(Paris) La plupart des librairies rouvriront le 11 mai, mais les lecteurs devront encore faire preuve de patience pour découvrir des nouveautés qui paraîtront, au mieux, le 20 mai.

Alain JEAN-ROBERT
Agence France-Presse

Les programmes de parution ont été réduits de 25 % à 50 % selon les éditeurs afin d’éviter un embouteillage massif de livres sur les étals des libraires, à la demande de ces derniers, particulièrement fragilisés après deux mois de fermeture forcée.

Car, en général, les libraires doivent payer les nouveautés qui leur sont envoyées d’office par les éditeurs, avec la possibilité de renvoyer et de se faire rembourser les invendus au bout d’un certain délai.

Une avalanche de parutions menacerait donc de faire fondre la trésorerie des libraires et les inciterait à retourner le plus tôt possible les exemplaires non écoulés.

Pour Guillaume Husson, délégué général du Syndicat de la librairie française (SLF), l’épidémie de la COVID-19 « a mis en évidence le poids d’Amazon, la fragilité de la librairie et de l’édition indépendantes. C’est tout le modèle qui doit être questionné ».

Pour faire revenir les lecteurs dans les librairies, les professionnels comptent sur quelques « locomotives ».

L’une des toutes premières nouveautés proposées aux lecteurs après des semaines de confinement sera La vallée (XO), le huitième roman d’un des maîtres du thriller français, Bernard Minier, qui sera disponible à partir du 20 mai.

« Je suis heureux d’offrir ce divertissement à des lecteurs qui en ont bien besoin et d’accompagner nos amis libraires dans l’indispensable reprise de leur activité », a commenté le romancier.

Le 26 mai, les lecteurs pourront se précipiter sur le roman de Guillaume Musso, La vie est un roman (Calmann-Lévy) avant de découvrir, le lendemain, le nouveau livre du Suisse Joël Dicker, L’énigme de la chambre 627 (Éditions de Fallois). Le 28 mai, ils pourront se régaler avec Retour de service (Seuil), le grand roman sur le Brexit du Britannique John le Carré.

Plusieurs éditeurs, dont Gallimard, Grasset, Albin Michel ou encore JC Lattès ne publieront aucune nouveauté avant juin.

Gallimard souhaite dans un premier temps privilégier les livres sortis en mars, juste avant le confinement, et qui n’ont pu bénéficier de tout le succès espéré. C’est le cas notamment du dernier livre de la lauréate du prix Goncourt Leila Slimani, Le pays des autres, sorti le 5 mars, quinze jours avant le confinement, ou encore Chanson bretonne du prix Nobel de littérature J. M. G. Le Clézio, paru le 12 mars.

Il faudra attendre le 9 juin pour découvrir La vie mensongère des adultes, le nouveau roman de l’Italienne Elena Ferrante.

Beaucoup de livres qui seront publiés en juin étaient initialement programmés pour mars et avril.

« Coma de huit semaines »

C’est le cas notamment de Et ne durent que les moments doux (Fayard) de la romancière à succès Virginie Grimaldi, qui sortira seulement le 17 juin.

JC Lattès a programmé pour le 3 juin le premier roman de la chanteuse Olivia Ruiz, La commode aux tiroirs de couleurs tandis qu’Albin Michel proposera le 4 juin Le jour des cendres de l’auteur à succès Jean-Christophe Grangé.

Actes Sud ne publiera aucune nouveauté française avant août.

Bertrand Py, directeur éditorial d’Actes Sud, a justifié sa décision en expliquant vouloir « laisser un peu de temps pour survivre » aux livres parus au premier trimestre et qui « auront vécu en librairie un coma de huit semaines ».

L’éditeur affirme aussi avoir entendu « l’injonction des libraires de ne pas charger les programmes, d’éviter un empilement absurde qui aggraverait une situation de longue date fragile ».

Les lecteurs francophones devront patienter jusqu’en septembre pour lire Wuhan, ville close (Stock), témoignage (censuré en Chine) tenu pendant 60 jours par l’écrivaine Fang Fang, originaire de la région épicentre de la pandémie.

Pour les libraires et les éditeurs, la COVID-19 a provoqué une crise économique sans précédent.

À la cinquième semaine de confinement, les ventes de livres ne se situaient plus qu’à un tiers de leur niveau de 2019, selon une étude de l’institut GfK publiée vendredi par le magazine professionnel Livres Hebdo.

En un an, la chute de l’activité a baissé de 68,9 % en valeur.

Le retour à la normale s’annonce très lent. « Pas avant septembre », estime Vincent Monadé, président du Centre national du livre (CNL).