De passage au Salon du livre, l’auteur de Dîner à Montréal nous parle de son lien particulier avec la métropole et des histoires d’amour qui façonnent nos vies.

Nathalie Collard Nathalie Collard
La Presse

Le citoyen Philippe Besson est né en 1967 à Barbezieux-Saint-Hilaire, en Charente. Mais l’écrivain, lui, a vu le jour en septembre 1999… à Montréal. 

C’est en effet dans notre ville, plus précisément dans un café de la place Jacques-Cartier, qu’il a écrit les premiers mots de En l’absence des hommes, son tout premier roman. Il travaillait alors en ressources humaines pour une firme qui lui avait confié un mandat de quelques mois à Toronto. « Je me souviens de la sensation physique de transformation quand j’ai commencé à écrire, raconte-t-il en entrevue. J’avais écrit seulement deux pages et, même si je ne pouvais pas deviner que ça deviendrait effectivement un livre, je savais que rien ne serait plus jamais pareil. J’étais convaincu qu’il se jouait quelque chose de fondamental. »

Issu d’un milieu plutôt conservateur, Philippe Besson assure qu’il n’avait jamais envisagé de devenir écrivain. 

J’avais un papa instituteur qui voulait que je fasse de longues études. Mon frère et moi avons fait les grandes écoles. L’écriture n’était pas envisageable, c’était un truc de saltimbanque, hors de la vie normale.

Philippe Besson

Pourtant, à l’âge de 30 ans, ce désir de raconter des histoires s’impose, sans équivoque. « Il a fallu que j’assume quelque chose qui était presque honteux, se souvient Besson. Mais je considérais qu’à 30 ans, j’avais fait tout ce qu’on m’avait demandé de faire. Je pouvais enfin choisir la vie que je voulais. »

L’annoncer à ses parents n’a toutefois pas été chose facile. « Quand je leur ai annoncé mon homosexualité, ça s’est assez assez bien passé, mais quand je leur ai dit que j’étais écrivain, c’a été terrible, raconte-t-il en riant. Ma mère pensait que c’était une blague, et je me souviendrai toujours du visage catastrophé de mon père… Il était accablé que son fils choisisse la précarité. »

Une folle aventure

On sait aujourd’hui que le père de Philippe Besson s’est inquiété pour rien puisque son fils n’a jamais cessé d’écrire et qu’il est devenu un nom incontournable dans le milieu littéraire. En parallèle, il signe des scénarios pour la télé et le cinéma. En 2017, son livre « Arrête avec tes mensonges » marque sa première incursion dans l’autofiction. Il y raconte sa première histoire d’amour à l’âge de 17 ans. Pour l’écrivain, l’autofiction a été une véritable révélation. Au point qu’après la publication du livre, il traverse un passage à vide. « Je me disais : c’est fini, je ne pourrai plus jamais écrire un roman. Quelle autre histoire pourrais-je raconter après ça ? Je n’ai pas écrit un mot pendant six mois. »

C’est son ami Emmanuel Macron qui le sortira de cette traversée du désert en lui proposant de prendre part à La République en marche ! « Je connaissais Emmanuel depuis des années, nous étions proches, raconte Besson. Quand il m’a dit qu’il voulait se présenter à l’élection présidentielle, j’ai éclaté de rire. Je lui ai dit : c’est idiot, tu n’as aucune chance ! Mais il était sérieux. Alors je lui ai dit que, si j’étais de l’aventure, c’était pour “écrire” l’aventure. Il a accepté, et je suis resté avec lui les neuf mois qu’a duré la campagne présidentielle, jusqu’à son élection en mai 2017. Et ça a donné le livre Un personnage de roman. »

Une histoire d’amour

L’aventure Macron n’a pas été de tout repos pour Philippe Besson – il a entre autres été écorché par la presse française, qui l’a qualifié de courtisan –, mais lui a tout de même redonné le goût de l’écriture. Et comme pour faire taire ses détracteurs, l’écrivain a publié en l’espace de quelques mois deux romans – Un certain Paul Darrigrand et Dîner à Montréal –, qui sont sans doute ses plus beaux et ses plus marquants. Avec « Arrête avec tes mensonges », ils forment une trilogie qui dépeint avec brio l’importance des amours fondatrices.

« C’est en ouvrant des boîtes lors d’un déménagement que je suis tombé sur une photo de Paul et moi, se souvient Besson. Nous avions été amoureux au début de la vingtaine, mais il était marié à une femme. Au même moment, j’ai été très malade et j’ai eu peur de mourir. Éros et Thanatos… En une seconde, j’ai compris que c’était l’histoire que je devais raconter. Je voulais parler de ces amours de jeunesse qui définissent nos vies et nos destins, qui inventent nos trajectoires, qui font ce que nous sommes aujourd’hui. Sans Thomas et sans Paul, je ne serais pas l’homme que je suis aujourd’hui. »

Dans Dîner à Montréal, Besson relate sa rencontre improbable, des années plus tard, avec le fameux Paul, qui vit maintenant au Québec. S’ensuit une soirée au resto en compagnie de l’épouse de Paul et de l’amoureux de Besson. Les émotions et les souvenirs que cette rencontre provoque sont racontés de façon magistrale dans ce huis clos qui a connu un succès éclatant. Philippe Besson a vraiment touché ses lecteurs au cœur avec cette histoire.

« Dès les premières réactions, j’ai compris qu’il se passait un truc assez étonnant avec ce livre, reconnaît-il. Les gens y lisent leur vie, ce qu’ils ont traversé. Au fond, je pose des questions toutes bêtes, mais existentielles : qu’est ce que j’ai fait de ma vie ? Est-ce que j’ai trahi le jeune que j’étais ? Que reste-t-il des sentiments qu’on a éprouvés ? Ce sont des questions que tout le monde se pose. »

Et, comme par hasard, cette rencontre fortuite a eu lieu à Montréal, là où tout avait commencé. C’est un peu comme si la boucle était bouclée. Aujourd’hui, Philippe Besson se dit « guéri », en ce sens qu’il est prêt à écrire à nouveau de la fiction. On se réjouit pour lui, tout en souhaitant égoïstement qu’il n’abandonne pas complètement l’autofiction.

Philippe Besson sera en séance de dédicace au Salon du livre de Montréal ce dimanche, de 13 h 30 à 14 h 30, au stand 111.

IMAGE FOURNIE PAR JULLIARD

Dîner à Montréal, Philippe Besson, Éditions Julliard, 198 pages.

IMAGE FOURNIE PAR JULLIARD

Un certain Paul Darrigrand, Paul Besson, Éditions Julliard, 216 pages.