(Paris) Aux grands poètes la ministre reconnaissante : Roselyne Bachelot, responsable de la Culture, soutient une pétition en faveur de l’entrée d’Arthur Rimbaud et Paul Verlaine au Panthéon, soumise au président Emmanuel Macron.

Publié le 9 sept. 2020
Hugues HONORE Agence France-Presse

« Ce ne serait que justice de célébrer aujourd’hui leur mémoire en les faisant entrer conjointement au Panthéon, aux côtés d’autres grandes figures littéraires : Voltaire, Rousseau, Dumas, Hugo, Malraux », lit-on dans la pétition révélée mercredi.

Cet « appel au président de la République », seul habilité à décider, a été lancé à l’origine par un groupe d’intellectuels, académiciens et universitaires passionnés de ces deux auteurs célèbres.

Ils ont convaincu entre autres les ministres de la Culture depuis Jack Lang (qui l’avait été à partir de 1981) jusqu’à Françoise Nyssen, à l’exception de Franck Riester (qui occupait le poste jusqu’en juillet, mais siège encore au gouvernement). Le ministère a précisé à l’AFP que Mme Bachelot n’avait pas signé directement, mais soutenait l’initiative.

« Le fait de faire entrer ces deux poètes qui étaient amants, oui, ensemble, au Panthéon aurait une portée qui n’est pas seulement historique ou littéraire, mais profondément actuelle », déclare la ministre à l’hebdomadaire Le Point.

Parmi les signataires on retrouve par exemple l’ancien maire de Paris Bertrand Delanoë, l’ancien ministre Bernard Kouchner, des intellectuels aussi différents qu’Edgar Morin, Alain Minc et Michel Onfray, et de nombreux artistes et écrivains comme Agnès b, Annie Ernaux, Olivier Py ou Line Renaud.

Les promoteurs de la pétition sont les écrivains Jean-Luc Barré et Frédéric Martel, auteur de la préface à une biographie de 1000 pages de Rimbaud, par Jean-Jacques Lefrère, rééditée jeudi chez Bouquins (Éditions Laffont).

« D’affreuses fleurs en plastique »

Rimbaud (1854-1891) et Verlaine (1844-1896) sont deux des poètes les plus connus, adulés et commentés de la langue française.

Le premier est enterré dans sa ville natale de Charleville-Mézières (Ardennes), qu’il détestait, et dans le caveau familial, aux côtés, rappelle la pétition, de « son ennemi et usurpateur, Paterne Berrichon », un poète mineur qui épousa sa sœur et fit du tort à sa postérité.

Cette tombe, bien qu’elle attire des fans du monde entier, a une apparence « étriquée, avare », d’après les mots du poète Yves Bonnefoy.

Verlaine repose quant à lui au cimetière des Batignolles à Paris, également dans le caveau familial, « près du périphérique sous d’affreuses fleurs en plastique », selon les signataires de l’appel.

« Est-ce ainsi que la France honore ses plus grands poètes ? », demandent-ils.

L’idée ne fait pas l’unanimité. « Rimbaud et Verlaine au Panthéon ? ! Vous ne respectez donc plus rien ! ? », a écrit l’écrivain Claro sur Twitter.

Les deux méprisaient les honneurs et ont eu des démêlés avec les autorités. En 1873 à Bruxelles, un Verlaine ivre blesse légèrement Rimbaud en lui tirant dessus parce qu’il allait être quitté. Son jeune compagnon le lui pardonnera et refusera toute poursuite judiciaire.

« Mais le parquet belge et la police française ont monté un dossier à charge, dont les archives prouvent désormais qu’il fut lié à son rôle dans la Commune [soulèvement populaire à Paris en 1871] et à son homosexualité. Il est resté 555 jours en prison, quand il aurait dû n’y passer que quelques semaines », estiment les signataires.

La place de Verlaine se justifie aussi par un moment historique, celui où Radio-Londres, du 1er au 4 juin 1944, répète l’annonce codée du débarquement en Normandie. « Les sanglots longs/Des violons/De l’automne/Blessent mon cœur/D’une langueur/Monotone » (Chanson d’automne, 1866).

Les deux dernières personnalités transférées au Panthéon l’ont été sous le mandat d’Emmanuel Macron : l’ancienne déportée et ministre Simone Veil, avec son mari Antoine, en juillet 2018.