Vingt bédéistes du Canada et de l’Allemagne ont pris stylos et pinceaux pour dépeindre leur vision d’un thème majeur pour leurs deux pays : la réconciliation.

Stéphanie Morin Stéphanie Morin
La Presse

Cet automne, le Canada devait être l’invité d’honneur du Salon du livre de Francfort, annulé en raison de la pandémie. Ce n’est que partie remise pour 2021, mais bien avant l’arrivée de la COVID-19, le Goethe-Institut avait mis en branle un projet d’envergure pour mettre en valeur les auteurs émergents de l’Allemagne et du Canada, y compris ceux issus des Premières Nations.

Vingt bédéistes ont ainsi reçu le mandat de créer chacun une planche pour aborder le thème de la réconciliation en mots et en images. Le fruit de leur travail est exposé en ligne sur le site du Goethe-Institut.

« Avec le 30e anniversaire de la réunification de l’Allemagne et la réconciliation avec les peuples autochtones qui est très présente au Canada, le sujet s’est imposé », explique Marie-Pierre Poulin, bibliothécaire et responsable du projet au Goethe-Institut de Montréal.

« C’est un sujet fort et important pour les deux pays, tant d’un point de vue social que politique. En Allemagne, les différences culturelles entre l’Ouest et l’Est se ressentent encore aujourd’hui. La réconciliation peut aussi porter sur la reconstruction des relations internationales après la Seconde Guerre mondiale. C’est d’ailleurs dans cet esprit de rebâtir les ponts qui avaient été brisés que le Goethe-Institut a été créé. Quant au Canada, le sujet reste brûlant d’actualité dans nos relations avec les peuples autochtones… »

Réconciliation politique, réconciliation personnelle

Les artistes n’ont reçu aucune balise, si ce n’est exprimer ce que représente la réconciliation à leurs yeux. Certains ont abordé le thème sous un angle politique, d’autres lui ont donné une perspective plus personnelle.

C’est le cas de l’artiste originaire de Montréal Dimani Mathieu Cassendo, qui a choisi comme pierre angulaire de sa planche la question de l’homophobie existant dans les pays antillais, homophobie qui se poursuit souvent au-delà de l’immigration. L’artiste, qui se définit comme une personne non binaire, s’est inspiré de son histoire personnelle, qui a toutefois été romancée.

« Lorsqu’on m’a demandé de faire une bande dessinée sur le thème de la réconciliation, j’ai tout de suite pensé à Charlot Jeudy. » Ce militant LGBTQ a été assassiné chez lui, à Port-au-Prince, en 2019 ; il avait 35 ans.

IMAGE FOURNIE PAR DIMANI MATHIEU CASSENDO, GOETHE-INSTITUT

L’artiste Dimani Mathieu Cassendo a abordé le thème de la réconciliation sous un angle très personnel.

« L’homophobie dans les pays des Antilles est un sujet qui n’est pas assez abordé. Il y a aussi un côté complexe à cette situation. Je pense notamment à mes parents pour qui l’homosexualité avait toujours été quelque chose de négatif. Face à ma propre homosexualité, ils ont dû remettre en question les croyances qui venaient de leur pays d’origine. Ils ont beaucoup grandi. Ma bande dessinée porte sur la réconciliation des idées, sur le fait que le lien familial et l’amour sont si forts que, parfois, on n’a pas d’autre choix que d’accepter. »

Dimani Mathieu Cassendo a trouvé particulièrement enrichissant de regarder l’approche que chaque artiste a donnée au thème imposé. « Les sujets sont super différents et abordent différentes sphères de la vie. Et comme bédéiste, c’est intéressant de voir les styles de dessins et comment les mots sont utilisés. Ou pas. »

Pour voir le travail des bédéistes