la vie, mais la fiction aurait pu être une occasion pour les Gérard Fulmard de ce monde de prendre leur revanche, plutôt que d’être encore une fois laissés de côté. 

★★★

Vie de Gérard Fulmard, de Jean Echenoz, Les éditions de minuit, 236 pages.