L’écrivain anglais raconte l’Angleterre des années 2010 et les événements qui ont conduit sa société au bord du gouffre. Une lecture à la fois divertissante et éclairante pour mieux comprendre la crise politique qui secoue le pays aujourd’hui.

Nathalie Collard Nathalie Collard
La Presse

Dans Le cœur de l’Angleterre, les fans de Jonathan Coe retrouveront avec bonheur les personnages qui ont fait le succès de ses romans Bienvenue au club, sur les années Thatcher, et Le cercle fermé, sur les années Blair.

Il y a bien sûr Benjamin Trotter, mais aussi sa sœur, son père, sa nièce, ainsi que ses amis d’université, rencontrés la première fois dans Bienvenue au club.

Ceux qui fréquentent Coe pour la première fois ne seront toutefois pas laissés sur la touche. Car au-delà de la famille Trotter et leurs amis, c’est une radiographie de la société anglaise que nous propose Coe. L’auteur est visiblement bouleversé et tente de comprendre l’origine de la fracture qui divise son pays.

Par la voix de ses personnages, il expose les différents points de vue en jeu dans la société britannique : il y a Benjamin Trotter, aujourd’hui dans la cinquantaine, toujours aussi rêveur, qui s’acharne à terminer un projet artistique dans sa maison de campagne, loin de la folie de Londres.

C’est l’alter ego de Jonathan Coe, celui qui regarde sa société en spectateur, désemparé.

Il y a le père de Benjamin, Colin. Il incarne une Angleterre révolue. Pro-Brexit, il est nostalgique de l’« empire », d’un monde prémondialisation et d’une économie basée sur l’industrialisation.

Il y a également Sophie, la nièce de Benjamin, universitaire, intellectuelle, urbaine, que son conjoint accuse de vivre dans sa tour d’ivoire. Elle incarne cette élite qu’on dit déconnectée du « vrai peuple ». Elle se retrouvera pourtant au sein d’un mini-scandale qu’on pourrait presque qualifier de « post #metoo ».

Et il y a la belle-mère de Sophie : anti-immigration, limite raciste, à qui l’auteur fait dire à peu près tout ce qui n’est pas politically correct aujourd’hui.

Sans oublier Doug, journaliste politique et ami d’enfance de Benjamin, forcé par sa fille militante d’extrême gauche à pousser sa réflexion. Le même Doug qui, de temps à autre, prend un café avec un stratège politique du parti au pouvoir, ce qui donne lieu à des échanges absolument cyniques et croustillants qui permettent à Coe d’approfondir son analyse politique.

À travers tous les personnages et leurs péripéties, Coe s’interroge : qu’est-ce qui a bien pu se passer pour que les Anglais en arrivent là ?

Nathalie Collard, La Presse

Au-delà des grands moments politiques des 10 dernières années – les émeutes, les Jeux olympiques, etc. – il s’attarde avec un humour typiquement british à des détails insignifiants qui, suggère-t-il, ont peut-être, eux aussi, changé le cours de l’histoire.

Avec tout ça, Le cœur de l’Angleterre est-il un roman ou un essai politique ? On pourrait presque dire un peu des deux tellement certains passages sont pédagogiques, au point d’alourdir parfois le rythme.

Mais l’humour british de l’auteur, sa lucidité et son humanité – il y a de très beaux passages sur l’amour, l’amitié et le temps qui passe – font de ce roman une lecture à la fois intelligente et distrayante.

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Le cœur de l’Angleterre, de Jonathan Coe

Le cœur de l’Angleterre

Jonathan Coe

Traduit de l’anglais par Josée Kamoun

Gallimard 

560 pages