L’écrivaine italienne n’avait rien publié depuis 2014. Elle est de retour avec un nouveau roman dans lequel elle explore des thèmes qui lui sont chers : la quête de soi, le poids de la famille, l’émancipation des femmes, la lutte des classes et, bien sûr, l’écriture. Alors, il est bon, le nouveau Ferrante ?

Nathalie Collard Nathalie Collard
La Presse

C’est avec appréhension qu’on ouvre le nouveau roman d’Elena Ferrante. Quand on a aimé une œuvre comme la saga de L’amie prodigieuse (une tétralogie racontant l’amitié sur plusieurs décennies d’Elena — Lenù — et Lila), on craint d’être déçue.

Dans La vie mensongère des adultes, on est encore dans un univers féminin, mais cette fois Ferrante s’intéresse plus précisément à la période trouble et déterminante qu’est l’adolescence. Elle l’avait abordée un peu dans L’amie prodigieuse, mais elle va plus loin et décrit avec beaucoup de justesse, et sans aucune condescendance, cet état bouillonnant et instable dans lequel on navigue entre l’âge de 12 et 17 ans, quand on ne sait pas encore qui l’on est.

Au début du roman, la narratrice, Giovanna, est à l’aube de l’adolescence. Elle grandit dans les hauteurs de Naples, entre deux parents professeurs et intellectuels engagés qui coulent une vie en apparence paisible.

L’histoire débute lorsque Giovanna entend un échange entre ses parents : son père la trouve laide, il craint qu’elle ne ressemble à sa propre sœur, Vittoria.

Ce commentaire, qui trahit la peur du père d’être ramené à ses origines, à cette famille honnie qui vit dans les bas-fonds de Naples, va profondément ébranler Giovanna.

Une vie bouleversée

Le choc ressenti par Giovanna sera suivi de deux évènements qui vont perturber sa vie jusqu’ici protégée et douillette : d’abord, la rencontre avec la fameuse sœur de son père, qui incarne le lâcher-prise, l’émotivité, un côté plus brut. Vittoria est « trop », on ne peut pas la contrôler, ce qui la rend menaçante et dangereuse. Giovanna en est bien consciente et c’est ce qui l’attire chez sa tante.

L’autre évènement qui bouleversera la vie de la narratrice, c’est la découverte des mensonges de ses parents, c’est-à-dire cette période si cruciale de l’adolescence où l’on découvre que nos parents sont des individus à part entière, avec leurs faiblesses, leurs mystères et leurs secrets. Et c’est là qu’opère le talent de Ferrante : elle décrit avec tellement de justesse ce bouleversement intérieur, ce sentiment de vertige lorsqu’on comprend que finalement, il n’y a pas vraiment d’adultes en contrôle et que nous sommes tous maîtres de notre destinée.

Giovanna et Lenù

Il y a des points communs entre la Giovanna de La vie mensongère… et Lenù, la narratrice de L’amie prodigieuse. Comme Lenù, Giovanna va renouer avec ses racines en retournant dans le quartier mal famé de Naples où habite sa famille paternelle. Comme Lenù, elle va aussi tomber amoureuse d’un jeune homme, Roberto, qu’elle voudra impressionner intellectuellement (dans L’amie prodigieuse, c’était Nino Sarratore).

Enfin, comme Lenù, Giovanna deviendra écrivaine, la fiction étant en quelque sorte le mensonge ultime. Sauf que la narratrice n’est plus victime, mais maîtresse de la destinée des personnages de la vie qu’elle invente. Encore une fois avec ce roman, Ferrante nous parle du pouvoir de l’écriture.

On referme le livre rassurée. L’univers imaginé par Elena Ferrante nous a happée encore une fois.

À noter que Netflix a déjà acheté les droits du roman. Et on attend avec impatience la troisième saison de la série My Brilliant Friend sur HBO, dont le tournage a été retardé pour cause de pandémie.

La vie mensongère des adultes

Elena Ferrante, traduit de l’italien par Elsa Damien

Gallimard (Du monde entier)

416 pages

En librairie le mercredi 2 septembre