Simon Boulerice a fait paraître la semaine dernière son 50e livre, le joli album Je vais à la gloire. Il est illustré par Eve Patenaude, sa cousine, qui a publié en même temps le roman pour adolescents Tourterelle. Rencontre avec deux cousins doués pour la création – et la joie.

Marie Allard
Marie Allard La Presse

Comme des sœurs

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

« Je suis une grande lectrice de mangas, d’animation japonaise – je me suis super gros inspirée de Miyazaki, le dieu de l’animation japonaise », dit Eve Patenaude.

« Mes cousines, c’est comme mes sœurs », dit Simon Boulerice, 38 ans. L’auteur et comédien a grandi à Saint-Rémi, en Montérégie, tandis que ses cousines (leurs mères sont sœurs) vivaient à Saint-Isidore, un village à proximité. « Les trois sœurs Patenaude, pour moi, c’était comme Les quatre filles du docteur March [NDLR roman de Louisa May Alcott], compare Simon Boulerice. J’aimais leur complicité, je les trouvais saines, belles, radieuses et je voulais tellement faire partie de ce rayonnement. J’étais très admiratif d’elles. »

L’aînée, Eve, 40 ans, est autrice, réviseure (elle a notamment corrigé Edgar Paillette de Simon Boulerice, Prix des libraires jeunesse en 2014) et, pour la première fois, illustratrice. La seconde, Édith, est metteure en scène – elle a monté une pièce de Simon Boulerice l’été dernier, à Carleton-sur-Mer. Quant à la cadette, elle n’exerce pas un métier artistique (mais Simon fait dire qu’il l’aime beaucoup !).

Je vais à la gloire

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

« Michel Tournier dit dans Le vent Paraclet que le génie n’est pas un diamant qu’on remet à une seule personne, souligne Simon Boulerice. Le génie, c’est un diamant qui a été pulvérisé. Tout le monde en aurait une parcelle, dans quelque chose. Je suis tellement d’accord avec lui. »

Simon et Eve se sont retrouvés en même temps à Chicago, par hasard. Ils en ont profité pour aller ensemble au musée. « Eve a dessiné ce qu’elle voyait dans son calepin, se souvient l’auteur. Ça m’a ému. » Il lui a ensuite demandé d’illustrer Je vais à la gloire, un album consacré au discret M. Shimodori. « C’est tellement son univers – elle étudie le japonais et elle a un amour des mangas », fait valoir Simon Boulerice. Tout en douceur, le résultat – aux feutres à l’alcool, utilisés par les mangakas – magnifie le récit.

Pourquoi écrire sur un chef sushi de supermarché – c’est le métier de M. Shimodori ? « J’avais une résidence d’écriture à Lille, en France, répond l’auteur. J’étais logé à côté d’un immense Monoprix. Il y avait une dame qui faisait des dégustations de sushis. C’était une crieuse, elle avait un micro-casque, je n’avais jamais vu ça dans une épicerie. Cette femme avait une espèce d’aura. Elle souriait à tout le monde, elle était très lumineuse. » Simon Boulerice en a fait un homme, heureux de surmonter sa timidité pour un moment de gloire.

50e et 9e livres

IMAGE TIRÉE DE JE VAIS À LA GLOIRE, TEXTE DE SIMON BOULERICE, ILLUSTRATIONS D’EVE PATENAUDE, ÉDITIONS QUÉBEC AMÉRIQUE

Toutes en douceur, les illustrations d’Eve Patenaude – réalisées aux feutres à l’alcool, utilisés par les mangakas – magnifient le récit.

« C’est mon 50e livre, souligne Simon Boulerice. S’il y a un fil conducteur à travers tout ce que j’écris, j’ai l’impression que c’est : la flamboyance appartient à tout le monde. Écrire, pour moi, c’est déplacer les projecteurs sur ce qui était en coulisse, ce qu’on regarde moins, sur les enfants atypiques, sur la différence. »

Quant à sa cousine Eve, elle publie avec Tourterelle son 9e titre comme autrice. « De tout ce que j’ai écrit, c’est sans doute le livre qui me ressemble le plus », dit-elle. On y rencontre Tourterelle, une jeune femme prisonnière de sa bonne réputation. « Ça parle beaucoup d’identité, indique Eve. Est-on ce qu’on pense être ou ce que les autres perçoivent en nous ? C’est aussi sur les croyances. Aujourd’hui, les gens croient à toutes sortes de choses et ils sont prêts à des atrocités au nom de ces choses-là. »

Tourterelle aborde également la notion de chance, dont Eve se méfie. « J’ai parfois l’impression que les gens se reposent sur la chance comme sur une béquille, pour éviter de se mouiller, en attendant que les choses leur arrivent par magie, observe l’autrice. J’aime mieux penser qu’on crée sa propre chance. »

Ode à la joie

IMAGE FOURNIE PAR L’ÉDITEUR

Je vais à la gloire, texte de Simon Boulerice, illustrations d’Eve Patenaude, éditions Québec Amérique. Dès 5 ans.

M. Shimodori chante chez lui, avec ses oiseaux. Au travail – il cuisine des sushis dans un supermarché –, il est discret. Quand il tente d’attirer les clients, c’est un échec. Jusqu’à ce que M. Shimodori le fasse en… chantant. Aérien et élégant comme une fleur de cerisier japonais, cet album rappelle aux timides qu’ils ont aussi droit à la joie.

Je vais à la gloire, texte de Simon Boulerice, illustrations d’Eve Patenaude, éditions Québec Amérique. Dès 5 ans.

L’existence de Tourterelle

IMAGE FOURNIE PAR L’ÉDITEUR

Tourterelle, texte et illustrations d’Eve Patenaude, collection Magellan, éditions Québec Amérique. Dès 13 ans.

Une jeune femme de 22 ans, surnommée Tourterelle, vit en ermite dans une maison de campagne. Elle brode avec talent des gants de soie, des foulards, des cravates. Son travail, et même sa personne, sont censés porter chance. Mais cela ne lui apporte pas le bonheur… Eve Patenaude a un vrai don pour créer un univers qui nous happe. On croit à cette Tourterelle cloîtrée, qui apprécie les croissants aux amandes à la « croûte si feuilletée qu’on avait l’impression que des éclats d’or se brisaient entre nos dents ». Il suffit de ne pas s’arrêter à la première page, un peu hermétique pour qui ne connaît pas la broderie. Enveloppant, intrigant et réussi.

Tourterelle, texte et illustrations d’Eve Patenaude, collection Magellan, éditions Québec Amérique. Dès 13 ans.