Île de contrastes, impressionnante et inspirante, l’Islande est toujours un terreau fertile au roman policier. Voici trois polars qui viennent de paraître, tous trois ancrés en terre de glace, mais distincts en tous points — et surtout incontournables pour les amateurs du genre… et du lieu !

Laila Maalouf Laila Maalouf
La Presse

Erlendur, 20 ans plus tôt ★★★★

IMAGE FOURNIE PAR MÉTAILIÉ

Les roses de la nuit, d’Arnaldur Indridason

On croyait avoir tout lu sur le personnage d’Erlendur, mais il restait un roman qui n’avait pas encore été traduit en français. Publié en islandais en 1998, Les roses de la nuit s’inscrit chronologiquement avant La cité des jarres, le titre qui a fait connaître Arnaldur Indridason hors des frontières de son pays.

C’est l’été, le « maudit » soleil de minuit empêche un Erlendur aussi bougon qu’à son habitude de fermer l’œil, alors que le corps d’une jeune fille est retrouvé dans un cimetière de Reykjavik. On en apprend un peu plus sur les personnages qui entourent le célèbre commissaire, notamment sur ses enfants. C’est aussi dans ce roman qu’on découvre comment son partenaire Sigurður Óli a rencontré sa femme, témoin dans l’enquête qui est ouverte.

Arnaldur y est très critique de la société islandaise et dénonce vertement les ravages de la drogue et l’exode rural qui a transformé les villages des fjords de l’Ouest — un ton qui a eu tendance à s’étioler dans ses polars au fil du temps.

Même si certains passages prennent un tour vaguement suranné par moments, Les roses de la nuit possède le charme et l’atmosphère, lente et enveloppante, des premiers écrits de l’écrivain, et rappelle les romans policiers sociaux de Henning Mankell.

★★★★

Les roses de la nuit, Arnaldur Indridason, Métailié, 290 pages

Meurtres « à la lisière du monde habitable » ★★★★

IMAGE FOURNIE PAR LES ÉDITIONS DE LA MARTINIÈRE

Vík, de Ragnar Jónasson

Aux antipodes de Reykjavik, dans l’extrême nord de l’île, l’auteur Ragnar Jónasson renoue lui aussi avec son personnage fétiche dans un cinquième titre le mettant en vedette : Vík.

C’est le jour le plus court de l’année, Noël approche, et le jeune policier Ari Thór, en poste à Siglufjördur, se voit contraint d’enquêter sur deux morts suspectes aux côtés de son ancien supérieur, Tómas, spécialement envoyé de la capitale.

Ragnar Jónasson excelle dans l’art de créer des énigmes à huis clos à la façon d’Agatha Christie. On a affaire ici à trois suspects potentiels, isolés dans une maison au bord d’une falaise, dans un cas classique de whodunit semblable aux autres enquêtes d’Ari Thór — mais toujours très prenant. Le suspense opère et nous rend captifs de cette intrigue parmi les plus réussies de l’auteur.

★★★★

Vík, Ragnar Jónasson. Éditions de La Martinière, 304 pages

Des scènes de crime inhabituelles ★★★½

IMAGE FOURNIE PAR ALBIN MICHEL

Askja, de Ian Manook

Dans un tout autre registre, le Français Ian Manook, qui s’est aventuré en Mongolie dans le passé avec le commissaire Yeruldelgger, s’est lui aussi laissé inspirer par les paysages sauvages de l’Islande. Il nous entraîne pour la deuxième fois aux côtés de l’inspecteur Kornelius Jakobson avec cette enquête un peu loufoque. 

Dans Askja comme dans Heimaey, sa première incursion policière en Islande parue l’an dernier, le ton est plutôt léger, même volontiers humoristique, tout à fait caractéristique de l’auteur. 

Kornelius est un personnage coloré, vaguement caricatural avec son mauvais caractère, ses méthodes musclées et sa « carrure de troll ». Le policier et sa collègue se retrouvent tous deux à enquêter sur des crimes… où les corps ont disparu. Divertissant, et idéal pour faire changement de l’ambiance plus sombre qu’on retrouve habituellement dans les polars.

★★★½

Askja, Ian Manook, Albin Michel, 432 pages