(Paris) Acheter un livre en librairie est de nouveau possible ! En attendant la réouverture des magasins le 11 mai, de nombreux établissements ont d’ores et déjà mis en place un service de « click & collect » permettant de fournir aux clients un livre qu’ils leur auront commandé.

Alain JEAN-ROBERT
Agence France-Presse

Les librairies font partie des secteurs les plus durement touchés par les mesures de confinement mises en place depuis le 17  mars pour lutter contre l’épidémie de COVID-19.

À la cinquième semaine de confinement, les ventes de livres ne se situaient plus qu’à un tiers de leur niveau de 2019, selon une étude de l’institut GfK publiée vendredi par le magazine professionnel Livres Hebdo.

En un an, la chute de l’activité a baissé de 68,9 % en valeur.

Or les librairies sont des entreprises connues pour leur fragilité.

C’est pourquoi de nombreux libraires ont décidé, sans mettre en danger leur personnel ou leurs lecteurs, de leur permettre d’obtenir des livres parus avant le confinement.

Les gérants de la librairie Monte-en-l’air à Ménilmontant, Guillaume Dumora et Aurélie Garreau, ont ainsi rouvert leur boutique il y a une semaine, deux heures par jour, entre 15 h et 17 h, du lundi au samedi.

Avec la fermeture liée au confinement, ils ont perdu entre 60 000 et 70 000 euros (90 000 $ à 110 000 $) de chiffre d’affaires. Ils ont continué cependant à payer le loyer de leur librairie et complètent le salaire de deux employés au chômage partiel.

Pour se procurer un livre, on le commande en ligne puis on vient le retirer à la librairie en ayant pris soin de se munir de son attestation de sortie obligatoire en cochant la case : « déplacement pour effectuer des achats de première nécessité ».

Pas question cependant d’entrer dans la librairie, de feuilleter les livres, de flâner. Bref de tout ce qui participe du plaisir d’aller dans une librairie.

Au Monte-en-l’air, les deux gérants portent des masques en tissu maison pour accueillir leurs clients. Ils ont mis une petite table ronde à l’entrée avec le terminal pour cartes bancaires qu’ils désinfectent régulièrement. Le contact est bref. Le client donne sa commande, prend son livre et s’en va.

« C’est bien que les gens s’habituent, car, même après le 11 mai, on ne pourra pas avoir beaucoup de personnes dans la librairie en même temps », explique Aurélie Garreau.

« Solutions de dépannage »

Les initiatives des libraires sont recensées sur le site jesoutiensmalibrairie.com. Le site de Livres Hebdo publie de son côté une carte interactive qui liste les librairies proposant du « click & collect ». Lundi matin, on comptait 219 librairies dans ce cas.

Mais « ce ne sont que des solutions de dépannage », tempère le président du Syndicat de la librairie française (SLF) Xavier Moni.

« Économiquement, nous savons que cette activité réduite ne compensera ni nos pertes ni l’interdiction administrative d’accueil du public dans nos librairies qui s’imposent jusqu’au 11 mai au moins », a ajouté M. Moni.

Les 3200 librairies indépendantes que compte la France attendent une aide financière de l’État pour éviter des fermetures en chaîne.

« Il faut un fonds commun d’aide à la librairie » et privilégier un système de subventions pour éviter que les libraires ne se retrouvent face à « un mur d’endettement », souhaite M. Moni.

« Nous ne retrouverons pas en fin d’année le chiffre que nous perdons en ce moment », a souligné le président du syndicat des libraires en expliquant que « l’immense majorité des libraires ne pourront pas couvrir deux ou trois mois de pertes d’exploitation sur leurs fonds propres ».

Une enveloppe d’urgence de 20  millions d’euros a été déjà débloquée pour le secteur de la culture, dont 5  millions pour le livre.

Par ailleurs, le Fonds de solidarité national s’est engagé à verser une aide de 1500 à 2000 euros (2300 $ à 3000 $) à chaque librairie et s’apprête, pour le second niveau d’aide financé par les régions, à porter cette somme jusqu’à 5000 euros (7500 $).

Cela suffira-t-il ? Le président du Syndicat national de l’édition (SNE) Vincent Montagne souhaiterait que soit débloqué un plan de 8 à 10 milliards d’euros pour l’ensemble de l’industrie culturelle.